samedi 5 mars 2011

Danse-thérapie à l'AAPEI

Voici un court bilan d'une année passée avec 10 résidents handicapés mentaux ou "déficients" lors d'un atelier hebdomadaire de danse au sein du SAJH, structure d'accueil de l'AAPEI à Bischheim!


Bilan atelier de danse 2010

Objectifs : favoriser un épanouissement corporel et artistique
L’activité tend à développer les facultés d’épanouissement de la personne par l’incarnation de ses mouvements et de sa propre gestuelle en confrontation avec toutes les données spatiales et en relation avec les autres danseurs. Elle se base sur les axes fondamentaux de la danse : l’équilibre, les appuis, les déplacements multidirectionnels. De même est abordée la notion de sensation dans tous les exercices préparatoires qui structurent chaque séance conçue comme une ritualisation. Cette discipline est en étroite relation avec l’espace sonore et musical, le rythme corporel et la pratique de la mémorisation : c’est l’étude chorégraphique, la créativité et la part artistique de chacun des participants. La danse permet l’accès à la poétique gestuelle, à l’élaboration de sa propre écriture corporelle dans les espaces privés et communs. Et se forge ainsi un langage pour communiquer sa sensibilité personnelle.

Bilan 2010
Au premier semestre, nous avons abordés les fondamentaux de la danse avec les acquis de chacun des participants, désormais familiarisés avec les composantes de base : échauffement ritualisé, développement de chorégraphies collectives par imitations, reproductions de gestes suggérés par les uns et les autres. Les tracés et trajets dans l’espace ont été approfondis au bénéfice d’une structuration des évolutions de chacun. Selon les aptitudes et capacités de chacun, le programme pédagogique a été assimilé à un rythme assez soutenu, gage de bonne entente et d’écoute collective. Les regards sur les uns et les autres se sont affinés et ont permis une ouverture d’esprit et une liberté d’expression intense et significative.
En septembre un changement des effectifs et des individus a impulsé une autre dynamique et un changement de lieux (salle de spectacle le mercredi après-midi) a induit un autre type de travail spatial introduisant la notion de mise en scène et le désir de spectacle.
La dynamique groupale favorise toujours l’esprit ludique de l’atelier et la participation globale est forte et volontaire de la part de quasi tous les participants Le plaisir en demeurant le facteur principal et la bonne humeur le principe dominant commun L’encadrement par des professionnels réguliers a stabilisé le travail et valorisé l’engagement particulier et collectif

Perspectives
Le respect et la bienveillance en seront le dénominateur commun comme à l’accoutumée rendant perceptible le plaisir et les évolutions de tous dans le sens de la découverte de son propre potentiel vers un déploiement de la personnalité et de son assurance. La danse construit, répare, fonde l’ancrage de l’être dans son environnement social et dans sa dimension artistique.

Geneviève Charras
Le 20 Janvier 2011

Josef Nadj et Buchner


« Woyzeck ou l’ébauche du vertige » : écorché vif
Le deuxième spectacle de Josef Nadj nous permet de plonger dans l’univers étrange, absurde et légendaire d’une de ces œuvres emblématique, datée de 1993.Retour sur le répertoire et la mémoire d’un patrimoine chorégraphique singulier.
De culture hongroise, né à Kanjiza, en Volvodine, dans l’actuelle Serbie, Josef Nadj arrive à Paris au début des années 1980. Il y découvre la danse et fonde sa propre compagnie en 1986, « le Théâtre Jel ».Inspiré des souvenirs de son village natal, son premier spectacle « Canard Pékinois » pose les jalons d’une œuvre aujourd’hui internationalement reconnue. L’œuvre d’un alchimiste de la scène qui marie comme nul autre le geste, la musique et les arts visuels, tout en laissant infuser dans les corps la puissance d’évocation de la littérature. Parallèlement à ses chorégraphies, Josef Nadj dessine, peint, photographie, sculpte. Son œuvre plastique est aussi riche que celle qu’il destine au plateau. On y retrouve ce qui fait l’originalité puissante de son univers scénique, entre danse et théâtre, ces visions en constante métamorphose où les objets, les corps, les gestes semblent à la fois très anciens et inédits, tragiques et burlesques, mis en mouvement par le souffle de la poésie et de l’ironie. L’actuel directeur du Centre Chorégraphique d’Orléans a souvent été l’invité du festival d’Avignon dont il fut l’artiste associé en 2006, donnant « Asobu » et « Paso Doble ».
Un texte passé au crible du langage corporel
Inspiré d’un texte dramatique, œuvre en chantier, le spectacle « Woyzeck » se présente en l’état d’une forme en devenir,  comme l’œuvre littéraire arrêtée net par la mort de son auteur, Georg Büchner. Le manuscrit laissé se compose en effet de quatre versions distinctes, quatre ébauches plus ou moins longues, achevées, suivies, détaillées et superposables. Nadj a décidé d’opter vers l’inachèvement, plutôt que d’isoler une version ou d’extraire arbitrairement un récit unique et linéaire de ces fragments épars, et ainsi un caractère répétitif se dégage de l’ensemble. Il creuse le texte, le morcelle plus encore pour en faire surgir la voix de l’auteur et son questionnement obsédant sur la nature humaine et la marche inexorable du destin. Il met en relation la mort précoce de Büchner et la folie qui l’habitait à la fin de sa vie avec deux éléments-clés du drame: le crime passionnel que commet le personnage de Woyzeck et les pressions insoutenables qui s’exercent sur lui: un processus de déshumanisation qui le conduit à la folie et au meurtre. Dans la version de Nadj, la tragédie a déjà eu lieu et sonne comme un possible écho de la guerre fratricide qui déchirait la Yougoslavie à l’époque de la création du spectacle de 1993 à 1997. Sa lecture propose une vision de la décomposition qui gangrenait alors progressivement les corps et les esprits. Pièce crue, vitale, triviale, organique, écorchée vive où règne pourtant un climat burlesque. Enfermés dans un espace exigu, des êtres difformes, à la limite de l’apparence humaine, s’y livrent à des jeux cruels sur une petite musique de fête !
La vision, le tourment, le meurtre, les basses sommations de la nature qui réduisent l’homme à n’être qu’un pantin douloureux, l’atavisme du malheur, la fatalité du gouffre, c’est tout ceci, le « Woyzeck » de Nadj ; avec sept danseurs rompus au style alchimique du chorégraphe: l’art de faire apparaitre et disparaitre corps et objets, l’art de créer des images fortes et inoubliables….Paysage d’une destinée irréversible, le spectacle résonne comme une légende et pose au premier chef la question de la détermination, du destin. Mimiques, gestuelle proche d’un théâtre du mouvement dansé, la pièce est riche de textures et de sensualité. Les personnages sont repérables et baignent dans une fiction, proche de la réalité politique, enluminée cependant de la poésie triviale d’une composition mordante à souhait. Nadj excelle dans la narration à travers les corps et nous rappelle que la danse n’est autre qu’incarnation des sensations et pensées pour faire avancer les propos artistiques sur le monde.
Geneviève Charras

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SO BO GEN ZO Nadj très ZEN

« SO-BO-GEN-ZO »: restez zen !
Zen attitude
Pour cette performance inédite, Josef Nadj , artiste multi-directionnel réunit un petit panel d’artistes qui se mettent en péril constant pour incarner méditation et univers japonais sans l’ombre d’un hermétisme. Contemplation garantie!

De culture hongroise, né à Kanjiza, en Vojvodine, dans l’actuelle Serbie, Josef Nadj arrive à Paris au début des années 1980. Il y découvre la danse et fonde sa propre compagnie en 1986, «le Théâtre Jel».Inspiré des souvenirs de son village natal, son premier spectacle «Canard Pékinois» pose les jalons d’une œuvre aujourd’hui internationalement reconnue. L’œuvre d’un alchimiste de la scène qui marie comme nul autre le geste, la musique et les arts visuels, tout en laissant infuser dans les corps la puissance d’évocation de la littérature. Parallèlement à ses chorégraphies, Josef Nadj dessine, peint, photographie, sculpte. Son œuvre plastique est aussi riche que celle qu’il destine au plateau. On y retrouve ce qui fait l’originalité puissante de son univers scénique, entre danse et théâtre, ces visions en constante métamorphose où les objets, les corps, les gestes semblent à la fois très anciens et inédits, tragiques et burlesques, mis en mouvement par le souffle de la poésie et de l’ironie. L’actuel directeur du Centre Chorégraphique d’Orléans a souvent été l’invité du festival d’Avignon dont il fut l’artiste associé en 2006, donnant «Asobu» et «Paso Doble».Dernièrement avec «Les Corbeaux», il livrait en Avignon, une performance plastique et musicale en compagnie d’Akosh S.qui stupéfiât par l’audace de l’engagement physique du peintre-chorégraphie doublement investi dans le geste pictural et dansé, sur des musiques improvisées!
Quatuor pour deux danseurs chorégraphes et deux musiciens improvisateurs, «Sho-Bo-Gen-Zo» se réfère à l’histoire du Japon. «La vraie loi, trésor de l’œil» se revendique de l’œuvre du maître Dogen qui fonda au XIIIème siècle l’école sôtô du zen. Un texte passé au crible du langage corporel qui donne naissance à la première image du spectacle: l’apparition d’un samouraï en armure curieusement interprété par une femme. Une vision excessive du Japon d’autrefois est campée sur le plateau. Un continent, l’empire du soleil levant va se rêver devant nous, comme présence de l’ici et maintenant, philosophie revendiquée par l’attitude zen. Entre le présent et un ailleurs lointain, l’ambiance onirique de cet univers extrêmement étrange dessine les contours de cette performance unique musique-danse.
Accompagné de la contrebassiste Joelle Léandre et du poly-instrumentiste Akosh S., Joseph Nadj se fraie un chemin complexe dans l’espace en compagnie de Cécile Loyer, en duo chorégraphié, le temps de six tableaux, comme autant de saynètes composées pour l’occasion, architecturant espace et temps à la manière d’une œuvre hybride, fragile. L’emboitement des séquences, qui s’articulent comme des poupées gigognes, enchâssées et modulables, fait qu’on  y circule comme à l’intérieur d’une méditation. Ici et nulle part ailleurs, dans le temps présent, le flux et le reflux du geste dansé, recueilli, éphémère aussi. Les corps seuls nous parlent, sans mot, sans parole pour plonger dans ces formes scéniques proches des miniatures Koan, dont la fonction traditionnelle est d’éclairer sans le verbe, ni l’expression commune de la parole.
Tel un recueil de miniatures enluminées sobrement, les gestes composent un glossaire inédit, inouï de petits mouvements précis, brefs, concis, à la facture proche de l’orfèvrerie. Les sons se mêlent aux images et Nadj, en plasticien aguerri depuis ses expériences ave Miquel Barcelo, trace à l’encre de chine des signes, volutes, courbes et autres traces comme une calligraphie réinventée, métamorphosée par le geste dansé qui les initie. Danseur, peintre, performeur hors pair, Nadj s’impose comme un écrivain nouvelliste de la danse, compose des partitions corporelles rehaussées par la musique improvisée, désormais compagne incontournable de son processus de création. Les quatre protagonistes de cette intervention performative se donnent dans l’instant, chacun puissant et inventif, puisant au plus profond l’énergie nécessaire et salutaire à leur art respectif. Sans jamais emprunter à l’autre la spécificité de sa discipline. Zen, certes, mais jamais obscure ni inaccessible, leur trajectoire est commune et délivre une compréhension du monde, simple, sans sophistication ni maniérisme. « Faire sien le monde » et le partager, sans jamais expliquer mais en communiquant l’essence d’une attitude de vie, qui frôle sans cesse l’art et la manière d’être au monde. Sobre, présent, actif et contemplatif à la fois. Passeurs, transmetteurs de valeurs ancestrales, traditionnelles et si contemporaines à la fois !
Inspiré et s’appuyant sur les textes de Dogen, ensemble ils rendent visibles par leurs tableaux successifs, l’univers du zen, lui restitue les sons et le souffle de la vie immédiate. Œuvre en chantier, le spectacle se présente en l’état d’une forme en devenir,  comme l’œuvre littéraire du maitre zen. Il creuse le texte, le morcelle plus encore pour en faire surgir la voix de l’auteur et son questionnement obsédant sur la nature humaine et la marche inexorable du destin. Avec son style alchimique: l’art de faire apparaitre et disparaitre corps et objets, l’art de créer des images fortes et inoubliables…. Paysage d’une destinée irréversible, le spectacle résonne comme une légende et pose au premier chef la question de la détermination, du destin. Mimiques, gestuelle proche d’un théâtre du mouvement dansé, la pièce est riche de textures et de sensualité. Les quatre personnages  baignent dans une fiction, proche de la réalité enluminée cependant de la poésie triviale d’une composition mordante à souhait. Nadj excelle dans la narration à travers les corps et nous rappelle que la danse n’est autre qu’incarnation des sensations et pensées pour faire avancer les propos artistiques sur le monde.
Geneviève Charras
« Sho-Bo-Gen-Zo » à Pôle Sud les 1, 2, 3 et 4 Février 2011.
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