jeudi 16 juillet 2026

Wen-Jen Huang Seed Dance Company: "Lost Connection": la peau s'étire...

 


Zombies dance..

Et si notre société ressemblait vraiment à cet amas de créatures,zombies démesurés,sorte de fœtus déformés,conditionnés par des comportements grégaires et étranges?Les danseuses commencent par se scruter le visage avec les lueurs glauques de leur portable comme des individus attachés scotchés à leur outil de consommation numérique.Les visions sont hallucinantes métaphoriquement impressionnantes et les métamorphoses des visages en grimaces grotesques, violentes et sidérantes.  Toute la pièce singulière de la chorégraphe transpire l 'horreur ou la magie de la transformation des corps en autant de sujets bizarroïdes et singuliers. Hypnotique à souhait,mêlant science fiction et réalité tangible cet opus révèle une danse perturbée,intranquille de toute beauté. On est connecté à la fragilité et le danger des outils de communication,piège et appas d'un monde en mutation qui déforme et appauvrit la relation.Les quatre danseurs au mieux d'une performance surréalisme de belle envergure.Échanges de peaux en sus,étirement des tissus des vêtements comme chez Martha Graham dans "Frontier" pour mieux s'interpénétrer, se poursuivre, se lier en vain dans des évolutions plastiquement très réussies. Le tissus s'étire, se tend, respire comme une seconde peau interchangeable, pénétrant les corps comme des orifices organiques sensibles.

Aux Hivernales d'Avignon judsqu' au 20 juillet 12h.

mercredi 15 juillet 2026

Vive le sujet! Tentatives série 2: du pain sur la planche..


 "Revenir au monde" de Juliette Navis

My lunch with Ravel format boléro

Le "piano "est dressé sur le plateau du Jardin de la Vierge.A quel sacrifice rituel sera dévolue cette table de travail de cheffe cuisinière parée d œufs,de farine et d'ustensiles culinaires?C'est le lieu de retrouvailles entre une comédienne et une cheffe en cuisine où tout va basculer dans un récit vivant,goûteux où la saveur des mots,des souvenirs questionne notre existence,notre rôle dans la vie. Deux femmes se livrent à dévoiler leurs recettes entre inventivité et tradition.L'une suspend au fil à linge le résultat d'une pâte à nouilles roulée auparavant dans son appareil. In situ la cuisine se prépare comme un partage d’idées, d'avenir professionnel.On y apprend que la gastronomie est le fief de la perfection autant que de la terreur tétanique d 'échouer. Alors virement de bord pour Celine Maguet qui s'engage dans la cuisine partagée auprès des rencontres et non des contraintes. Le dialogue bat son plein et le boléro de Ravel fait son entrée comme métronome d'une recette de risotto mythique. Et d'évoquer la danse de Sylvie Guillem comme don de soi,mets convoité signé Béjart. Épicerie fine des saveurs chorégraphiques de notre enfance.C’est drôle et fameux,esquissé à l'identique par Margot Alexandre comédienne joueuse et danseuse de tout son être pensant. "A quoi tu penses quand tu danses" de Marie Nimier en référence ? En tout cas l'image finale,cette table dressée pour deux comme une nature morte est saisissante autant qu'apaisante.Juliette Navis signe ici son "my lunch with Anna" façon Alain Buffard,dialogue savoureux entre deux savoir être et savoir faire en construction déstructurée de grande cheffe étoilée. 


"Dear" de Johana Maled

Batir dit-elle..
Des batisseuses d'empire,des travailleuses de choc, vêtues de costumes sobres de chantier,des gants protecteurs pour outil de travail..On est sur un chantier que tente d'inventer une femme,ouvrière à la lourde tâche de construire un édifice de parpaings de béton. Architecture lourde,épineuse,dangereuse et rugueuse.Les sensations d'effort,de dépense et de perte s'additionnent au fur et à mesure que sa complice met la main à la pâte et tente elle aussi de dresser puis d'anéantir ce chorten de fortune qu'il lui faudra détruire à grand renfort de coups de massue.Danse du poids à la Laban qui fait basculer le corps et l'ancre à l'endroit où il doit tester son équilibre,sa for et dans son assiette précaire. L'une,Johana Maledon est puissante et ses muscles bandent forts d'une détermination à survivre et mette la tête hors du béton.L'autre Gelicia Rigel,costumée en gaine folklorique,le buste prisonnier de lacets  d'un corset,tenue de travail non appropriée ,est robuste. Elle entame la destruction de cet édifice de briques bétonnée,rageuse, en cérémonie salvatrice.En colère,en révolte,en soulèvement à la Didi Huberman.. Les deux anti héroïnes vont vaincre les ruines et le tableau final sera peut être celui d 'un paysage dévasté par la guerre ou la cruauté humaine.Une fable d'aujourd'hui conduite par la musique de Rodrig de Sa avec tac,force et pleine de conviction. Un trio rude et tendre,destructuré vivifiant et sauvage. 

Au festival d'Avignon jardin de la vierge avec la SACD busqu"au 18 juillet


La Belle Scene Saint Denis : des trios protéiformes

 Seconde programmation à la Parenthèse avec le label désormais connu et reconnu du Théâtre Louis Aragon. 


"Paisiblement" de Mithkal Alzghair" entame la matinée : trois interprètes dont le chorégraphe se livrent comme une sculpture de Carpeaux,ou en fontaine Wallace.Belle vision très rythmée d'un trio animé de pas de danse inspirés du folklore syrien,échappée belle sur fond de percussions. Des pancartes vierges comme slogan de révolte ou d'impuissance.Puis les pieds martellent le sol dans le silence oppressant de cette évocation de la guerre,des corps meurtris ici tatoués de traces et signes de blessures,de cicatrices de torture.Les visages aux regards lointains sont figés et révèlent douleur et fatalité.De leurs bouches sourdent des paroles révélatrices du drame et du conflit syrien.Tous trois respirent cependant le courage,le soulèvement et l'espoir par la danse qui se fait échappée belle,issue de secours en temps d' alerte et de mobilisation perpétuelle. Cette ode à liberté qui traverse l évocation de la servitude au danger est fascinante,émouvante et très convaincante.On y rencontre des danseurs recueillis,éveillés à l'ordre, pulsation ou sursaut de danse.Le trio animé par des interprètes aux pieds nus,vagabonds,nomades d'un message libre et discret.Maculés de cicatrices ils racontent sur la peau du monde autant l 'isolement que la solidarité.


"Out/ Side" de Mwendwa Marchand 

Ici transition radicale avec une dancehall inspirée des courants politiques jamaïquains.Trois interprètes pétris de rythme, de volutes,de déhanchements,les mouvements de bassin en vagues ondulantes progressives.Évocation énergique,habitée des évolutions dansées en autant de parcours ingénieux sur le plateau,divagations fébriles ou intranquilles passionnées. Un bel ensemble chorégraphique épouse une musique et des rythmes parfois survoltés,étayés de mouvements de bras et de hanches des plus audacieux et gracieux.


"Bal magnétique", tour de danse de Massimo Fusco

Un trio de jeunes femmes s'adonnent à la joie et complicité de danser une sorte de réhabilitation du slow selon Orlan.Cette danse de proximité des corps, ici en toute indépendance et légitimité de choix.Accompagnées par la musique live de Hot Bodies,les voilà inventant leur glossaire de pas,de rythmes,sourires aux lèvres,complices partageuses et généreuses.Massimo leur dédie un opus léger,vibratile,toujours en phase avec rythmes et contrepoints musicaux.C'est jouissif,entrainant,sobre ,écrit pour ce trio qui s'adjoint la participation d 'une quatrième interprète glanée au vol dissimulée dans le public.Et par des clins d'oeil malins et mutins les danseuses invitent le public à partager le plateau dans une ambiance chaleureuse.Le bal peut continuer..

A la Parenthèse jusqu'au 17 juillet 10h