lundi 11 avril 2022

"1001 danses" (pour 2021): 100°/° danses tracées..... !

 


Mille et une danses en un spectacle qui nous parle de l’importance de danser, de nous toucher, nous étreindre, de transmettre par nos corps tout ce qui nous anime. Revivre.

Au moment où Thomas Lebrun met en chantier Mille et une danses (pour 2021), c’est pour fêter les vingt ans de sa compagnie. Il s’agit alors pour lui d’inventer une ode à ses interprètes qui ont jalonné son épopée chorégraphique et émotionnelle. Il imagine regrouper de nombreux danseurs, de toutes les générations, de ceux qui l’accompagnent depuis toujours à de nouvelles surprises, dans une diversité, une mixité sans pareille pour faire jaillir toutes les danses : savantes, populaires, passées, récentes, à venir. Entretemps, une pandémie bouleverse ses projets et nos vies, ferme les théâtres, les studios, et interdit toute rencontre. Ces Mille et une danses pour 2021 se transforment alors en nécessité absolue car cette fête de la danse devient celle des premières retrouvailles créatives, des premières rencontres charnelles et, cette encyclopédie du mouvement dansé, une sorte d’hommage à tous les danseurs et à notre monde qui reprend vie.

Et c'est peu dire : dès le démarrage, un solo d'une femme, mémoire échevelée grisonnante tient le plateau: mémoire des corps, entourée bientôt d'une troupe de danseurs, soudés, les hommes en arabesques pour dégenrer et plus d'une transition de gestes vient signifier que le temps passe, les styles se reconnaissent, se rejoignent, se mêlent et s’emmêlent. Doucement, les signatures se révèlent à travers les corps de chacun des danseurs: l'une est plus "Trisha Brown", l'autre Elue de Pina Bausch...Peu importe la source, le palimpseste de la mémoire de la matière opère à fond et l'on déguste ce beau clin d'oeil à "Insurrection" d'Odile Duboc, à l'époque éclairé par Françoise Michel, dansé par Rachid Ouramdane, celui qui se démarquait de la foule....De beaux engrenages de gestes, unisson du groupe qui se déplace en danse chorale, leader en tête pour guide éclairé directionnel.Un solo hispanisant d'une femme devant un homme-animal qui se joue de sa félinité, une sculpture mouvante à la Rodin, des ralentis très ouverts, un faune à la Nijinsky..Tout est jubilatoire, suggéré ou assumé ouvertement.Des costumes arc en ciel ou noir qui se font et se défont à l'envi: toute la panoplie, le panorama serait incomplet si l'on y ajoutait pas la signature de Thomas Lebrun! Car c'est bien une oeuvre à lui, de lui qui fait surface peu à peu et envahit cette écriture chorégraphique, dramaturgique efficace, drôle, légère, en paillettes , cabaret de l'impossible, revue de corps en demi-cercle, membres désaxés: cet être ensemble solide, ferme, engagé où chacun y va aussi de son altérité: une fuite magnifique d'une interprète en folie, irrésistible jeu à la Mats Ek pour éclairer la danse d'une luminosité et d'une intelligence sacrale.Cinéma en écran total, musique glamour au final, battements de coeur musical pour ne pas freiner notre imaginaire.Un "Bagouet" débridé à la Necesito, urgence de danser et de séduire..

Thomas Lebrun signe ici une pièce étrange, multiple, gorgée d'une mémoire que chacun s'est appropriée à sa façon: autant danseurs, que spectateurs qui identifient ces deux robes crinolines d'un spectacle de Bagouet, "Valse des fleurs" qui deviennent les atours des amours de Roser Montlo Guberna et Brigitte Seth Esmérate...invitées pour ce beau duo de tendresse!

 

Au théâtre national de la danse Chaillot jusqu'au 9 Avril

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