dimanche 20 septembre 2020

"Fake" : Wilfried Wendling, Abbi Patrix : fausse route ! Peer Gynt tonic ! Troll de trame..


 
Nous sommes réunis sur le parvis de l'Opéra du Rhin, casqués, masqués, bref un peu en dehors du monde et pourtant c'est bien dans cette foule bigarrée d'un samedi après-midi que le célèbre performeur conteur va opérer. Homme de terrain, muni de son "conducteur", fiche de salle et fil conducteur de son intervention "in situ", il nous mène dans son bateau ivre, naviguant à la boussole autant qu'au feeling et à l'improvisation. Il est personnage vivant incarnant le héros en déroute, absent, chassé de la pièce musicale "Solveig": descendu du toit de l'Opéra pour ameuter la foule, parmi nous, berger d'une troupe intriguée, inquiète ou séduite par ce meneur d'hommes de grand talent.Dans la foule des postulants au mariage au pied de la Mairie, sa présence incongrue questionne, interpelle, étonne à bon escient. Toujours respectueux, autant que débordant de "culot" et d'inventivité, il saisit au vol les oportunités de tisser la toile de sa narration, nous conduisant à travers la ville, sur ses places, dans ses ruelles, sur la place Kléber où une fanfare lui donne prétexte et occasion à dévoiler la pertinence de ses interventions dans l'espace public. Au final, c'est autour d'un xylophone sur une placette au pied d'un platane que la cérémonie s'achève, les participants casqués regroupés après ce périple libre dans la cité. Charmeur, dresseur de serpents et faiseur de contes à rebours, Abbi Patrix excelle dans le genre et le registre de l'improvisation: libre penseur, habile séducteur et meneur de foule sans prendre possession de vous pour autant. Poésie et forcing, habileté et utopie au poing pour une déambulation bizarre et bigarrée qui fait mouche! Ses compagnons de route à la technique comme marchands des quatre saisons poussant leur chariot de bonnes nouvelles! La fantaisie, toujours vivante et audacieuse, prise de risques et réparties au menu ! Pour le Peer et le meilleur !
 
 conception et musique électronique live

 

"Laboratoire de l'écoute" N ° 3: la générale d'expérimentation : la source des sons.

 

"Dans ce spectacle interactif à la croisée du concert, du talk-show et de l’expérience sociologique in vivo, tout le monde est sur scène : le public, les musicien·ne·s, ainsi qu’un drôle de médiateur. Ces derniers jouent et décodent différentes pièces, énoncent leurs protocoles, débattent et proposent leur vision. Le public, lui, est présent dès le début du processus et participe à toutes ses étapes. Muni de clés d’écoute, il est invité à faire ses retours, à partager son ressenti et à agir directement sur le déroulement du concert. Une forme horizontale et inclusive inédite à Musica, dont l’humour et la bienveillance partagée seront les moteurs."
 
Entre acoustique et électronique, le leurre! C'est "La bonne durée" de Stockhausen qui inaugure la séance laboratoire, classique en apparence: écoute de la pièce, frappes, battements d'un dispositif électronique, synthétiseur, guitare préparée....Un abord qui va vite changer après la présentation du leader du groupe sur les intentions de ce dernier: composer en direct pour trouver "le son de groupe" sans fixer les règles, requestionner le son sans confort pour un répertoire alternatif des musiques contemporaines: c'est le graphisme des partitions qui le taraude, le protocole d'écriture des compositeurs: au travail donc pour décrypter les secrets de fabrication de quatre œuvres: exercice ludique et participatif, collectif ou chacun peut s'engager pour déterminer la longueur d'un morceau, décider des places des musiciens dans l'espace sonore... Cage et Fluxus ainsi interrogés dans leur processus de création. Quatre compositeurs seront passés au crible non pas comme analyse musicologique, mais pour triturer le squelette d'une pièce: durée, intensité, fréquence. On joue au petit chef ou à la collégiale, à la démocratie musicale, au politique dans la Cité de la Musique et de la Danse sur la scène de l'auditorium. Agora du choix, de la discipline autant que de la fantaisie, cette expérience d'écoute s'avère joyeuse, décontractée, brisant les aprioris sur la musique savante tout en déflorant quelques secrets de fabrication.Les partitions qui s'affichent sur un écran intriguent mais bien vite on s'empare de leur fonctionnement possible grâce aux clefs fournies par les interprètes de nos propres décisions et intervention. Démagogique? Pas du tout: Tom Johson, propose un chemin dans des cases, source de sons pointillistes, de clapotis audio-naturalistes, tenus....D'accord ou pas d'accord: tout se discute en "opinion" et autre possibilités et marge de manœuvre, interaction entre public et musiciens. James Tenney avec sa partition graphique, James Saunders et son système descriptif surtout à ne pas suivre à la lettre! Le public se prend au jeu et l'on passe un moment excellent, savant et plein d'humour et de distanciation musicale face à la dite "musique contemporaine" complexe: certes, mais si inventive et flexible !
Merci encore au festival Musica pour cette initiative décapante qui rapproche artistes et auditeurs sans  falbalas pour une approche réelle des oeuvres en mutation constante.



samedi 19 septembre 2020

"The people here go mad": Trio Catch joue à catch'catch et gagne !

 



"Basé à Hambourg, le trio Catch parcourt les plus importantes scènes européennes depuis près de dix ans pour partager sa passion de la création contemporaine. Reconnues pour leur virtuosité, les trois musiciennes ont notamment collaboré avec Georges Aperghis et Beat Furrer, ainsi que des compositeurs et compositrices de la jeune génération représenté·e·s dans ce programme par Clara Iannotta, Mirela Ivičević et Martin Schüttler. Pourquoi ce nom, Catch ? Pour « attraper » le public, nous disent les musiciennes. À n’en pas douter, la formation de musique de chambre la plus dynamique du moment."
 
Elle sont trois, "trio" oblige, épaules dénudées, jeunes et nous invitent en cette belle matinée d'Eté indien, à  nous "divertir" d'une étrange façon.
Signé Clara Iannotta, "The people here go mad. They blame the wind" (2014) démarre le concert:saxo, violoncelle et piano sur la plateau. Une petite boite à musique entonne discrètement une miniature sonore, mécanique, reproductible à souhait. Les cordes et les touches du piano s'y rassemblent, le tout dans de lumineux éclairages jaunes et verts réjouissants. Comme des enluminures sonores, des brisures, éclats et crissements sourdent des instruments: fugue et fuites de sons volatiles en ricochet de propositions qui rebondissent.Et toujours en bordure, les ponctuations de la petite musique mécanique de l'aurore!Interruptions, séquences brèves s'enchainent dans un rythme surprenant.

C'est au tour de  Mirela Ivicevic avec "Čar" (2016) création française de jouer le jeu de la pièce courte, "nouvelle" musicale, forme minimale, efficace et très construite. Une coulée de piano, la tectonique des sons de matières diverses, des sonorités ludiques se révèlent dans des intensités différentes. Des solos brefs, un piano qui frissonne, un saxophone hurleur en canard boiteux: la pièce est ludique et enchante le temps de son déroulement dans l'espace-temps.
 
 
Avec Martin Schüttler et son "low poly rose" (2016) en  création française , c'est autre chose qui se joue: elles ont toutes trois revêtues des vestes larges et amples, manipulant tablettes ou téléphones portables pour un spectacle plus théâtralisé, plus expressif. Fuites de sons de partout pour déranger l'écoute, perturber l'ambiance: rebelles auditrices des sons mécaniques quotidiens? Bref, en découle des impacts sur le piano, de lentes plaintes ascensionnelles du violoncelle: un vrai jeu avec le son, en nappes avec du pré-enregistré comme support-surface, soutien et maintien de sons qui divergent ou convergent. Qui divaguent aussi ! Une narration sonore s''en détache, des schémas de syntaxe éloquente émergent: sons de réveil électronique, comptage, tension et étirements des sons qui s'allongent, retenus malgré tout. Une richesse considérable et inventive qui mériterait la ré-écoute tant foisonnent les propositions  du compositeur.

Pour Beat Furrer et son "AER" (1991)le trio indéfectible résonne en envolées de clarinette, réparties des instruments qui dialoguent dans la minutie, la sobriété, la légèreté. Quasi romantique, éperdu, mouvementé, haletant le phrasé fait volte face, danse improbable qui surprend. Multidirectionnel, changeant, versatile, ébauche d'un espace en éternel retour. A pas de loup, on sort de la pièce à reculons
 
Les appuis de chaque instrument s'affirment, se posent, cavalcade ou chevauchée bien maintrisée dans leur assiette; des soli de chacune pour imposer un langage propre et singulier, de la suspension de son pour créer l'attente. Le piano "forte" devient envahissant, omniprésent: la réplique des autres, pour leur survie! Le piano finit par s'incliner, modéré, harmonieux, discret et s'effacent les tensions pour une belle unisson! Le récit peut reprendre, plus serein et tranquille, mais toujours dans la réserve du suspens: du Aperghis comme on l'aime. Fugues, courses poursuites,cavalcades qui vont vers le calme retrouvé. Coup de théâtre, petite panique des sons, reconquête de territoire au menu. Des séquences à tiroir qui claquent et le tour est joué et gagné Partie de cache-cache pour le trio Catch qui sait frapper là où ça fait du bien, rixe joyeuse des sons poly-sons, polissons en diable...Les musiciennes en alerte jouent et gagnent du terrain sur la surface de répartition des musiques d'aujourd'hui. Dans un final tonitruant, sur la touche, en épilogue réjouissant, éclatant de clarinette furtive. "Small is beautiful" en exergue !
 
 Basé à Hambourg, le trio Catch parcourt les plus importantes scènes européennes depuis près de dix ans pour partager sa passion de la création contemporaine. Reconnues pour leur virtuosité, les trois musiciennes ont notamment collaboré avec Georges Aperghis et Beat Furrer, ainsi que des compositeurs et compositrices de la jeune génération représenté·e·s dans ce programme par Clara Iannotta, Mirela Ivičević et Martin Schüttler. Pourquoi ce nom, Catch ? Pour « attraper » le public, nous disent les musiciennes. À n’en pas douter, la formation de musique de chambre la plus dynamique du moment.