dimanche 11 novembre 2018

"Yorgos Dimitrioadis, Andréa Parkins, Philippe Lemoine" : c'est de la "musique contemporaine" !

Ce nouveau trio travaille la matière sonore à la manière d’un photographe. En capturant des paysages avec une grande profondeur de champ, en explorant des territoires et des matières. En zoomant sur les résonances de la batterie, le traitement électroacoustique de l’accordéon et des objets, les sons du saxophone. On entend alors une musique “noise“ délicate, un univers post-industriel, des espaces ou la perception du temps s’altère.
Tous les trois, nichés dans la grande salle du  CEAAC, un public nombreux et attentif les entourant, par ce bel après-midi automnal et lumineux!
Un concert performance se jouant des embûches de l'improvisation, très visuel, histoire de dénicher d'où sourdent les sons, les tressaillements, les vibrations, les frottements, parfois imperceptibles, presque inaudibles Andréa Parkins, remarquable à l'électronique pour inventer et faire résonner d'étranges sonorités, venues de scotch froissé, de cailloux, d'objets ou matériaux détournés pour leur étrange timbre ou résonance.Au saxophone, Philippe Lemoine, inspiré, son grand corps se déroulant au rythme de ses respirations, du son susurré, discrète intervention au sein du trio. A la batterie, pour renforcer ses atmosphères étranges, ces univers multiples, très science fiction, Yorgos Dimitriadis, se jouant lui aussi de petites touches variées venues d'objets insolites. L'accordéon fait irruption dans ce melting-pot-pot savamment dirigé, sons étirés comme une cage thoracique déployée, respirant par bribes, jusqu'à se nicher sous la table de mixage ! Une scène insolite qui enchante le regard de celui qui écoute en proximité cette musique très contemporaine, aux accents de jazz lointains. Un bel exemple de trio complice émergeant, très convaincant des nouvelles pistes à défricher côté jazz et musiques nouvelles !
Et pour ne rien  cacher, on ne "commémore ni ne célèbre le passé" à Jazzdor, on "avance" selon les paroles de son espiègle et malin trublion de directeur artistique, Philippe Ochem, orpailleur-programmateur de ces pépites de sons extra-ordinaires et innatendus!
Yorgos Dimitriadis, batterie / Andrea Parkins, accordéon, électronique / Philippe Lemoine, saxophone

Au CEAAC ce dimanche 11 Novembre

samedi 10 novembre 2018

"Les pointes noires"


Ève grandit dans un orphelinat du Mali avec un rêve bien en tête : celui de devenir un jour danseuse étoile, à l’image de cette magnifique femme en tutu découpée dans le programme télé. C’est décidé, cette danseuse gracile, aérienne, ce sera elle ! Quelques bouts de tissus et elle s’exerce déjà dans la cour de l’orphelinat.
Quelques années plus tard, c’est en France que son histoire se poursuit, sous le regard aimant de ses parents adoptifs qui sont allés la chercher à l’autre bout du monde. Et même si sa vie a changé du tout au tout, Ève n’a jamais renoncé à son rêve. Elle suit désormais une formation solide, épaulée par sa professeure qui, ayant repéré sa force de caractère et son talent, l’encourage à se présenter au très difficile examen d’entrée à l’Opéra de Paris. 
Jusqu’à ce jour où cette remarque, « trop foncée », jaillie de la bouche d’une connaissance, vienne tout faire basculer. Ève réalise brutalement que dans ses livres, dans les films et sur les scènes de ballet, il n’y a jamais aucune trace d’une danseuse étoile noire. Et dire que cette réalité, aveuglante, ne l’avait jamais percutée ! Ève prend soudain conscience des codes très étroits de cette discipline, dans ce monde où les ballerines sont recrutées sur des critères physiques très éloignés de ceux des africaines, et où le rose chair des collants et des tutus est en accord avec la couleur de peau « attendue » des danseuses. 
Et si, pour Ève, toutes ces années à la poursuite de son rêve n’étaient qu’une illusion ?

vendredi 9 novembre 2018

"John Scofield's Combo 66" : Bonne Route 66 pour l'ouverture de Jazzdor 2018 !


E2018, John Scofield renouvelle encore son inspiration pour son nouvel opus « Combo 66 ».
C'est à cet opus que le concert d’ouverture du Festival Jazzdor est consacré !

Le guitariste toujours très inspiré compose neuf morceaux pour son nouvel album qu’il a décidé de nommer « Combo 66 » en référence à son âge et aussi à ce nombre « 66 » qu’il associe à des musiques superbes comme le morceau « Route 66 » ou l’album « Brasil 66 ».Nouveau projet… nouveau combo acoustique. John Scofied forme donc un nouveau quartet auquel participe le toujours fidèle Bill Stewart à ses côtés depuis 1972. Pour la première fois le leader intègre un clavier dans son quartet acoustique, celui de Gerald Clayton auquel se joint le contrebassiste Vicente Archer que l’on a coutume d’écouter au sein du trio de Robert Glasper

.Le concert s'ouvre avec le souriant I Can’t Dance. Si le leader avoue son incapacité à danser, il possède par contre un sens incroyable du swing qui habite totalement ce thème. La guitare joyeuse et entraînante est accompagnée par les sons feutrés de l’orgue. Après l’improvisation échevelée de la guitare sur une ligne continue de walkin’basse, l’orgue enchaîne un solo ludique aux sonorités peu communes.Et puis c'est sans discontinuité, un flux de musique libre, inspirée, maîtrisée autant qu'improvisée, alerte, joviale et pleine d'entrain.

Des solos performances pour mieux distiller le talent de chacun des artistes interprètes, complices en diable et c'est tout un univers sonore empli de timbres propres à chaque instrument.
L'orgue Hammond des années 1970, comme emblème d'une époque, d'un répertoire bien reconnaissable. L'ensemble résonne audacieux, vif, empreint de sonorités complexes et plus d'une heure durant, la simplicité bon enfant du guitariste aux beaux cheveux blancs, inonde le plateau. Un concert de bonheur où se mêlent improvisation et maîtrise, laisser-passer et répertoire.Des morceaux plus "cool" bercent l'atmosphère et l'univers musical du guitariste s'impose, plein d’allant et de rebondissements.
Une ouverture de festival qui augure du meilleur, toujours sous la houlette de Philippe Ochem, encadré par une équipe soudée et enthousiaste, fidèle, comme à l'habitude !

A la Cité de la Musique et de la Danse ce Vendredi 9 Novembre