vendredi 26 février 2016

Danse de dinde !


jeudi 25 février 2016

"Erwin Motor dévotion": ma petite entreprise.....connait pas la crise


de Magali Mougel par Delphine Crubézy
L'intrigue.....l'action:
"Des lanières de plastique scindent l’espace, réfléchissant la lumière tout en se laissant percer du regard. Cette ambiance industrielle, conçue par la metteuse en scène Delphine Crubézy, plante le décor. Dans une entreprise automobile appelée Erwin Motor, une jeune employée, Cécile Volanges, s’active de nuit sur une chaîne de montage. Elle est surveillée de près par un contremaître, lui-même soumis à la pression que lui inflige sa directrice, Madame Merteuil. Cécile engloutit sa vie personnelle dans sa tâche. La pièce est signée Magali Mougel, une jeune auteure connectée avec ce qui l’entoure et notamment, le sort des plus démunis. Son style lapidaire trouve des accès clairvoyants vers ce qui, sournoisement, nous contamine jusqu’à nous perdre. Elle sait portraiturer une société malade d’elle-même, décrire sans pathos l’aliénation au travail, pointer sans larmoyer la domination de l’homme sur la femme. Il y a chez elle une empathie réelle pour les petites gens, les prolétaires, les dominés. Ce constat social, elle le sublime dans un geste poétique qui, ici, en passe par la littérature. Volanges, Merteuil : Les Liaisons dangereuses surplombent de leur ombre la fable qui se teinte, du coup, d’un peu plus de perversité. Fascinante danse du diable…"

Alors le décor est campé pour cette fable des temps modernes où le pouvoir de l'économique va briser des vies, fabriquer des comportements odieux, inhumains et où un contre maître téléguidé par une chef d'entreprise  sadique et salace joue le beau rôle: celui de liquider les inactifs, les non productifs tout en gardant la main mise sur leur âme, leur désir, leur sort.Cécile, l'employée modèle devient la proie convoitée, observée, décortiquée de son sous chef, petit chien bien dressé, pour obéir aux autorités supérieures, à la solde d'une femme éprise de pouvoir. L'actrice est troublante, sobre, émouvante: Marine Violaine Helmbold, convaincante en soubrette de l'industrie menacée par la délocalisation de l'entreprise automobile en Pologne: celle qui gronde menaçante sur le sort de cette vierge qui se fera abuser en martyr pour sauver la situation de non compétitivité! Un peu stigmatisée et prise en otage, comme pays abusif, cordon ombilical, bouc émissaire ou cible incontournable!
Un peu caricaturale, la situation de cette histoire, surement vraie hélas d'une conjoncture économique dramatique. Drame, crime et châtiment pour cette victime et ses bourreaux enfermés dans un décor qui reflète leur situation: pans de murs en miroir qui réfléchit leurs faits et gestes et trahit leur innocence feinte!Belle entrée en matière où le contre maître dialogue avec les multiples portraits projetés en vidéo surdimentionnée de l’héroïne observée au travail, au labeur consenti avec dévotion!
Miroir déformant la vérité pour le mensonge dans les bouches des patrons et de  leurs sous fifres!
Jeu d'acteurs et mise en scène parfois un peu appuyée, mais le sujet en vaut la chandelle: on vibre avec les protagonistes et le compagnon de Cécile, Fred Cacheux tire fort bien son épingle du jeu: "ma petite entreprise connait bien la crise" et Delphine Crubézy s'attaque avec bravoure et acharnement à un texte où la reprise et la répétition ne sont pas la source du comique mais du tragique et du pathétique!
Aux TAPS Scala jusqu'au 28 Février 20H 30

mercredi 24 février 2016

"Le kung fu"de Dieudonné Niangouna: d'après une histoire vraie!


"Et puis ce soir on s'en ira au cinéma;;;les artistes ...ce sont les acteurs et les actrices": le Avant le et cinéma" de Francis Poulenc et Apollinaire 1904 prend ici tout son sens, sa justification!

Et puis ce soir on s'en ira 
Au cinéma

Les Artistes que sont-ce donc
Ce ne sont plus ceux qui cultivent les Beaux-arts
Ce ne sont pas ceux qui s'occupent de l'Art
Art poétique ou bien musique
Les Artistes ce sont les acteurs et les actrices
Si nous étions des Artistes
Nous ne dirions pas le cinéma
Nous dirions le ciné

Mais si nous étions de vieux professeurs de province
Nous ne dirions ni ciné ni cinéma
Mais cinématographe

Aussi mon Dieu faut-il avoir du goût.

Les vedettes ce sont tous les acteurs de films qui trottent dans la tête d'un jeune homme dont l'enfance fut bercée de visionnages familiaux et collectifs de tout genres de films...à la télévision et au Congo! Niangouna plus d'une heure durant dans un sobre décor d'échafaudages, de sol sablonneux, quelques ballons flottants accrochés à la structure et de petits personnages, figurines de funk fu à même le sol.Dans Le Kung Fu, le Congolais Dieudonné Niangouna raconte comment sa passion pour ce sport l’a conduit vers le cinéma, le thé
âtre et l’écriture.

Une autobiographie palpitante où le héros joue, interprète ses propres textes: toute ressemblance avec un personnage de la réalité n'est pas fortuite et c'est bien d'après une histoire vraie que défilent les séquences jouées live où filmées que Dieudonné conte de façon truculente les épisodes de la construction de son identité à travers les personnages de ses films cultes de référence! Une performance enjouée, joyeuse, grave et habitée par un acteur hors pair, tout à son art dévoué: le jeu, la farce, l'humour et le détachement d'un homme qui incarne la vie et ses expériences livrées au public, complice et séduit par tant de verve et d'authenticité! Très belle démonstration de kung ku, tai-chi au final sur des textes dits par sa petite fille, enregistrés, par un danseur, acteur souple, mouvant et agile en diable!
"Raconter sa vie aux spectateurs tout en les impliquant dans son spectacle, voilà le défi de Dieudonné Niangouna dans sa dernière création. Pour cela, il a inventé la forme d’un « solo participatif » où il embarque le public. Le principe : emmener les spectateurs à devenirs acteurs, en rejouant leur scène de film culte. Apparaissent ainsi à l’écran des séquences restituées des BronzésQuand Harry rencontre SallyÀ bout de souffle, etc, jouées par des inconnus et enregistrées quelques semaines avant la représentation. Ces vidéos se mêlent au récit du comédien, comme des destins d’inconnus qui se croisent et s’inspirent. Sur scène, entouré de ces écrans, Dieudonné Niangouna raconte son enfance tranquille dans le Brazzaville des années 80. Loin de ses premières pièces inspirées de son Congo natal, ravagé par des années de guerre civile, il revient avec Le Kung Fu à une période plus douce et innocente, avant la douleur et la guerre. À cette époque, Dieudonné Niangouna se passionne pour le Kung Fu et rêve de porter son art à l’écran, comme ces acteurs qu’il admire sur les cassettes de son père. Des films de Kung Fu aux films d'auteur, le cinéma permet au garçon de se construire une identité. À défaut de cinéma à Brazzaville, Dieudonné Niangouna découvre alors le théâtre. Un monde qu’il continue d’explorer et de faire partager. (A.M.)"
Photo : Christophe Raynauddelage
Du 23 février au 06 mars 2016 | 11 rep. | Strasbourg | TNS