vendredi 17 juillet 2026

"Trois poids,trois mesures":Fabrice Ramalingom champion du poids léger

 


Leçon de physique ou de danse selon Laban? Loi de la gravité tout simplement incarnée par pieds et mains de maître à danser. Le poids est chose grave et conséquente dans la chorégraphie de Fabrice Ramalingom qui s’attèle ici à un sujet de choix.Trois interprètes haut en couleurs,tenue de travail style salopette pour nous faire voir et sentir le poids de nos existences.Déjà dans maintes expressions familières du langage courant: le poids plume, la femme légère et bien d'autres encore qui donnent lieu à des envolées,des échapées belles ou des chutes sensibles et impressionnantes.On tombe de haut en observant ce trio de charme qui joue et gagne en simplicité et authenticité. Rôles bien campés tout en verve et agilité. Loin d'être une simple démonstration pédagogique,ce "3 poids 3 mesures" instruit autant sur les lois physiques que sur l'ingéniosité de la composition chorégraphique,l'écriture,la signature d'un style.Des bonds,des déliés,des tours et toute une grammaire pour retomber sur ses pattes ou simplement déchirer l'air et l'espace que le danseur est sensé transporter en commun.Une bâche vient s'il le fallait prouver que les corps s'y deploient à l'envi dans une scénographie mouvante et lumineuse enrobante,enveloppante pour mieux les contenir ou les lancer hors de la gravité. Et voler bien sur à l'aide de harnais et de la force des coudes des compères devient possible.Oiseau propulsé dans les airs le temps de s'apercevoir que le sol résiste.

Du bel ouvrage séduisant,enjoué,accessible qui laisse une impression de futilité délicieuse,d'aisance,et de jouissances de l'instant dansé. Le poids du monde est franchissable et ce joyeux trio gagnant est bonne pioche au tiercé des tombées chorégraphiques.Et si Terpsichore était une femme légère ? 

A la Scierie festival Avignon le off jusqu'au 22 juillet

On en pince pour"Le complexe des homards"de Catherine Dreyfus

 


Saviez vous qu'il existe des gardiens de homards?Et bien voilà que dans l'imagination de la chorégraphe Catherine Dreyfus en voici un spécimen et fier de l'être. En costume de travail,salopette et bottes ce curieux personnage se met à conter la vie des homards,ces pachas de la mer selon le poète Desnos dans le"Chante Fables" de Jean Wiener..La curiosité de ces crustacés réside dans l'entre deux de leur mue ou ils sont nus sans leur exosquelette.Sujet en or pour un danseur qui œuvre de toute sa peau sans cesse et dans cette métaphore devient fragile et vulnérable comme un adolescent qui se transforme.Deux jeunes danseurs vont donc incarner ces bestioles marines sans gestes mimétiques mais avec la fragilité ou l'arrogance de leur statu.Dans une scénographie très soignée et sophistiquée ils alternent leurs déplacements,leur jeu ludique avec joie et enthousiasme.Leur gardien veille au grain et ne les dérange pas en s’effaçant dans une gestuelle bon-enfant bienveillante,attentionnée.Avec un accent provençal charmeur de homards.Ils sont ses enfants qu'il laisse jouer dans des praticables mobiles,cabines d'essayage ou de mode,vivier,bocaux ou aquarium passibles d'espaces de liberté. Le temps passe lentement en leur compagnie,un peu répétitive et sans trop de surprises.Le rythme plus resserré donnerait à cette légende psychanalytique un tonus et un intérêt plus soutenu.Gageons que ces Monseigneurs de la Pince nous séduisent à la nage ou au court bouillon pour une bonne bouillabaisse dansante méridionale savoureuse et gouleyante.Car nos deux crustacés ont bien de la chance d'être cuisinés en de si bonne main de cheffe maître de ballet.Catherine Dreyfus fort bien inspirée par ces petits monstres enfants terribles et joviaux de nos assiettes de danseurs dans leurs espaces à conquérir.

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 24 juillet



jeudi 16 juillet 2026

"Bang bang" ou la performance tonitruante de Manuel Roque

 


Démarrage en trombe sur un plateau plus que nu: un duo d'hommes impressionnant sorte de compte à rebour sidérant sans cesse nourri pendant plus d'une heure par un tonus et une énergie affolante.Performance athlétique certes mais ingéniosité des couches et strates de danse,de rythme et de cadence à vous couper le souffle.Est-ce humain ce déferlement de perte et de dépense,de calculs en tête,de mémoire corporelle? On se questionne sur la durée,l'intensité de ce duo jumeaux toujours à l'unisson,sans faille,hors norme,énorme.On n'achève pas des danseurs consentants dans l'épuisement et la fatigue qui bondissent de plus belle au final ou se posent parfois sans le faire voir ni le  savoir.Nils Levazeux et Manuel Roque,mutins,drôles et plein d'humour de surcroît.La belle affaire pour ces garçons en quête d'authenticité et de magie physique bien réelle.Le compte est bon et la machine infernale comme une locomotive lancée dans l'espace,hommes canon de foire du trône comme à la belle époque des curiosités singulières.

Aux Hivernales jusqu'au 20 juillet 13h 30

Dans le cadre du festival "ont (y) danse aussi l'été "