Le geste est étudié dans cet ouvrage sous les angles de la philosophie, de l’anthropologie, de la technologie, de l’esthétique et de l’art. Ce sont en effet toujours des gestes qui, embrayant des actions et des échanges, déterminent des pans entiers de l’expérience humaine. L’ouvrage se compose de trois parties. L’art du geste : techniques et médiations traite du geste technique et de ses prolongements technologiques. L’émergence est ici d’une intelligence formelle aux effets cumulatifs inappréciables. Êthos et Aisthèsis s’interroge, en s’aidant notamment des œuvres d’Adolf Portmann, sur la manière dont les vivants gèrent l’apparence et en jouent. Enfin, Le geste dans les arts s’attache, sur l’exemple d’œuvres singulières, à comprendre, non seulement comment les artistes peuvent partir de gestes simples, mais aussi comment ils rendent un geste ou une gestualité plus large dans et par leur médium. De façon générale apparaît une Figure du geste dont le schème pourrait être le retour. On s’explique ainsi que le geste soit tantôt regardé comme pur incipit, tantôt comme habitus, capacité de porter et de gérer dans le temps un certain tour. À la fois improvisé et très exercé, le geste apparaît comme un carrefour anthropologique où se croisent les destins du langage, de la technique, de l’économie, de l’art…
Sous la direction de Michel Guérin
dimanche 8 mars 2015
Colette, femme, féministe, chante et danse !
Ô toi qui me nommes danseuse, sache, aujourd’hui, que je n’ai pas appris à danser. Tu m’as rencontrée petite et joueuse, dansant sur la route et chassant devant moi mon ombre bleue. Je virais comme une abeille, et le pollen d’une poussière blonde poudrait mes pieds et mes cheveux couleur de chemin...
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Tu m’as vue revenir de la fontaine, berçant l’amphore au creux de ma hanche tandis que l’eau, au rythme de mon pas, sautait sur ma tunique en larmes rondes, en serpents d’argent, en courtes fusées et frisées qui montaient, glacées, jusqu’à ma joue...Je marchais lente, sérieuse, mais tu nommais mon pas une danse. Tu ne regardais pas mon visage, mais tu suivais le mouvement de mes genoux, le balancement de ma taille, tu lisais sur le sable la forme de mes talons nus, l’empreinte de mes doigts écartés, que tu comparais à celle de cinq perles inégales...
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Tu m’as dit: "Cueille ces fleurs, poursuis ce papillon..." car tu nommais ma course une danse, et chaque révérence de mon corps penché sur les oeillets de pourpre, et le geste, à chaque fleur recommencé, de rejeter sur mon épaule une écharpe glissante...
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Dans ta maison, seule entre toi et la flamme haute d’une lampe, tu m’as dit: "¡Danse!" et je n’ai pas dansé.
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Mais nue dans tes bras, liée à ton lit par le ruban de feu du plaisir, tu m’as pourtant nommée danseuse, à voir bondir sous ma peau, de ma gorge renversée à mes pieds recourbés, la volupté inévitable...
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Lasse, j’ai renoué mes cheveux, et tu les regardais, dociles, s’enrouler à mon front comme un serpent que charme la flûte...
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J’ai quitté ta maison durant tu murmurais: "La plus belle de tes danses, ce n’est pas quand tu accours, haletante, pleine d’un désir irrité et tourmentant déjà, sur le chemin, l’agrafe de ta robe... C’est quand tu t’éloignes de moi, calmée et les genoux fléchissants, et qu’en t’éloignant tu me regardes, le menton sur l’épaule...Ton corps se souvient de moi, oscille et hésite, tes hanches me regrettent et tes reins me remercient...Tu me regardes, la tête tournée, tandis que tes pieds divinateurs tâtent et choisissent leur route...
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"Tu t’en vas, toujours plus petite et fardée par le soleil couchant, jusqu’à n’être plus, en haut de la pente, toute mince dans ta robe orangée, qu’une flamme droite, que danse imperceptiblement..."
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Si tu ne me quitte pas, je m’en irai, dansant, vers ma tombe blanche.
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D’une danse involontaire et chaque jour ralentie, je saluerai la lumière qui me fit belle et qui me vit aimée.
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Une dernière danse tragique me mettra aux prises avec la mort, mais je ne lutterai que pour succomber avec grâce.
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| Que les dieux m’accordent une chute harmonieuse, les bras joints au-dessus de mon front, une jambe pliée et l’autre étendue, comme prête à franchir, d’un bond léger, le seuil noir du royaume des ombres... |
Tu me nommes danseuse, et pourtant je ne sais pas danser...
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"Rendez-vous :au cœur de l'art exactement" : nouvelle revue!
Une nouvelle revue où la danse a droit de cité: deux articles fort bons sur "Danse avec les loups" par Michel Nuridsany sur la danse de Clara Furey "Cigue" et "Lart de la fugue" et "Contrepoint" de Yoann Bourgeois avec des photos de Christophe Manquillet.
Une revue bisannuelle où des artistes publient sur d'autres artistes, sans se soucier des frontières inhérentes à chaque domaine artistique. Ainsi, dans ce premier numéro, des artistes évoquent ceux qui ont marqué le deuxième semestre de l'année 2014 en France, avec un détour par Détroit. Peinture, vidéo, BD, cinéma, danse, arts de la scène, rap, littérature et poésie sont au programme.
A suivre!
On est artiste d’abord, puis on se spécialise dans le roman, la peinture, la musique, la chorégraphie, l’architecture. C’est sur cette idée que se fonde Rendez-vous, revue destinée à être publiée tous les six mois. Corollaire : l’envie ou la nécessité de troubler les genres, de les ignorer, de les transgresser pour mettre à vif ce qu’Henry James nommait « la folie de l’art ». Des artistes parlent donc ici d’autres artistes, sans se soucier des frontières qui défendent une supposée intégrité de chaque territoire.
Au-delà de l’actualité et des modes, voici un aujourd’hui autre. Au cœur de l’art, exactement.
Michel Nuridsany, rédacteur en chef de la revue
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