mercredi 1 mars 2017

"A Taxi Driver" au CND Pantin: une installation délocalisée.Saga-cité.


"A Taxi Driver, an Architect and the Hight Line": tout semble dit dans le titre de cette installation signée Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottentin qui se tient actuellement dans la galerie du CND Pantin jusqu'au 31 Mars.
Trois écrans pour raconter en images filmées les pérégrinations d'un corps vivant dans la cité de New York et sa rencontre avec le passé et présent architectural et social de la ville gigantesque.


"En 2013, suite à l’invitation de Sophie Claudel, attachée culturelle à l’Ambassade de France à New York, pour le programme « Carte Blanche », j’ai pensé un projet qui compose un portrait de la ville de New York à travers ses habitants, ses espaces et les liens qu’ils entretiennent. Mon regard de danseuse et/ou mon corps sont impliqués, suivant le médium emprunté : film, performance, bande-son. J’ai proposé à l’artiste visuel Jocelyn Cottencin de me rejoindre pour élaborer le projet A taxi driver, an architect and the High Line."
Emmanuelle Huynh

Lieu, non-lieu 
Alors qu'advient-il de la rencontre d'un architecte Rick Bell, d'un chauffeur de taxi, Phill Moore et de cette fameuse "High Line", coulée de verdure à travers la ville? Une rencontre au carrefour des paysages urbains, des déambulations d'une femme , danseuse, vêtue citadine jogging qui se déplace selon le rythme de la cité, à l'ombre des regards, dans l'indifférence du regard des autres ou dans la curiosité extrême: celle qui danse cette saga cité des corps qui content et narrent la vie agitée urbaine.
C'est émouvant et beau, surtout lorsque cette installation s'anime des deux présence d'Emmanuelle Hyunh et Jocelyn Cottentin, lui sur une balançoire, elle exécutant gestes quotidiens et gravitations multiples. arrêts sur image dans le flot de celles déversées simultanément sur les trois écrans en fond de scène. Etrange tranche de vie, surprise par nos regards posés sur ces instants fugaces qui passent, coulent et traversent les images enregistrées. Suspension du temps, apnée des gestes et flux incessant des passagers, chalands de la rue, des boulevards, passerelles et autres objets architecturaux de l'environnement
Belle balade dans le New York qui vit et s'affaire, grouille et se pose l'instant d'une prise de vue, d'une prise de corps dans l'urbanité: territoires devenus utopiques: on songe aux écrits de Marc Augé, "Nouvelles peurs" lieu ou non-lieux, éthérotopies de Foulcault....



 

mardi 28 février 2017

Concordan(s)e: "The Spleen": Frank Micheletti et Charles Robinson: les naufragés du délire.

Photo robert becker
La cuvée 2017 de l'expérience "Concordanse" s'annonce gouleyante et enjouée avec la première "mondiale" du duo singulier Frank Micheletti et Charles Robinson: ils ne se connaissaient pas, se rencontrent et tissent trame et chaîne de concert pour une pièce dansée, jouée,racontée par l'un et l'autre à deux voix, à deux corps et accessoires! Une fugue dans des univers drôles et rarissimes, inédits, singuliers, inouïs Fin d'après midi dans la bibliothèque Audoux au Carreau du Temple à Paris..Il apparaît dans le décor, on se soupçonne d'être l'écrivain , mais il bouge très bien et l'autre se meut délicieusement, au sol ou bien ancré dans son grand corps charpenté, tresses et nattes déroulées sur ses épaules: deux hommes, compères, complices, dialoguent, se répondent, cheminent le long des ponts de la rivière d'un texte sur les tripes, l'enveloppe corporelle, la peau. Ce qui fait que l'on se touche, communique: la danse, en fait, la patrole aussi, le verbe à l'appui
Comme une lecture dansée mais pas tout à fait, ce duo se joue des mots et objets hétéroclites, s'amuse ou se regarde, s'interroge, se questionne.La science du jour, la "spleenologie" pour mieux cerner les symptômes d'un mal triomphant.Comme une introspection à deux, un collage d'idées, une dissection étrange de chair et de mots, des entrailles de la pensée en mouvement
Nos deux escogriffes, avec leur arsenal d'objets inutiles ou improbables font les trublions dans les rayons de la bibliothèque avant de saluer le public enchanté de cette rencontre fortuite ou organisée!
La rencontre-échange après spectacle est vive et atteste de tout l'intérêt de la démarche. Qui fait quoi, qui écrit, danse, chorégraphie, qui met en scène, compacte les propositions multiples qui fusent durant les trois mois interrogateurs de préparation où chacun apporte sa pierre à l'édifice?
Pas de "recette" mais un festin généreux à partager encore durant une tournée de ce "Spleen" jusqu'au 30 Mars...
www.concordanse.com

Photo robert becker



"Répertoire": Cécilia Bengoléa et François Chaignaud au CND Pantin:au "Centre", François, Cecilia et les autres.... Focus!


Au tour de "Vlovajob Pru", après Trajall Harrell en 2016 de mettre en lumière leur oeuvre, panorama vivant d'un répertoire contemporain qui se construit et vibre encore, d'actualité, de tendresse, de baroque, de folie mais aussi de réalité cruelle.Cécilia et François serait-on tenter de les citer, de les nommer, Eva et Adèle de la danse, main dans la main, glamours ou sérieux, éphémères ou pérenne, audacieux, toujours!
Une installation à découvrir dans le grand hall à la Galerie du CND, le "centre" incontournable animé par Mathilde Monnier, la maison des danseurs, du métier à tisser toutes les ramifications, convergences et rhizomes de la déesse et muse Terpsichore
Installations avec beaucoup d'extraits de séquences filmées tonitruantes de Bengolia Chaignaud, de photos, croquis, dessins de ses explorateurs de l'espace dansé, ses orpailleurs de la moindre pépite de chorégraphie, de gestuelles qui émeuvent ou se meuvent dans la chair du vivant de l'espèce humaine et animale.Deux courts métrages délicieux "Bombom's Dream et "Rythmasspoetry" à découvrir pour la saveur colorée des images, le hors-champ de l'imaginaire du binôme créateur, ici accompagné par Jeremy Deller. Des rushs, filmés lors de leurs pérégrinations au Japon, sur quatre moniteurs en diffusion simultanée: à vous de lire tout ce qui se passe dans l'espace urbain, de choisir votre espace ou de tenter d'en faire une synthèse en régie directe!


Jeux et plaisir de rencontrer ici le cœur de leur processus de création, à cœur ouvert.
Expo où l'on fait le visiteur improbable d'une expérience partagée, retrouvée.
Huit spectacles au menu dont les deux "premiers" "Dumy Moyi" et "Buss dem head" font figures d'amuse bouche réjouissant, accès direct à leur tempérament, style et signature.
Le solo de François Chaigaud en ouverture, le "Dumy Moyi" découvert à Montpellier danse 2013, ici dans l'espace singulier de béton et mezzanine intérieure du CND est une belle retrouvaille. Lui, seul avec sa voix tantôt de basse ou de ténor (voisine de la haute contre) et sa danse ethnique en diable, affublé de plumes et corolle crinoline polychrome bigarrée...Vus d'en haut, les tournoiements chamaniques de son corps derviche tourneur en extase sont sublimes!Et de chantez tout en dansant sur ces mélodies ukrainiennes, du Tchaikovsky,, des sonorités séphardiques médiévales, des mélopées sur foind de tarentelle ou air de zarzuella, une chanson espagnole ou un air de John Dowland: tout un voyage à travers contrées et paysages physiques, joyeux, arides, résonnant au cœur du béton du CDD, en échos rebondissants: les muses des arts s'y régalent et se joignent à ce bal pour solitaire intempestif, pour chamane ou papas, pour être épris de liberté et de traditions mêlées. "Ma maison, mon lieu utopique, ma demeure, que Chaignaud partage de très près avec le public, debout à ces côtés, frissonnant de cette proximité demandée, revendiquée, acquise, conquise et acceptée!
Une présence haute en couleurs, relevée par une plasticité charpentée d'un corps sculpté par la lumière qui le poursuit, le dessine dans l'espace réduit, le traque ou le révèle à l'envi.

Suite de la soirée avec "Buss dem head","Eclatez-leur la tête" un florilège rastafariste de danses urbaines de la Jamaïque interprété par trois danseurs "pêchus" galvanisés par une musique tonitruante et salvatrice. Au studio, sur les gradins, le public réjoui est en empathie avec tant de fougue et d'enthousiasme de la part de  Cassie dancer et Famous; Cécilia Bengolea délivre ici une composition chorégraphique simple, des gestes empruntés aux cultures urbaines tous azimuts: rebondissante, enjouée et participative, la danse n'a de qualité que de par sa verve, sa chaleureuse tonicité, son énergie jeune et belle, frêle ou puissante selon les corps convoqués à s'en emparer!
L'ambiance chauffe et se communique quand quelques amateurs rejoignent le plateau et s'en donne à cœur joie sur les consignes mimétiques des deux "animateurs fougueux, le temps de la soirée partagée.
Le CND vibre encore tut le mois de Mars des ondes bienfaitrices du couple Bengoléa-Chaignaud, trublions chéris du "centre" le temps de cette judicieuse rétrospective, "répertoire" tout neuf d'une danse qui s'invente et se construit une "histoire à sa façon".
Au CND Pantin, jusqu'au 31 Mars .