jeudi 27 mars 2025

"Parallax" , Kornél Mundruczó / Proton Theatre : joyeuses valseuses et autre magicienne de vers.


Lucide observateur des mécanismes intimes et politiques, Kornél Mundruczó les explore à travers des personnages d’une frappante authenticité. C’est encore le cas dans Parallax où se croisent trois générations : la grand-mère à Budapest qui refuse d’accepter une médaille de rescapée de la Shoah ; sa fille à Berlin, qui au contraire fait valoir une identité juive pour obtenir une place pour son fils dans une école ; et ce même fils, en quête d’identité en tant qu’homosexuel, entre joyeuse débauche et discrimination. Dans une scénographie riche de détails et de surprises, à l’image d’une réalité toujours susceptible de renverser les vies et les visions, ils se heurtent aux mêmes questions : comment échapper aux assignations, lorsqu’elles s’inscrivent dans les corps et les mémoires ? L’identité est-elle un poids, une libération ? Une affaire de point de vue ? C’est la question que pose le titre, puisque la parallaxe, en astronomie, désigne l’impact du changement de position de l’observateur sur la perception de l’objet.
 

Il faut le prendre à la légère ou avec toute la gravité qui enveloppe ce spectacle multimédia assez déroutant. Les actrices, nous les découvrirons sur deux grands écrans de part et d'autre d'un endroit quasi secret d'où elles sont filmées en direct. Une vielle femme, de beaux cheveux blancs épars et désordonnés en plan serré dont on ne découvrira le corps en pied que beaucoup plus tard.Idem pour sa fille Anna avec qui elle échange ses quatre vérités autant sur la question juive que sur leur relation mère-fille. On suit leurs évocations avec empathie et intérêt surtitrées du polonais au français et anglais. La langue chante, rappe se fait tendre ou violente selon le sujet. Elles sont vraies, authentiques en diable. Plein feux sur le décor qui se dévoile et replace dans un contexte théâtral après ce déroulement filmique de portraits singuliers. C'est aussi Berlin qui s'écroule sous une tornade d'eau en direct: impressionnantes coulées d'eau tumultueuse qui fait ravage, inonde la scène à grand bruit, dévaste le décor qui se trempe et se mouille en cascade. Ça marque et ça touche tant le personnage pétrifié devant ce désastre, ce cataclysme est tétanisé, immobile, sans voix. Belle et troublante séquence qui annonce la suite: le portrait du fils, un homosexuel amoureux de sa mère et de sa grand-mère défunte et qui se prépare à honorer deuil et enterrement. Le tout au sein d'une cuisine équipée sobrement qui fait salon et unité de lieu, pas de temps ni d'action!Cocasses saynètes entre ses amis qui débarquent pour faire une belle orgie joyeuse simulée en direct. Les cinq personnages s'en donnent à coeur joie, godemichets et autres accessoires désopilants. C'est la fête dans l'appartement dévasté où l'on éponge les restes de l'inondation.Cinq "pédé" comme ils se nomment font partouse, nus et bandant de joie et de colère aussi. Une clique, une tribu sans pudeur s'y trouve dépeinte sans concession avec humour, drôlerie burlesque. C'est pas si souvent que l'on rit de tout sans complexe. Le théâtre engagé de Kornel Mundruczo fait mouche et bouscule préjugé et carcans sur des questions identitaires, religieuses et marque d'une pierre blanche ce show trivial et direct avec ses pieds de nez au conformisme Tant et si bien qu'au final pour les funérailles, c'est à une danse endiablée, chorégraphiée signée Csaba Molnar que l'on assiste, histoire de délivrer les corps du drame susjacent qui règne sur le plateau deux heures durant , haletant et fantasmagorique. On brise les frontières et on se cause en rigolant des affres du monde politique.

 La parallaxe est l'impact d'un changement d'incidence d'observation, c'est-à-dire du changement de position de l'observateur, sur l'observation d'un objet. En d'autres termes, la parallaxe est l'effet du changement de position de l'observateur sur ce qu'il perçoit.Un appel à la condition de spectateur :A bon entendeur, salut!

Au Maillon les 26/27/28 Mars


 Avec : Lili Monori, Emőke Kiss-Végh, Erik Major, Roland Rába, Tibor Fekete, Csaba Molnár, Soma Boronkay
Le texte a été écrit par Kata Wéber et intègre les improvisations de la compagnie.
Mise en scène : Kornél Mundruczó
Dramaturgie : Soma Boronkay, Stefanie Carp
Scénographie : Monika Pormale
Costumes : Melinda Domán
Lumière : András Éltető
Musique : Asher Goldschmidt
Chorégraphie : Csaba Molnár
Collaboration artistique : Dóra Büki

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