vendredi 17 juillet 2026

On en pince pour"Le complexe des homards"de Catherine Dreyfus

 


Saviez vous qu'il existe des gardiens de homards?Et bien voilà que dans l'imagination de la chorégraphe Catherine Dreyfus en voici un spécimen et fier de l'être. En costume de travail,salopette et bottes ce curieux personnage se met à conter la vie des homards,ces pachas de la mer selon le poète Desnos dans le"Chante Fables" de Jean Wiener..La curiosité de ces crustacés réside dans l'entre deux de leur mue ou ils sont nus sans leur exosquelette.Sujet en or pour un danseur qui œuvre de toute sa peau sans cesse et dans cette métaphore devient fragile et vulnérable comme un adolescent qui se transforme.Deux jeunes danseurs vont donc incarner ces bestioles marines sans gestes mimétiques mais avec la fragilité ou l'arrogance de leur statu.Dans une scénographie très soignée et sophistiquée ils alternent leurs déplacements,leur jeu ludique avec joie et enthousiasme.Leur gardien veille au grain et ne les dérange pas en s’effaçant dans une gestuelle bon-enfant bienveillante,attentionnée.Avec un accent provençal charmeur de homards.Ils sont ses enfants qu'il laisse jouer dans des praticables mobiles,cabines d'essayage ou de mode,vivier,bocaux ou aquarium passibles d'espaces de liberté. Le temps passe lentement en leur compagnie,un peu répétitive et sans trop de surprises.Le rythme plus resserré donnerait à cette légende psychanalytique un tonus et un intérêt plus soutenu.Gageons que ces Monseigneurs de la Pince nous séduisent à la nage ou au court bouillon pour une bonne bouillabaisse dansante méridionale savoureuse et gouleyante.Car nos deux crustacés ont bien de la chance d'être cuisinés en de si bonne main de cheffe maître de ballet.Catherine Dreyfus fort bien inspirée par ces petits monstres enfants terribles et joviaux de nos assiettes de danseurs dans leurs espaces à conquérir.

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 24 juillet



jeudi 16 juillet 2026

"Bang bang" ou la performance tonitruante de Manuel Roque

 


Démarrage en trombe sur un plateau plus que nu: un duo d'hommes impressionnant sorte de compte à rebour sidérant sans cesse nourri pendant plus d'une heure par un tonus et une énergie affolante.Performance athlétique certes mais ingéniosité des couches et strates de danse,de rythme et de cadence à vous couper le souffle.Est-ce humain ce déferlement de perte et de dépense,de calculs en tête,de mémoire corporelle? On se questionne sur la durée,l'intensité de ce duo jumeaux toujours à l'unisson,sans faille,hors norme,énorme.On n'achève pas des danseurs consentants dans l'épuisement et la fatigue qui bondissent de plus belle au final ou se posent parfois sans le faire voir ni le  savoir.Nils Levazeux et Manuel Roque,mutins,drôles et plein d'humour de surcroît.La belle affaire pour ces garçons en quête d'authenticité et de magie physique bien réelle.Le compte est bon et la machine infernale comme une locomotive lancée dans l'espace,hommes canon de foire du trône comme à la belle époque des curiosités singulières.

Aux Hivernales jusqu'au 20 juillet 13h 30

Dans le cadre du festival "ont (y) danse aussi l'été "

Wen-Jen Huang Seed Dance Company: "Lost Connection": la peau s'étire...

 


Zombies dance..

Et si notre société ressemblait vraiment à cet amas de créatures,zombies démesurés,sorte de fœtus déformés,conditionnés par des comportements grégaires et étranges?Les danseuses commencent par se scruter le visage avec les lueurs glauques de leur portable comme des individus attachés scotchés à leur outil de consommation numérique.Les visions sont hallucinantes métaphoriquement impressionnantes et les métamorphoses des visages en grimaces grotesques, violentes et sidérantes.  Toute la pièce singulière de la chorégraphe transpire l 'horreur ou la magie de la transformation des corps en autant de sujets bizarroïdes et singuliers. Hypnotique à souhait,mêlant science fiction et réalité tangible cet opus révèle une danse perturbée,intranquille de toute beauté. On est connecté à la fragilité et le danger des outils de communication,piège et appas d'un monde en mutation qui déforme et appauvrit la relation.Les quatre danseurs au mieux d'une performance surréalisme de belle envergure.Échanges de peaux en sus,étirement des tissus des vêtements comme chez Martha Graham dans "Frontier" pour mieux s'interpénétrer, se poursuivre, se lier en vain dans des évolutions plastiquement très réussies. Le tissus s'étire, se tend, respire comme une seconde peau interchangeable, pénétrant les corps comme des orifices organiques sensibles.

Aux Hivernales d'Avignon judsqu' au 20 juillet 12h.