vendredi 14 avril 2023

"Print" : Sylvain Cathala en quintet de charme et de surprises musicales imprimées d'un cachet singulier.


 En quelque 25 ans d’existence, le groupe Print du saxophoniste Sylvain Cathala aura passé par d’innombrables métamorphoses (jusqu’à se gonfler parfois aux dimensions d’un mini big band !) en conservant toujours au cœur de son dispositif le quartet originel composé de Stéphane Payen au saxophone, Jean-Philippe Morel à la contrebasse et Franck Vaillant à la batterie.

C’est dans une formule en quintet, augmenté pour l’occasion des sonorités mutantes du piano modulaire de Benjamin Moussay, qu’il se présente aujourd’hui pour une musique toujours plus organique et expérimentale. Conjuguant la densité d’une écriture hautement sophistiquée avec l’intensité et l’énergie d’improvisations follement débridées, Print continue de faire de sa musique un petit laboratoire raffiné et poétique où le jazz bouscule ses certitudes.

En première partie on assiste à la restitution de la master class de Sylvain Cathala par les élèves du Djemi. Et c'est un trio qui fait ce beau lever de rideau devant une salle comble. Beau challenge pour ces artistes en herbe, très concentrés, piano, saxophone et batterie, très "jazz" dans deux pièces courtes où le saxo dialogue avec la batterie pour un rythme relevé, enflammé, résonant à l'envi. Pour la seconde formation de circonstance, un invité parmi eux: le pianiste Benjamin Moussay qui leur fait l'honneur et la sympathie de se joindre à leur formation: belle surprise pour le public conquis. Trois saxophones, une contrebasse, une guitare et batterie pour cette équipe de charme.

Puis voici la formation de Sylvain Cathala qui s'empare du plateau avec aisance et bonhomie, décontraction et flegme en apparence. Une bonne dizaine de morceaux choisis parmi leur répertoire commun où chacun s'ingénie à faire place à l'autre sans "solo"virtuose à bon escient. Musique lumineuse, enjouée malgré son caractère savant et très élaboré. Le percussionniste Frank Vaillant allant réajuster la sonorité de son instrument, accorder sa peau à chaque pause brève! Du rarement vu aux dires de Sylvain Cathala, admiratif devant tant de"professionnalisme maison". Et "la nave va" plus d'une heure durant, flamboyante et généreuse prestation, musique déferlante d'où émergent des paysages changeants.  Où l'on se met sur son "31", belle pièce en soi, troublante composition versatile.Le piano électronique modulaire de Benjamin Moussay, curieuse protubérance accolée au pupitre laissant filtrer des sons aiguisés, malmenés et très étonnants. La vélocité de l'interprète faisant le reste, gazouillant à l'envi avec le saxophone, en bonne compagnie et de concert bien chambré. Contrebasse-Jean Philippe Morel- aux petits soins pour son instrument percussif, et Stéphane Payen au saxophone pour couronner ce groupe aguerri à la performance complice et débridée.Cette formation inédite pour le plaisir de l'écoute, dérangée, déstabilisée par des morceaux courts, brefs, "studies", études,sorte de petites nouvelles musicales sorties d'un grimoire inédit. Pour le plus grand plaisir du public et des interprètes chargés ce soir là d'une mission enchanteresse de décliner et répandre les effets bienfaisants de ce jazz-laboratoire expérimental de bon aloi! Merci aux organisateurs et fédérateurs Philippe Ochem et Michael Alizon de nous avoir laissé être "témoins" de cette généreuse prestation inédite." Impressionnante" formation que ce "print" qui imprime son sceau , son cachet singulier, empreinte insolite sur la musique jazz d'aujourd'hui.


 Stéphane Payen saxophone alto Jean-Phillippe Morel contrebasse Franck Vaillant batterie Benjamin Moussay piano

Jeudi 13 avril 2023 20h CMD - auditorium dans le cadre de "JAZZLAB" N° 5 du 11 Au 15 AVRIL


 

jeudi 13 avril 2023

"Botanica" : et si les plantes avaient des é-motions...Lovemusic se "plante verte" dans le terreau fertile de la botanique...

 



"Botanica" Collectif lovemusic  "Theories for living things"

Huit musiciens interprètent des créations du compositeur contemporain Daniel D’Adamo et nous invitent dans un jardin botanique et musical où les plantes surgissent au détour d’une mesure, d’une note. Au gré des tableaux, le vivant nous dévoile ses secrets et ses mystères. Nous sommes alors assemblés dans un paysage qui ne cesse d’évoluer pour nous révéler les richesses et les fragilités des plantes.

 Le décor est "planté"pour une introduction des "Prima lista botanica", sortes de ponctuations, d'entremets ou d'intervalles entre les quatre pièces maitresses du programme. C'est murmures et images à l'appui, ça respire, rythmé, inspiré, aspiré comme des parfums, des fragrances sonores multiples: cela augure des meilleures intentions d'interprétation et de composition! A la manière du "Catalogue de fleurs" de Darius Milhaud, ces accumulations, inventaire à la Prévert sont jouisseuses, bruissantes, évocatrices des sons , accordéon, violon, violoncelle, percussions, clarinette, guitare, voix-soprano et flûte au rendez-vous.

 La première pièce "Le cactus" est introduite par la maitresse de Cérémonie, Manon Corbin et agrémentée des informations savantes de Audrey Muratet, botaniste, écologue émérite. Prologue édifiant sur les caractéristiques de la plante cactée , savoureuse, qui transpire la nuit, épineuse qui stocke l'eau en dessiccation nocturne et qui demeure permanente dans le temps, semblant échapper à toute transformation visible, perceptible...Erreur car le cactus évolue lui aussi, plante succulente et changeante malgré les apparences invisibles..Le compositeur fait écho à cet état de fait et transcrit, prolonge et adapte ses compositions aux données scientifiques. C'est la partie narrative et magique de l'oeuvre qui nous est contée par les musiciens à tour de rôle et contraste avec la version savante de la botaniste. Bienvenue donc à la fantaisie de ces sons au départ figés, ténus, ces mouvements dans la lenteur qui illustrent la longévité de la plante épineuse qui retient l'eau et le temps. Glissando des hauteurs, stoïcisme et magie du cactus empli de pouvoirs étranges et divinatoires. Du surnaturel dans le mode de jeu: des trémolos pour les cordes en accord avec les images découpées sur l'écran, projetées, figures d'algues, lumières de photosynthèse dues à l' inspiration de la graphiste plasticienne Elsa Saunier .La flûte respire, clarinette et violon se répondent dans une conversation débridée.




La seconde pièce "Le moabi" évoque cet arbre mythique, gigantesque, poirier d'Afrique dont les fruits sont mangés par les éléphants, porteurs des graines, dispensateur et fécondateur à son insu. Cette pièce est un laboratoire sonore de correspondances multiples à la Beaudelaire: le son des fruits qui tombent évoqué par des vibrations telluriques des pas de l'éléphant Les vitesses rapides avec gammes descendantes évoquent la chute des fruits odorants, mous Des tempi plus lents façonnent l’icône calme, reposante de cet arbre majestueux qui règne en prince. L'air vibre entre la voix et la clarinette pour cette légende poétique à souhait.Des glissades, glissements sourdent de la musique en dégringolade. La largeur de l'arbre se fait présente, son écorce qui rend invisible se fait image diffractée sur l'écran en phases de kaléidoscope.

Encore quelques entremets sonores de mots scandés, énumérations de noms de plantes en intermède , interlude collectif chaleureux et humoristique.

Et voici la troisième pièce "Le Desmodium Girans" ou plante télégraphe! Ce légumineux, sainfoin oscillant est source d'inspiration versatile, mobile, volubile. Avec ses feuilles à trois folioles voici des mouvements intempestifs imperceptibles, à l'horizontale puis qui s'abaissent de haut en bas. Plante électrique en diable, le jour elle danse, la nuit elle dort... Une pièce parlée pour cette plante serpent qui hypnotise les musiciens comme envoutés par ses charmes. Beaucoup de notes à jouer pour évoquer la fébrilité des limbes en correspondance avec la vie de la plante. Musique de gestes, paroles de conteuses, conversation, vibrations et figures de danseur stabile, en déséquilibre et mouvance intrigante.


Pour la dernière pièce "Le nénuphar géant", cette plante aquatique de nymphéa mythique, seront évoquées les feuilles larges en circonférence, qui flottent dans l'éther, comme une chambre florale qui s'épanouit sur l'eau. Les percussions "tam-tam" insolite bassin incurvé circulaire, se font légères et multiples agent de communication entre air et eau. Les accessoires nombreux pour percuter cet état de corps végétal dénoncent les insectes voyageurs pollinisateurs qui fréquentent les fleurs. Un code en morse pour mieux faire voyager les sons et déverser un message magique à décrypter. Des silences pour signifier le calme et la durée infinie de vie de ces feuilles , plateaux support de l'histoire de ce nénuphar dans sa vie agitée des eaux dormantes.Des noms de nénuphars sont psalmodiés dans de multiples langues comme éventail déployés de sons signifiants. Du statisme aussi, des glissés dans de lents passages évoqués par les "vents".

Daniel d'Adamo signe ici un bréviaire magique de l'histoire fantasmée des plantes, herbier sonore, petit carnet secret de botanique que l'on feuillette à l'envi avec compagnie de Lovemusic, toujours à l'affut des expériences et rencontres musicales insolites et décalées!



Lovemusic  au Point d'Eau à Oswald le 12 avril (18h)  . Le Curieux Festival fait rencontrer les arts et les sciences et on y  joue la nouvelle pièce de Daniel D'Adamo - Theories for living things - une oeuvre qui mets en musique la vie des plantes ! L'oeuvre est ponctuée par une discussion entre Daniel D'Adamo, hélas absent, la Botaniste Audrey Muratet et Manon Corbin. 

Emiliano Gavito, flûte
Adam Starkie, clarinette
Emily Yabe, violon
Lola Malique, violoncelle
Nuno Pinto, guitare
Nejc Grm, accordéon
Rémi Schwartz, percussion
Léa Trommenschlager, voix

 

"Poufs aux sentiments": ça décoiffe et ça décapite: Marie Antoinette aux anges! Chasse à cour, à jardin.....


Comme ils l’avaient fait en 2021 avec leurs Merveilles, Clédat & Petitpierre puisent dans l’Histoire pour cette nouvelle création

Les poufs, ce sont ces perruques surdimensionnées et extravagantes apparues à la cour de Marie-Antoinette, décorées d’ornements les plus farfelus. Les « poufs aux sentiments », auxquels étaient accrochés portraits et objets rappelant les êtres aimés, reflétaient plus particulièrement les liens affectifs de ceux et celles qui les portaient. S’emparant de ces étranges constructions, les deux artistes font naître un monde insolite : dans un jardin à la française taillé au cordeau, les danseurs Ruth Childs et Sylvain Prunenec, dont le costume prend la forme duveteuse de ces coiffes d’antan, déploient une chorégraphie subtile qui renvoie aussi à l’univers de la danse baroque. Deux arbustes anthropomorphes habitent également ce décor de verdure, lui-même doué de vie. Chez Clédat & Petitpierre, qui interviennent tant dans les théâtres que dans les centres d’art et l’espace public, le travestissement constitue à la fois le point de départ et la matrice d’une rêverie hors du temps.

Je vous "haie" d'honneur...
 
Un décor comme un labyrinthe, jardin à la Le Nôtre, tracé au cordeau, un petit bosquet de buis qui va donner naissance en accouchant comme la montagne, de souris, velues: des moutons de jardin qui copulent sauvagement comme une bête à deux dos dans des ébats jouissifs, petits culs de puttini à l’appui. Cela s'annonce charmant et désuet: culs blancs de lapinoux et pom-pom girls au chapitre. Au menu, menuet et  rigaudon car c'est bien la danse baroque qui est convoquée ici.On songe à:
"C´est nous les petits puttini
Fesses à l´air et joues rebondies
En peinture, en lavis,
En marbre d´Italie,
Fanfarons, fripons, trublions,
Tétons mignons, bedons trognons,
Chantons le gai rigaudon,
La chanson des gros cupidons
Fesses à l´air et joues rebondies
C´est nous les petits puttini " (juliette le congrès des chérubins)
 
Précieuse et galantes évolutions, les bras et mains très  maniérés, façonnés par le style relevé juste ce qu'il faut; sauf que, en collants chair moulants et cul-nus nos deux escogriffes font obstacle au bon comportement. Dress-code aux oubliettes.Le maitre (mètre) à danser fait défaut pour ces figures anachroniques qui se baladent nonchalamment aux jardin des délices. De la haie surgissent deux arbrisseaux malins qui ne cessent de se métamorphoser, de se transformer en animaux dans ce parterre de feuilles vertes artificielles. Kitsch et drôle à la fois, ce tableau ravit: les étreintes se font électriques et lumineuses pour ce couple de charme, enjôleur à souhait. Les sculptures de plantes, buis,  en art topiaire se font vivantes et mobiles, s'adonnent à un jeu de mimétisme troublant et la haie d'honneur est endroit et place de révérences distinguées, de piqués en contrepoints, de sautillés savants, dosés à point. Quelques mouvements d'escrime , fondus en tierce pour orner le tout. Les perruques dissimulent deux visages charmants: celui de Sylvain Prunenec, petit faune désopilant au sourire naïf, serein et malicieux, le "ravi de la crèche" face à Ruth Childs, femme offerte et maline, calculatrice et séduisante. Cette danse très "plasticienne" obéit aux lois d'une mise en scène qui évoque la "carte du tendre", géographie du désir, de la reconnaissance, de l'estime: les codes de bonne conduite et de bienséance de l'époque. Danses tracées, éloquence du verbe et des paroles murmurées par la femme-mouton affublée de ce tutu de laine façonné comme les organes et membres reproducteurs... Une étreinte phosphorescente de barbe à papa glamour, savoureuse, succulente, un amour sur petit nuage duveteux, ouaté, et le tour est joué au pays de la douceur, de la tendresse.Billet doux, danse candide, retenue pour ébats érotiques de toute beauté amusante et frivole. Sans Lully, ni Rameaux sur fond de petites percussions ou de musique pop, se déroule les intrigues On se fait la chasse, la courre à cour, à jardin sans cesse et les bosquets de jouer à l'apparition-disparition comme autant de tableaux-pièges ou de décor de circonstances. Joli tableau où nos amoureux transits paradent sur la haie, bordée d'un treillis de verdure mouvante...Un cadre idyllique pour amours distinguées. On se laque à l'envi en poudre de perlimpinpin bombée sur les perruques , on se renvoie la balle au bond, ping-pong avec arbustes mouvants et les inventions fusent à l'envi. La chanson des amants de Moustaki vient au finale, couronner le tout, douce et suave comme cette odyssée précieuse, gâteau "merveilleux" saupoudré de meringue et autres douceurs sucrées. Haie d'honneur taillée dans le vif du sujet pour cartomancienne éclairée. C'est réjouissant et volage
  • Conception, chorégraphie, scénographie, costumes : Clédat & Petitpierre

  • Avec : Ruth Childs, Sylvain Prunenec, Max Ricat, Coco Petitpierre
  • Lumière : Yan Godat
  • Son : Stéphane Vecchione
Au Maillon Wacken jusqu'au 14 AVRIL
 
Couple d’artistes fusionnel, Yvan Clédat et Coco Petitpierre se sont rencontrés en 1986. Sculpteurs, performeurs, metteurs en scène, ils interrogent tour à tour l’espace d’exposition et celui de la scène à travers une œuvre protéiforme et amusée, dans laquelle les corps des deux artistes sont régulièrement mis en jeu. Leurs œuvres sont indifféremment présentées dans des centres d’arts, des musées, des festivals ou des théâtres, en France et dans une quinzaine de pays. Au Maillon, ils sont accueillis avec Helvet Underground en 2019 et Les Merveilles en juin 2021 dans le cadre du temps fort Les Narrations du futur avec le TJP CDN.

 
charlie le mindu


 

mercredi 12 avril 2023

"Tout mon amour" : une tragédie épique contemporaine. L'oubli, le déni, la perte des êtres "chers", façonne la hantise de la vérité.


 Tout mon amour est une pièce du romancier Laurent Mauvignier. Un couple, le père et la mère, est obligé de revenir dans la maison du grand-père pour assister à son enterrement. Cet endroit est celui de la tragédie familiale, celui où leur fille de six ans a disparu, dix ans auparavant. Une mystérieuse adolescente va venir sonner à leur porte : qui est-elle ? Une imposture ou l’être tant espéré ? Et qu’en dire au fils, l’enfant devenu unique après la disparition de sa sœur ? Arnaud Meunier met en scène ce « thriller métaphysique » qui interroge ce qu’est un deuil impossible, un retour autour duquel une famille va s’unir ou se déchirer : faut-il y croire ou non ? Peut-on accepter que le passé change de visage ?

Deux personnages, un couple, une grande pièce accessible par un couloir, une seconde antichambre et le décor est planté. Ce qu'il s'y passera en unité de lieu déborde les frontières du temps et de l'espace. Car l'intrigue, la pièce qui commence en dialogue, véritable théâtre" se révèle au départ thriller, suspense et rebondissements. On y "hurle" la douleur ou l'incompréhension, et la souffrance de ces deux êtres affolés et perturbés par le passé et ses "secrets" de famille devient envahissante. Le deuil, motif récurent ces derniers temps au théâtre, se révèle détonateur, bombe à retardement ou grenade qui empoisonne les esprits. Le retour de ce père défunt quasiment "en chair et en os" vient perturber le fils et le hanter au point de le rendre agressif, impatient, incontrôlable dans sa colère. Sa femme s'y frotte et tente d'exister encore en mettant en avant ses caprices de départ, son refus d'accepter les souvenirs enfouis qui resurgissent. Une étrange figure, la fille, fait son apparition dans ce décor triste et remuant. Elle surgit, personnage blessé, malmené, aux cicatrices corporelles évidentes. La douleur a sculpté son corps, déformé ses jambes et mains qui s’agitent en vain et sans contrôle. Sa démarche est déséquilibrée, oscillante, empêchée, paralysée par les stigmates de la souffrance psychique. Une famille en miettes, en morceaux qui ne veut pas recoller les pièces du puzzle...Ambre Febvre incarne cette jeune fille oubliée, resurgie des mémoires avec un tac, une sensibilité et un mimétisme incroyable d'un corps animé par la folie, la démence psychique d'un être renié, abandonné ou disparu de la scène. Anne Brochet en mère impatiente, abusive et accaparante est belle et quasi innocente dans son comportement de déni, d'oubli . Philippe Torreton, le père surfe sur la colère, la révolte, la désespérance avec fougue et sans retenue. La violence de ses propos et de son comportement en font un personnage ingrat, virulent, "hurleur" et vociférant à longueur de dialogue. Le fils, lui,  rejoint ce tableau de famille pour éclaircir, tamiser,l'ambiance, tenter de mettre à plat des situations cruelles. Des écorchés vifs au seuil de la dispute, de la chute,de la hargne et de la claque aux conventions de bienséance et de bienveillance: c'est le jeune Romain Fauroux qui s'y colle, longue silhouette apaisante dans cette univers plombé, ramassé, compact à en étouffer et perdre haleine. Quant au grand-père, Jean François Lapalus, il excelle de manipulation et manigances dans une attitude quasi quasi bon-enfant, décalée. Tout l'amour de ces cinq protagoniste, déborde sans cadre, s'affole incontrôlé et néfaste. Trop de sentiments, nuit et la guerre est proche dans un état de siège constant. Pas de répit, ni de pause dans ce déferlement de haine, parfois ponctué de tendresse entre le frère et la soeur qui évoque des souvenirs...Et la boite de Pandore qui contient vêtements et collier de l'enfant disparue, hante et provoque déni, distanciation ou renoncement.Chacun usurpateur face à l'autre pour se faire sa place, son nid, et tenter d'être considéré, reconnu, apprécié. La mise en scène de cette tragédie de l'urgence, de l'impatience, fébrile et débridée, souligne les émois et revirements des corps aux abois. Arnaud Meunier au service d'un texte de Laurent Mauvignier qui n'a de cesse de remuer et exhumer la mort de ceux qui ne le sont pas...Dans les esprits et les corps condamnés par la souffrance non libérée, même par la parole....

L’écrivain Laurent Mauvignier a reçu de nombreux prix, ses oeuvres − romans, récits, théâtre − sont publiées aux Éditions de Minuit. Il écrit aussi pour la télévision et le cinéma. En 2015, dans le cadre de L’autre saison, Denis Podalydès a interprété son texte Ce que j’appelle oubli. Le metteur en scène Arnaud Meunier dirige la MC2: Maison de la Culture de Grenoble – Scène nationale depuis 2021. En 2018, il a présenté au TNS Je crois en un seul dieu de Stefano Massini. 

En chorégraphie,il y a eu la rencontre avec Laurent Mauvignier dont Angelin Preljocaj met en geste le récit "Ce que j’appelle oubli" en 2012. Sa création, "Retour à Berratham", les réunit à nouveau par le biais d’une commande pour la danse. "Une tragédie épique contemporaine, telle était ma demande à Laurent Mauvignier".

 

https://genevieve-charras.blogspot.com/2015/07/avignon-invente-le-texte-danse-le-corps.html

https://genevieve-charras.blogspot.com/2012/09/ce-que-jappelle-oubli-le-corps-du-texte.html

 

 

Au TNS jusqu'au 5 Avril


dimanche 9 avril 2023

"Pergola si, Pergola la" : performance dans l'atelier et au jardin chez Pascale Duanyer


 Le Dimanche 14 MAI 17H dans le cadre des "Ateliers ouverts"

Au fond du jardin, dans la "Pergola" de Pascale, Geneviève Charras "charivarieuse" interprète quelques bons morceaux d'opéra, de chansons légères comme cette petite surface ouverte au vent!

Dans l'atelier c'est au travail de gravure et de peinture, que la danse, le chant, la voix, le geste répondent en résonance: les "compositions" de l'artiste inspirent une prolongation, une interprétation en écho ou ricochet à l'oeuvre de Pascale Duanyer...."Finalement je ne montre pas de grand formats.  .c'est vraiment voyage en terre sainte. Petits croquis, dessins.  Petites gouache....  "



Le dimanche 14 Mai à 17H à Geispolsheim 15 rue du presbytère dans le cadre des ateliers ouverts.

jeudi 6 avril 2023

"Single Room": bien chambré! Un duo charmeur , enjoleur, émulsion de poésie musicale "fait maison". Sing-room...

 


Single room (jazz)

Quelques touchers de harpe électrique, quelques éclats chantés : Rafaëlle Rinaudo et Émilie Lesbros ouvrent les portes de leur chambre musicale où se télescopent violence et berceuse, poésie et bruitisme, jazz et pop. « Maison de poupée ou vaste château, la chambre de Single Room est pareille à celle des contes : elle communique vers d’autres mondes et d’autres temps ».

Un concert intimiste et convivial qui démarre avec une harpe frottée avec une brosse et une mailloche feutrée! Une voix qui sifflote et le tour est joué. Vêtues de rose, noir et jaune citron, voici nos deux artistes musiciennes qui s'adonnent à la poésie musicale "maison", à un bruitisme jovial et réjouissant, bien dosé, fin et distingué. Beaucoup de singularité, de noblesse dans cette prestation unique faite de deux entités qui se complètent à l'envi.Conteuse, diseuse de bonnes histoires Emilie Lesbros nous régale d'une belle diction pondérée, d'une voix au timbre très contrasté, au flux souple, au souffle léger et vaporeux. Infimes variations périlleuses dans la finesse de l'émission vocale, sa technique au service d'une interprétation toujours enjouée, radieuse et discrète.  Beaucoup de subtilité dans le jeu de harpe de celle qui l'accompagne de ses "palettes" manuelles pour faire naitre des tonalités diversifiées. Rafaelle Rinaudo caresse ou triture sa harpe, grattée, chatouillée ou frappée, bousculant les codes dans de belles bascules.Comme pour cette berceuse enjôleuse ou pour cette "Liberté", chantée en chœur et reprise plus tard avec le public. Un petit air de Jean Baptiste Clément dans une belle lumière bleue tamisée, un Arthur H et sa "Boxeuse amoureuse" pour traverser d'autres univers ne se refusent pas. Musique "fusion" aux fragrances d'ailleurs, au bel accent américain, musique savante et abordable, improvisée à point nommé, ce concert fut un petit bijou d'inventivité, de sobriété frugale sur canapé en "single room" ou "sing room"de fortune.Chambre simple mais pleine de surprises et de générosité, de fraicheur et de candeur, de malice et de sincérité.Les deux artistes, félin(es) pour l'autre...

Avec Émilie Lesbros (France) / chant, composition et Raphaëlle Rinaudo (France) / harpe, composition

Danse le cadre de l'opération de diffusion "Ah les femmes" de"Sturm production"

jeu. 06.04 | 20:30 | Concert | Auditorium | BNU

"Carcass" : draps de peaux, banières et corps tension, enveloppes plastiques rebelles et champs de bataille.Casse coup dur pour la danse!

 

Marco da Silva Ferreira Portugal 12 danseurs création 2022

C A R C A S S


Des corps en surchauffe, des danses d’hier et d’aujourd’hui, des flux et des échanges électriques, C A R C A S S se joue des confrontations. Une sorte de fièvre s’empare du collectif de danseurs urbains réunis au plateau par Marco da Silva Ferreira. Dans cette nouvelle pièce, le chorégraphe portugais questionne rondement le passé à l’aune du présent.

 

Quels sont ces corps qui traversent le monde ? Depuis ses débuts, Marco da Silva utilise la danse comme outil de recherche sur la communauté. Ce que l’on a pu découvrir dans deux de ses créations déjà présentées à POLE-SUD : Brother et ses danses tribales oscillant entre sentiment d’appartenance et formes de rivalité ; Siri et son univers post-humain, mystérieuse forêt de sensations entre images et mouvements.
Dans C A R C A S S, le chorégraphe portugais renouvelle son questionnement : quel est le moteur d’une identité collective, de quelle façon passé et présent agissent-ils sur les corps, de l’individu à la communauté, comment décide-t-on d’oublier ou de créer de la mémoire ?
Sur le plateau, une dizaine d’interprètes. Emportés par des jeux de jambes effrénés, les corps sont en ébullition. Intense physicalité, échanges d’énergies propulsent des danses multiples issues des cultures considérées comme minoritaires telles que la communauté LGBTQIA+ ou les groupes originaires d’anciennes colonies. En contrepoint, surgissent d’autres danses, folkloriques, standardisées, immuables. Se jouant de ces confrontations, Marco da Silva Ferreira en explore les ressorts à travers la communauté vibrante des danseurs sur scène, chorégraphiant leurs pas complexes et sonorisés qui participent de cet environnement musical créé en direct. Où l’on retrouve la démarche du chorégraphe qui, autour des pratiques urbaines, développe une réflexion continue sur le sens des danses émergentes de nos jours, à travers une forme singulière d’expressionnisme abstrait aux accents autobiographiques.

 

Seule avec un  punchingball virtuel, animée de mouvements de boxe, une sorte de femme araignée divague sur le bord du plateau, bientôt rejointe par une horde, une meute en ébullition: collant noir ajourés, troués, baskets emblématiques aux pieds. En body building noir! Ou legging troués.Ils bordent la scène en tribu déjantée, en bataillon militaire ou batterie comme les instruments de percussions live qui sonnent le rassemblement.Animés de mouvements similaires, décalés, allure sportive d'un quatuor désaccordé. Un petit groupe frontal, compact, virulent. Les épaules s'agitent et les dix danseurs franchissent des pourtours,la barre du tapis de sol, carré tout blanc sur fond noir. Ils se fondent entre les interstices de l'espace, s'imbriquent en décalage dans des rythmes binaires entêtant. Dans une dissymétrie et un éparpillement des corps dans l'espace. Image d'une chenille, maillon, chainon qui roule au sol dans un déroulé modulé. Un solo alterne, un faune de profil sur demi-pointes,  sorte de Nijinski sautillant en costume seyant.Des notes de folklore surgissent pour animer le groupe, jeux de jambes en échos,en costumes colorés, plissés comme des kilts aux pendrillons lamés. De belles unissons répétitives évoquent le "Dance" de Lucinda Childs sur fond musical proche d'un Philip Glass...Des lignes diagonales pour trancher l'espace et le silence s'impose pour le battement au sol des pieds musicaux en diable.Duo à la Kandinsky pour faire danser les couleurs comme dans ses "compositions".


La plasticité de la chorégraphie, se fait graphisme et graffiti comme des arts urbains. Un autre solo comme un tourbillon-moulinet, comique, dansé à quasi reculons, provoque le sourire. Dévoreur d'espace, le danseur éclate, éclabousse l'éther alors que le groupe l'encourage, le booste et l'accompagne en empathie.Le plissé des kilts rappellent l'évocation des ethnies et les plis de la danse s’entrouvrent pour dévoiler corps et âmes épris d'énergie communicative. Quelques duos comme des joutes corporelles viennent se greffer à cette cérémonie tribale sur fond de clavecin électronique.Et les t-shirts rouges de devenir drapeaux, bannières, oriflammes étirées par les bras comme des étendards sanglants, des draps-peaux du monde tendus comme des enveloppes charnelles. Dans un champ de bataille évident, les "carcasses" des danseurs  se fracassent au sol et gisent.Un pantin sans visage, évoque un tableau, une toile de Fontana, relief saillant du visage au travers. Des êtres bizarres prolifèrent, protéiformes, hybrides comme des kachina de la mythologie Hopi, des figures énigmatiques, des bestioles non identifiées se font graphisme mouvant, lettres et syntaxe visuelle. 


C'est plastiquement très réussi et le voyage continue accompagné de cette petite foule à la foulée gymnique toujours très saccadée.Puis sur fond de toile blanche des sortes de chauve-souris s'animent, déstabilisant la lecture des corps inversés à la Xavier Leroy, petits êtres diaboliques : haut les mains qui s'agitent et font signe pour cette révolution des œillets où le chant se fait revendication politique. Très animale, la danse de Marco da Silva Ferreira séduit, étonne, déstabilise, déplace les codes de lecture pour un bal masqué opérateur.Une grande bouche rouge, encore clin d'oeil plastique à la Man Ray, se fait marionnette qui balbutie. Ce "Carcass" est sidérant tant la perte, la dépense et dissipation de l'énergie est constante et la performance des dix personnages est à souligner comme une potion magique dont ils se seraient emparé pour mieux diffracter l'espace, décomposer le rythme et former un groupe colossal uni et resplendissant. Des salves éclatent et le départ de la troupe en vision de dos clôture le spectacle d'un monde catastrophe joyeux enivré de tonus."Le mur est tombé".....

jusqu'au 6 AVRIL au Maillon Wacken en collaboration avec Pole Sud