vendredi 20 juillet 2018

La belle Seine Saint Denis 2018 : pas de parenthèse, de minuscule ni de pointillés, la DANSE toute en MAJUSCULE !

Police de caractère en majuscule, la danse avance, se produit, se montre et se partage au sein de La Parenthèse avec toujours autant de ferveur et d'engagement de la part de tous les protagonistes!

Premier programme


"Vivace" chorégraphié par Alban Richard

"120 battements par minutes" ! Allegro, non tropo !
Sur tapis blanc, en short et legging, deux danseurs exécutent un duo frontal répétitif sur un panel de musiques de Bach au disco: en variations multiples des jambes, à l'unisson, pince sans rire,  Anthony Barreri et Yannick Hugron avec distance et humour s'adonnent à un joli rituel  désopilant, tout en couleurs. Baroque, angulaire, carré robotique et défilé de mode en source d'inspiration Ils se déchaînent peu à peu, de façon isolée sur ce patchwork musical désorientant.
Segmentée, binaire, en déclinaison de rythmes infinis, ce sabbat fait pulser les cœurs et le pouls avec joie et enthousiasme. Martelant le sol, hoquetant, face à nous, ce jeu de jambes à la tyrolienne est pétri d'inventivité, agace là où ça fait du bien. On y bat sa coulpe dans l'euphorie, en osmose et pleine empathie avec nos deux marathoniens  Vivants et drôles, dans cette mécanique corporelle lâchée tous azimuts, course contre la montre pleine de ressort !


"Les sauvages" chorégraphié par Sylvère Lamotte

Brûler les planches !
Ca planche pour ses forçats du travail à la chaîne, en longues jupes plissées grises On se passe des planches de bois en rythme, on fait des poses, sieste très "picturale", on fabrique des sons sur ces planches comme sur un établi musical, percussif, évoquant un train qui s'emballe...
De l'émulation style danse "trad", un duo sur rythme flamenco et la folie gagne ce corps de métier, menuisiers, charpentiers très bibliques. Le chef s'impose, crie de douleurs, des entrelacs de combat surgissent en prise directes.Regain de tonus pour cette équipe soudée qui épuise doucement ses forces: une architecture de gestes qui s'empilent sur une musique mécanique, des portés acrobatiques, de l'esquive savante dansée avec fougue, verve. Le tyran dominateur chute parmi un amas de corps qui pulsent Encore un petit solo pour s'en relever peu à peu et rejoindre le groupe: débâcle ou fondation, calvaire du travail, mise en croix: les planches feront la métaphore de ce bûcher de crémation, cette tombe ou ce cercueil qui accueille les corps. La pièce oscille entre gravité et humour sans omettre un coté christique, biblique très spirituel. Goya n'est pas loin dans les visions très plastiques de la mise en espace et Les Raboteurs de parquet de Caillebotte apparaissent parfois en filigrane Le pardon sera accordé à chacun malgré ses velléités de surpuissance et de domination; le glas sonne sur ce beau radeau de la Méduse: celle de Paul Valéry, bien sûr !Les cinq danseurs, en poupe ou figure de proue!


"Syn" chorégraphié par Johanna Faye et Sandrine Lescourant

Entrelacs
Un duo calme et serein où deux femmes se cherchent, se frôlent, se dessinent et se contournent.Duo au ralenti, de blanc gris et beige vêtues, les danseuses s'apprivoisent, lointaines, farouches, à la renverse, offertes, abandonnées parfois dans de beaux cambrés. Sur différents niveaux de centre, les corps gravitent, denses et ancrés.Chevelure grise nattée, l'une charme, l'autre provoque Glissades dans les interstices, volutes très rapprochées dessinent une calligraphie dansée fort pertinente.
Puis, reliées, elles explorent la proximité, se calent en siamoises, en silence, en bascule. Une transe épileptique contagieuse provoque dispute, déroute et colère: face à face dans un tourniquet, une ronde éperdue, elles s'effacent.


Deuxième programme


"Pulse(s)"chorégraphié par Felipe Lourenço

Racines aériennes
Un cœur qui "pulse", des percussions corporelles sonorisées, puis en écho technologique, des claquettes? En frontal ou diagonal le danseur, seul joue de ses épaules, lax, en reculades, jeu de jambes discret, anche et bassin méditerranéen très investi. Et sollicite ses effets, jogging et capuche pour incarner un personnage furtif, évasif. Il se raconte en arabe, comme une prière sur fond d'Angélus au loin, en off imprévu ! Cigales et martinets, habitants de la Parenthèse, scène en plein air, l'accompagnent.Le festival bruisse, lui cigale se donne et chante alors que le travail de fourmi est déjà fait . Il  s’accommode d'un tambourin pour faire naître une musique hypnotique, transforme la tradition des pas en contre temps, levées et contrepoints, puise de belle échappées au sein du sol, ramasse ses gestes à foison. Comme un animal retenu, module ses gestes répétitifs, joint les mains: tout est déstructuré: un vrai casse tête pour notateur Laban ! Du bel ouvrage, sensible et savant, profondément ancré dans une gravité céleste surprenante.


"Instantanés n° 1" chorégraphié par Christian Ben Aim pour Anne Flore de Rochambeau

La grâce
Tout en noir, blouson de cuir, elle semble traquée, farouche. Chevelure débridée, soquettes, jeune femme traquée. Commence un solo ample, calme, fluide, cambrée en arrière, les mains déliées: chant, guitare et bribes de piano la guident Elle semble errante, perdue apeurée, fragile, le regard dans l'éther, éperdu.Fragile, émouvante, elle déploie dans une large envergure, en offrande comme des invocations laissant apparaître un désir d'introspection. Elle se décharge, s'alanguit au sol, sensuelle: confuse de péché ou redevable de faute? La joie et la rage peuvent s'emparer d'elle, en torsions, étirements, sur demie-pointes : elle se soulève, humble et discrète, apparition vertigineuse d'une interprète hors pair au nuancier d'émotions riche et prolixe.


"Tremor and more" chorégraphié par Herman Diephuis

Tabula rasa
Tout en noir, moustache et cheveux frisé, peau noire Jorge Ferreira s'impose devant une table blanche, objet de convoitise, partenaire d'un solo, duo homme-objet. Son corps s'anime sur des rythmes stridents, un doigt sur la cage thoracique, il se palpe, se caresse, se frotte fait connaissance de toute sa peau. La table est support, barre où il s'offre , se donne quasi autiste. On se régale de ces pulsions interrompues, de ce festin où il foule, pétrit, brasse la matière: on le dévore des yeux, c'est quasi orgasmique quand monte la tension qui se libère.
Comme un mets de choix, il s'offre au regard, cartes sur table. Puis explore les recoins et dessous de table, au sol, en reptations animales , roulades, convulsions et rebonds acharnés . En chutes aussi, en abandon. Ce solo, taillé sur mesure est loin d'être un entremets.
Quand il revient à la source, d'une échappée belle, infidélité à sa partenaire, il s'attable.
Affamé ou rassasié, il s'en fait son refuge, son abri, devient invisible, sdf ou cariatide d'une structure de bois blanc, table des sacrifices ou réceptacle de vie.


Ces trois solos, ode aux interprètes firent de cette matinée estivale dans la Cour de la Parenthèse, un instant de grâce: label danse assuré, de la "belle danse" et pas entre parenthèse !

La DANSE à la Manufacture, Avignon le Off 2018 : "indisciplinaire !"

Comme il se doit, il faut passer par la Manufacture pour rencontrer les écritures singulières et plurielles de la chorégraphie qui s'écrit et s'invente aujourd'hui !

"Le petit déjeuner"

Rupture de jeune
Et si pour affronter le marathon de la danse, on commençait bien la journé, à potron minet, 9 H précises dans la cour du musée Angladon?
A l'initiative de Derezo, mise en scène par Charlie Windelschmidt, voici une idée de bistronomie conviviale: c'est la messe partagée du verbe croustillant, cérémonie animée par deux officiantes au "piano", femmes, chefs, toquées de noir, comme Carême qui inventa la pièce montée et la coiffe emblématique des cuisiniers. Colonne montante, bigouden gastronomique pour un échange plein de verve, sur la mode "madeleine de Proust": le réveil des papilles à l'heure de la rupture du jeûne: petit dej copieux, à la nage ou au bouillon, au four et au moulin pour le plus grand plaisir des convives, assis autour d'un comptoir ovale; réunissant une assemblée partageant le pain, le tost,fin et subtil jeu des deux prêtresses, hôtesses radieuses, vigilantes et pince sans rire d'un mini banquet (platonique !), ou d'un "festin" de Babette. Anais Cloarec et Véronique Hélies, malines et sagaces, poétiques ou radicales, directives ou relâchées! Chouquettes et œuf coq partagés autour du verbe gourmand: la gourmandise n'est pas un défaut c'est ce que tous les gourmands disent ! A table donc et que s'inspirent les grandes chefs de cette verve culinaire, nouvelle cuisine inspirée, déstructurée et intuitive: cuisine verbale du marché en direct et circuit court pour affamés de bons mots!


"Dans l'engrenage" chorégraphié par Medhi Meghari Cie  Dyptk

Bien huilé !
Le pouvoir, la domination, la meute, la horde de ces sept danseurs en est pétrie et les dénonce avidement. Face à nous, ils font front, galvanisés par un récit de corps dansants, pensants, dominés et dominants.
Les rôles bien définis de chacun semblent se fracturer, se disloquer, être tournés en dérision. Femme soumise, tyran politique déchu, nouvel espoir de révolte....Au profit d'un autre type de fonctionnement? La danse y est virtuose et engagée, effervescente et radieuse et véhicule un message, témoin d'une prise de conscience très corporelle des attitudes, gestion d'espace et de groupe, exemplaire.Un bon moment de restitution de propos chorégraphiques sur fond de dessous de table et abus de pouvoir ! La transparence n'est pas de mise!


"Gesturing Refugees" chorégraphié par Farah Saleh

Exodus
Dans le cadre de "focus arabe, focus danse" cette performance au Chateau de St Chamand, s'inscrit dans une démarche participative et interactive avec le public, considéré comme passeur de frontière, passagers clandestins ou autres migrants éprouvés par l'absurdité mais non moins réalité des flux migratoires.Vos papiers, vos mensurations secrètes vous seront demandées pour induire et conduire ces instants de convivialité partagés Elle mène la barque, Farah Saleh, avec enthousiasme, luminosité et clairvoyance, nous accompagnant pour un singulier bivouac dans une oasis permissive, au sein d'un régime politique international controversé ou incapable...Vidéo, danse, gestes évocateurs d'enfermement, de victimes, ici jamais "passives" mais offensives voire même drôles et pleines d'humour: le décalage s'opère par la force des sourires ou des postures et l'on songe aux films récents "Foxtrot" ou "L'Heroique lande, la frontière brûle": fort de leurs images et humanité puissantes face à la bêtise ou l'idiotie de ce monde qui nomadise, décentre, déstabilise les corps et les âmes de personnes en errance.


"Anatomie du Silence" chorégraphié par Maxence Rey Cie Betula Lenta

Moulage et ronde bosse
C'est un havre de paix, un sanctuaire, ode au silence et à la lenteur que cet opus très plastique.
Un corps de femme, nu, éclairé minutieusement, dévoile peu à peu, formes et sons, membres et positions singulières. D'abord au sol, comme une statue de Maillol ou de Déesses grecques, la danseuse "évolue" très indistinctement et fait bruisser toute sa corporeité. Lumières confondant volumes et courbes, quasi fluorescentes pour modeler des instants féeriques dans l'espace qui frissonne. La sculpture ira jusqu'à s'ériger lentement dans un acte de verticalité laissant percevoir une anatomie ,insigne de beauté, de sérénité, de félicité. Figures de Hans Arp ou de Rodin, l'esprit voyage dans le temps, avec ravissement
Maxence Rey maintien l'énergie à fleur de peau et profondément laisse sourdre magnétisme , hypnotique et confondant
Et si tous les musées se dotaient de danseurs, la sculpture serait muse et inspiratrice de bien des comportements!


"Anima Ardens" chorégraphié par Thierry Smits, Cie Thor

En quéquette de routine
Des fantômes qui mugissent, linceuls ou voiles, suaires arborés par onze danseurs.
L'image frontale est forte et puissante. Puis c'est le dévoilement, la défloraison pour accéder à la vision de la nudité totale: nue et crue
La chair se fait matière plastique façonnée par le mouvement choral de cette horde de mâles en quête -en quéquette- de reconnaissance tribale Meute joyeuse où la chair est parfois "triste" tant les visions architecturales avoisinent celles d'abattoir à bestiaux. Mais n'est pas Pasolini qui veut, ni Dave St Pierre ou Anna Halprin, ayant tous à leur façon aborder la nudité. Ici on bouge, on transpire, on bataille, on joue et s'amuse à son corps défendant. Batterie militaire au poing, rythmes scandés, entraînant, comme à l'armée, alarmée !
C'est parfois drôle, parfois pathétique: un boléro de Ravel, cercle d'hommes tous nus fait un bel effet !
La viande y, est reine, la danse un peu indigente mais le "genre" masculin n'est pas absent!


Les Hivernales 2018 : on (y) danse aussi l'été : pour sur et dans l'éclectisme !


" Inaudible" chorégraphié par Thomas Hauert

La mélodie du bonheur, la gaieté lyrique
En prologue, une sculpture de corps, mouvante s'offre au regard. La musique plutôt comique et enjouée donne le ton: la mêlée est belle et promet le meilleur. Fondu au noir comme au cinéma et c'est Gershwin qui prend le relais et ne cédera plus sa place avec le "Piano Concerto en Fa Allegro": par extrais, on en suit les aventures, les tectoniques et la jovialité comme dans une bonne comédie musicale: gaieté lyrique et mélodie du bonheur pour ces six danseurs qui modèlent l'espace, chacun dans sa gestuelle, sa morphologie, son âge. Interruptions, reprises, petites démonstrations de savoir faire pour chacun: gestuelle enroulée, segmentée: chacun semble y incarner un bout de phrase pour une syntaxe syncopée, ponctuée curieusement de multiples signes: interrogation, parenthèse, exclamation... C'est aussi la parade carnavalesque, costumes seyants de cirque, de présentation ludique des corps dans une danse, tout style confondu.Quelques arrêts sur image et tout reprend. Un beau solo burlesque d'un homme en costume de parade sur une musique de film, avec aisance, désinvolture et nonchalance. On est dans des univers familiers de comédie musicale, de cartoons et ça fait du bien ! Le danseur se cherche dans une mécanique incroyable dans sa combinaison de fête et ça fonctionne bien.Comédie de la vie de groupe, gaieté contagieuse, jovialité d'une musique "gonflée" à bloc, emphatique et parfois grandiloquente. Mais n'est pas Gershwin qui veut.Les images défilent comme au cinéma, les corps jubilent et se perdent dans la dépense, l'effort, la danse endiablée.Le souffle est repris après cette performance, dans le silence, le calme revient: les entrelacs savants de corps en fusion, jambes dressées, enlacées, enchevêtrées.Donner à voir la musique de façon débridée, en tous sens, lasse cependant et fait place à des répétitions et reprises parfois inutiles. Au final, encore une belle sculpture mouvante sur les sons inouis de Mauro Lanza, sorte de zoo musical fabuleux, comique et évocateur de joie.Maillage des membres de chacun, jeu de légo en pièces détachées comme des jouets savants qui bougent, roulent, s'exposent. "inaudible": symphonie jubilatoire pour danseurs épris de musicalité, partageux, désireux de plaire et heureux de composer avec une partition joyeuse, simple, "populaire".


"Phasme" chorégraphié par Fanny Soriano, compagnie Libertivore

Prédateurs
Une bête à deux dos qui s'enroule dans le noir, se projettent, se déchire...Deux corps soudés qui s'enlacent, se cherchent, esquivent sans se lasser de leurs gestes gémelles, emmélés...Trouble de la vision que cet opus, duo miracle qui oscille entre danse et densité-gravité à fleur de déséquilibre. Il est grand, elle est fragile mais si forte dans ses réceptions, dans son enracinement qui l'a conduit jusqu'au nirvana de l'éther. Inséparables complices, on sent un prédateur et une mante religieuse en un combat animal singulier: osmose, union sacrée des deux créatures, divine et secrète unisson des corps au diapason de la chair si proche, indissociable corps commun, corps à corps sur une musique galvanisante. Short et tenue sobre pour un huit clos amoureux très réussi, où l'énergie fait face à la détente, à l'abandon. Très convaincante cette pièce de "Libertivore" fait des deux interprètes, Vincent Brière et Voleak Ung, un couple parfait, au sein d'un berceau de feuilles accueillant, éparpillé et plastiquement efficace! En toute liberté, dévorant l'espace avec fougue, rage et passion.


 "Black Belt" chorégraphié par Frank Micheletti

Afrotopia
Un carré de néons rouges, ras du sol "encercle"un corps à la peau noire dans l'obscurité d'une sombre réalité, un contexte politique que l'on imagine, hélas, trop bien.Jamais dans la désespérance, mais dans l'errance, ce solo, habité, vécu , taillé sur mesure pour Idio Chichava décale une visio évangélique du migrant, de l'exilé, du déplacé. Il se bat, se débat, résiste, cède, désespère ou se cabre.Alors que l'espace autour de lui s'ouvre, s'élève. Les barrières demeurent cependant et menacent, lui semble s'ouvrir, s'élever malgré cet emprisonnement, cet enfermement géo politique.Et la liberté de se rétrécir où se configurer toujours à ce rectangle omniprésent. Émotion et empathie de rigueur pour ce très beau solo, signé de la patte rebelle et franche d'un trublion de la danse, jamais les bras baissés, toujours les mains ouvertes vers l'altérité et la poésie de l’indicible.


"Feu" chorégraphié par Bérangère Fournier et Samuel Faccioli de la Vouivre

Salves et rafales
Un environnement plastique, évoquant le va et vient,  interstices de passages furtifs, décalés, en cascades et fugues incessantes, le tout éclairé en coupes cinglantes. C'est du Marey ou Muybridge, impressionnant de rapidité et de rémanence rétinienne. Choc du rythme et de la musique omniprésente, en rafales, en salves décapantes. Les corps s'affolent, disparaissent, réapparaissent dans les creux et les espaces à conquérir au plus pressé!Dans l'embrasure de ces trois portes, la décomposition des mouvements opère sur fond de décibels  oppressants.
La danse y est binaire, cathartique, affolante et le propos en icônes furtives, dénonce progression, humiliation, harcèlement dans des attitudes ou poses évocatrices de corps contraints.
La tribu est farouche, brutale et sans concession: l'image des corps traqués, intranquilles, bousculés est réactive et opérationnelle: on sort abasourdi, remué, pas "enchanté" de ce troublant tableau cinglant de l'humanité crue et abrupte.

"L'iniZio" chorégraphié par Amine Boussa Cie Chriki'Z


Miserere, salvum me !
Au début était le "geste", constitutif du corps commun de la genèse. Corps démantelé d'une horde d'êtres quelque peu secoués de gestuelle hybride, mal définie. Cinq danseurs s'attellent à interpréter cette ode ambitieuse au monde avec détermination et bonne volonté Mais Arvo Part ou  Allegri ne parviennent pas à nous emmener dans cet univers qui patine, recule ou avance pour faire décoller un propos légitime. Beaucoup de fatigue pour des gestes convenus, conventionnels et consensuels: la banalité fait surface et ennuie: même les contre ut du Miserere ne parviennent à élever notre pensée qui stagne et que plus rien ne réanime.


"De(s) personne(s)" chorégraphié par  Julia Coutant et Eric Fessenmeyer, Cie La Cavale

Restons groupés, famille , je vous aime ! Comme personne !
Corps commun, identité se font face et se regardent, s'insurgent, s'insultent ou savent s'apprécier à leur juste valeur. Ce beau conflit de générations s'entend et se regarde avec intérêt et écoute subtile. Cinq danseurs dont deux "doyens" s'emparent du plateau pour s'y rencontrer, s'y frôler, chargés de conter ce qui nous relie, nous attire ou nous sépare. Générations confrontées dans leur énergie respective, leur expérience, leur compréhension du monde ou leur rébellion!
Ce quintette fonctionne à merveille, éveillant le respect, la reconnaissance et la considération de l'autre. Bien faite et bien rodée, la pièce glisse et se fraye un chemin réflexif, structuré et dansé avec justesse et conviction. Du bel ouvrage, laissant libre la pensée, le regard et l'éclosion d'une douce émotion fragile et très "familiale" !


"Déjà vu" chorégraphié par Ting-Ting Chang de T.T.C. Dance

Bien vu !
De l’inouï pour du "Déjà vu" ! Cette impression que l'on a quand des événements, visions se chevauchent simultanément...
La  chorégraphe nous propose son univers visionnaire, très psychanalytique avec audace, surprise et séduction.Du très bel ouvrage pour sept danseurs, cinq femmes, deux hommes aux talents et techniques impressionnants. Costumes noirs très seyants, rectilignes mais épousant les mouvements fluides et énergiques de cet ensemble à l'unisson Du très pertinent langage dansé pour évoquer un phénomène bizarre, intriguant, secret et très en suspens....Hitchcock en vue pour cette ambiance spectrale et fantomatique, digne des icônes japonaises curieuses et intrigantes, yokais virulents, omniprésents dans cette danse complexe et raffinée.



"KNUSA insert coins" chorégraphié par Cindy Van Acker Cie Greffe

Pulsations lumineuses
A la fondation Lambert, la performeuse fait vibrer au sous sol l'exposition temporaire des photos lumineuses de Christian Lutz.Sous les pulsations électro de Mika Vainio, le corps de la performeuse se meut, s'invente un dialogue avec les espaces urbains du photographe. Des êtres isolés, déchus, mis en lumière, parias, oubliés du monde. Elle, seule, toute en noir, cheveux déployés, longs et masquant son visage. Des gestes tétaniques, angulaires, rectilignes, robotiques la parcoure, l'anime avec force Dans ces hautes solitudes, elle progresse parmi les spectateurs qui l'entourent Au sol, de longs déploiements de gestes, glissés, fondus, s’enchaînent. Captivés, les regards la font vivre et légitiment cette intervention pertinente au regard des images, vives, vivantes. Du pouls de la musique naissent les veines qui font circuler le sang du vivant.L'érection de son corps en fait une effigie perméable aux affres de ces visions urbaines scintillantes.