dimanche 29 septembre 2019

"Les cris de Paris" et Erwan Keravec "Extended Vox" :Quand la corne m'use !


Erwan Keravec, le plus atypique des sonneurs bretons, ne cesse de nous faire découvrir les insoupçonnables ressources de la cornemuse. Le défi qu’il s’est lancé de développer un répertoire contemporain pour l’instrument croise cette fois le chemin des Cris de Paris dans une configuration hors-norme : la cornemuse affronte un chœur de trente-deux voix, autour de deux œuvres de Bernhard Lang et Wolfgang Mitterer. Un programme complété par la pièce avec électronique que lui a consacré Heiner Goebbels.
avec le soutien du Consulat général d’Autriche
production La Muse en Circuit – CNCM d’Alfortville
coproduction Compagnie Offshore, Les Cris de Paris, Le Quartz – Scène nationale de Brest et Schlossmediale Werdenberg (pièce de Heiner Goebbels). Avec l'aide à l’écriture d’une œuvre musicale originale du Ministère de la Culture et avec le soutien de la Spedidam.
programme
cornemuse  Erwan Keravec Direction  Geoffroy Jourdain   

On se souvient de lui en compagnie de Mickael Phelippeau dans "Membre fantôme" au festival d'Avignon, dans le cadre du "sujet à vif"au coeur du jardin de la vierge! C'était déjà "déhanchement" folklorique," son de cloche" qui donnaient le bourdon, danse passée au "chalumeau" pour une crème brûlée délicieusement chorégraphique, "ornementée" très baroque et atypique en diable!
Le "revoilà" après la soirée "Noise" et ses péripéties sur le toit du nouveau Patio en compagnie de Philip Glass sur le campus, pour un "marché des quatre saisons" à la criée, une revisitation, made in Keravec" du répertoire contemporain: notre as de l'outre musicale, gonflée à bloc est ici en compagnie d'un choeur riche en timbres multiples, oblitérant les conventions du a cappella indisciplinairement!!

Heiner Goebbels No. 20/58 (2019)   Bernhard Lang Hermetika VIII (2019) 
Il apparaît solitaire, cornemuse en bouche, pour inonder l'espace du son de son instrument, sonneur breton iconoclaste et fertile en inventions de situations atypiques.
Le tout résonne en osmose, les choeurs, singulier partenaire d'un musicien en recherche d'effets déroutants.On revient à la notion de "spectre" qui lui est "chaire": laisser apparaître les composantes acoustiques d'un ectoplasme, spectre, comme d'étranges chants venant tordre l'espace. 

  Wolfgang Mitterer Slow motion_x (2019)
Toujours la cornemuse en "ornements" au sein du choeur qui irradie avec des voix de solistes magnifiques, en symbiose avec notre colporteur de souffles incongrus, "bourdonnant" de ses notes fixes, immuables dans le grave ou le médium. On est "sonné"par tant de résonances bourdonnantes, écossaises, ténor ou basses en majesté!
Keravec comme ambassadeur de son "abécédaire fragmentaire" pour cette expérience "extended vox" extension du domaine de la lutte" à la Houellebecq.

A la Cité de la Musique et de la Danse samedi 28 Septembre..Dans le cadre du festival Musica




http://genevieve-charras.blogspot.com/2017/05/mikael-phelippeau-en-avignon-le-sujet.html

samedi 28 septembre 2019

Hugues Dufourt Portrait N° 3 : le temps, très "alambiqué".Distillat de sonorités savantes.



« Il s’agit de l’accalmie avant la bourrasque, d’un climat de torpeur oppressante, d’une fausse sérénité, d’un apaisement factice avant les ténèbres », écrit Hugues Dufourt à propos de Meeresstille. Composées entre 1994 et 2006, les quatre œuvres de ce programme interprété par Jean-Pierre Collot forment un cycle en dialogue avec les lieder éponymes de Franz Schubert. De ces derniers, propulsés dans le contemporain, restent l’errance et le délaissement, l’exaltation et la révolte – un caractère torrentiel, signe avant-coureur du cataclysme.
programme Piano  Jean-Pierre Collot  

 Hugues Dufourt An Schwager Kronos (1994) / 11’
  
Une marche tonique, lente évolution dans l'espace, pas à pas, démarre l'opus Le ton monte rapidement, l'énergie agite les sonorités, frappées avec intensité. Une ascension martiale, déterminée, affirmée solidifie la musique, en alternance de sensations d'errance, d'hésitations, à taton dans le noir, suggérée par des balancements; comme lorsque l'on chemine dans l'obscurité, attentif, confiant inquiet au moindre détour, en prévention.Le ton s'affirme, on s'y habitue, on s'y repère et se dirige lentement, en compagnie du pianiste, sans but précis. Puis des ondes, des vaguelettes qui se propagent en cercle concentrique, se répandent, apaisantes.La musique de Dufourt, telle une lente introduction à des "univers" sonores à fleur de peau.

 Hugues Dufourt Rastlose Liebe (2000) / 5’ 
De beaux tumultes, un flux bouillonnant, effervescent de sonorités, de timbres en tourbillon, en mouvements très vifs, enlevés. Intranquilles, soucieux, perturbés comme un déversement de tonus, d'énergie. Course éperdue, virulente expression du piano, en notes qui s'écoulent, touchées, effleurées ou appuyées, énergiques.
"Sturm und Drang" musical, romantisme contemporain à la clef!
  
Hugues Dufourt Meeresstille (1997) / 13’  
Un vaste  paysage s'ouvre lentement comme un rideau qui dévoile la musique, les notes du piano, égrenées.Lenteur et inquiétude, presque rien ne bouge, les eaux dormantes à peine, murmurent.
Une interprétation très subtile, progressive, légère et discrète soutient le propos. Goutte à goutte, le son filtre les timbres, s'infiltre dans le tissus musical, comme un alambic qui distille en rythme, les instants du temps musical. Clepsydre des instants qui passent et se comptent, imperceptiblement. Parfois quelques accents pour appuyer, varier les intentions, des impacts aussi, impulsions sur les touches vers une ascension étrange dans une atmosphère douce....

Hugues Dufourt Erlkönig (2006) / 30’
Des résonances intenses puis du son très doux, tendre, attentionné sur le qui vive, fragile, autant qu'affirmatif et sonore.En contraste d'une interprétation aussi ténue et apaisée.. Des ombres et lumières semblent jaillir, comme des répétitions ou imitations de sonorités. Sur le bord d'une rivière, l'eau miroite, reflète les sons, en écho, les renvoyant au loin.
Le ton monte, enfle, s’épaissit, prend de l'ampleur dans une agitation fébrile, un déferlement de notes tempétueuses, ponctuées de notes pointées qui se dressent hors du magma sonore.
On s'y débat, on s'y colle en proie au séisme, au chaos!
 Des chocs, des impacts virulents, interruptions, élévation, à-coups tectoniques au poing ou plutôt sur le bout des doigts du pianiste !
Comme des fractures d'un paysage en tremblements, secousses sismiques: ou un corps qui trésaille, vacille mais ne rompt pas. Des cassures aussi, brisures tranchantes et abruptes dans le champ musical.Des sursauts, bondissements d'animal à l'affut qui traque et saute sur sa proie, divagant d'étape en étape.
La musique est dense, multi-directionnelle, des motifs y sont repris, insistants, obsédants, magnétiques...

A la Salle de la Bourse samedi 28 Septembre dans le cadre du festival Musica.


"Le bal des folles": sidérant ! de Victoria Mas


Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles.  Le temps d'une soirée, le Tout-Paris s'encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles - d'un côté les idiotes et les épileptiques ; de l'autre les hystériques, les folles et les maniaques - ce bal est en réalité l'une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.