La rue du Jeu des Enfants s'est subtilisée et transportée, comme dans un conte de fées, le temps d'une exposition au MAMCS...Magie, prestidigitation? C'est du "Buren", tout simplement: un déménagement dans "la rue" du MAMCS qui en était une à l'origine d'après l'architecte Adrien Fainsilber, esprit des lieux!
L'esprit des lieux, Buren l'a très bien ressenti dans son travail "in situ": il fait de la nef, une véritable nef de cathédrale, où au sol, s'imprègnent les lumières et leur réverbération, posées "in situ" par les rayons du soleil, traversant les "carreaux du temple" à travers les immenses verrières!Dance floor vivant par l'interactivité du soleil!
C'est magique et spirituel en même temps!Enivrant!
De la balustrade du premier étage, la cursive invite à la méditation, à travers ses "vitraux" d'où l'on devine le paysage strasbourgeois, transformé, coloré comme au travers de papiers de bonbons, ces gélatines aussi des projecteurs de spectacle.
Au pied de la nef, s'ouvre un petit village, de maisons, de rues, de venelles. C'est ludique à souhait et invite à la déambulation, la divagation, dans ce petit bourg très construit, au cordeau!
Couleurs vives, fondamentales, cubes, courbes, lignes, tout y est du vocabulaire de l'artiste qui ajoute au glossaire des formes géométriques, empilées, aux angles vifs et découpés.
Cabanes de bain, village tout blanc, puis tout en couleurs: cheminées, toits, place publique!
Perspective vertigineuse, entre les maisons, au travers d'un trou, trouée bordée des bandes noires et blanches, bien connues et que l'on se plait à retrouver d'une exposition à l'autre!
Signalétique de ce jeu de piste pour petit poucet en quête d'aventures contrôlées! Dépistez les pièges, alignez-vous, n'en perdez pas une miette: ce parcours au bled de Buren.
Ne barrez pas , ne "rayez" pas ce rendez-vous sur votre carnet de bal: rue du "jeu d'enfant" pour petits et grands, de 7 à 76 ans (âge de l'artiste)!
Dansez aussi sur ce parterre où se reflète et se diffracte la lumière du soleil à travers les carreaux de couleur: de 8H à 12H...Sautez d'une case à l'autre comme dans un jeu de marelle: et comme un caméléon, changez de couleurs au gré de vos déplacements!
Ce qu'on n'oserait pas faire sur les reflets au sol des vitraux dans les nefs des cathédrales, venez le faire au rdv culturel et non cultuel du MAMCS.
A l'heure du culte , le dimanche à 11H....
Un univers qui ravit, fait dériver notre imaginaire, additionne nos envies d'escapade, d'école buissonnière sur les sentiers de la création: légo rigolo, tendre et labyrinthique pour indisciplinés, indisciplinaires:dans la rigueur toujours, le calcul, la perfection requise par l'exigence de l'artiste, toujours "jeune" qui s'amuse des contraintes et réjouit nos facultés à basculer dans l'enfance de l'art!
Jamais sur le carreau, toujours à la ligne,"bande à part", fidèle à une mathématique joyeuse, sereine et touchante.Rayures, je vous aime!
Allez vous promener dans la rue: c'est un jeu d'enfant!
jeudi 12 juin 2014
Daniel Buren au MAMCS:dans ses petits carreaux!
Le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg accueille pour six mois une exposition de l’artiste Daniel Buren.
L’exposition s’accompagne d’un catalogue qui présente une sélection
d’oeuvres, de 1971 à nos jours, engagées dans un dialogue étroit avec
l’architecture, incluant un texte de Marie-Ange Brayer ainsi qu’un
entretien inédit de Daniel Buren avec Patrick Bouchain, Joëlle
Pijaudier-Cabot et Estelle Pietrzyk.
Commissariat : Joëlle Pijaudier-Cabot, directrice des Musées de Strasbourg et Estelle Pietrzyk, conservatrice du MAMCS
Considéré comme l’un des artistes les plus
importants de la scène contemporaine, Daniel Buren (né en 1938) est
l’auteur d’une œuvre plastique et théorique considérable dont l’apport
le plus emblématique pourrait, très sommairement, se résumer à sa
compréhension et son usage de la notion d’in situ. Après une
rapide formation à l’Ecole des métiers d’art, Daniel Buren questionne,
tôt dans les années 1960, les limites de la peinture. Usant d’une
grammaire réduite à l’essentiel, basée, dès 1967, sur l’utilisation de
bandes invariablement espacées de 8,7 cm qu’il définit comme son outil visuel,
Buren développe, depuis lors, une œuvre d’une rigueur et d’une
cohérence exceptionnelles, qui peut se lire comme une approche plurielle
du contexte d’apparition des œuvres.
L’exposition "Comme un jeu d’enfant, travaux in situ",
présente deux nouvelles œuvres conçues par Daniel Buren pour le Musée
d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg (MAMCS). Celles-ci se
déploient respectivement sur les 1500 m2de la façade vitrée du MAMCS ainsi que sur les 600 m2
de la salle d’exposition temporaire. Le projet est constitué en deux
parties, très complémentaires l’une de l’autre, offrant dans les deux
cas, la possibilité au visiteur de redécouvrir l’architecture et les
espaces d’exposition temporaire du musée sous un nouveau jour.
Daniel Buren réalise, avec cette double exposition, un travail in situ
qui allie compréhension de l’existant et affirmation d’une proposition
sculpturale. Ce faisant, il offre au MAMCS, après ses interventions
récentes à Istres et Guadalajara, l’une des œuvres les plus ludiques de
sa carrière.
Commissariat : Joëlle Pijaudier-Cabot, directrice des Musées de Strasbourg et Estelle Pietrzyk, conservatrice du MAMCS
"Black coal":un feu d'artifice en plein jour !
Un film, triller de Yi'nan Diao
En 1999, un employé d’une carrière minière est retrouvé assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner l’affaire après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme.
Chorégraphie tendue, violente et sexuelle, hantée de toutes les angoisses de la société, Black Coal se construit autour d’une enquête policière qui est moins la recherche d’un coupable ou d’une explication que l’occasion d’une plongée dans un inconscient collectif en forme de champ de bataille. Ces morceaux de cadavre qu’on retrouve dispersés au quatre coins de la région ne sont pas seulement les restes d’un meurtre qui en appellera d’autres, selon une succession de «logiques» plus pulsionnelles que rationnelles. Ils sont la matérialisation d’un pays aux valeurs en miettes, aux repères explosés, un pays peuplé de nouveaux riches sans foi ni loi, d’ouvriers apeurés, de flics dépassés ou corrompus, un pays où la brutalité des mœurs engendrée par le séisme sociétal devient le mouvement fondateur des comportements de chacun.
Une des grandes forces de ce récit mené avec un sens du suspens consommé est en effet, tout en n’édulcorant en rien la violence des relations, de ne jamais aboutir à un partage simpliste. Imposant une figure visuelle inédite, et dont l’artifice est bientôt oublié, celle de la filature en patin à glace, le cinéaste en fait la traduction visuelle et physique de relations effectivement glissantes, dangereuses, d’une fluidité à la fois gracieuse, réversible et possiblement mortelle.Une danse chaloupée, délicate, glissades de la caméra, rendu très coulé, fluide des mouvements!
L’élégance du filmage, la capacité à entrer dans des propositions fictionnelles inattendues (mais il se passe aujourd’hui en Chine des choses qui dépassent en étrangeté et en violence les scénarios les plus délirants), l’intensité de situations toujours chargées de davantage que leur côté utilitaire –sur le plan romanesque comme sur le plan descriptif– sont encore renforcées par un traitement très fin et efficace du son (mémorables glissements des patins à glace dans la nuit) et surtout par le jeu des deux acteurs principaux, le flic à la retraite (Liao Fan) et la jeune femme (Gwei Lun-mei): à la fois sensuels et opaques, ces corps saturés de fiction et pourtant si quotidiens sont comme la chair même d’un film d’une rare intensité.
Au final notre héros danse une folle embardée dans un centre de danses de salons, alors que les autres s'échinent sur des pas de tango formatés!Magnifique séquence!
En 1999, un employé d’une carrière minière est retrouvé assassiné et son corps dispersé aux quatre coins de la Mandchourie. L’inspecteur Zhang mène l’enquête, mais doit rapidement abandonner l’affaire après avoir été blessé lors de l’interpellation des principaux suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis dans la région, tous deux liés à l’épouse de la première victime. Devenu agent de sécurité, Zhang décide de reprendre du service. Son enquête l’amène à se rapprocher dangereusement de la mystérieuse jeune femme.
Chorégraphie tendue, violente et sexuelle, hantée de toutes les angoisses de la société, Black Coal se construit autour d’une enquête policière qui est moins la recherche d’un coupable ou d’une explication que l’occasion d’une plongée dans un inconscient collectif en forme de champ de bataille. Ces morceaux de cadavre qu’on retrouve dispersés au quatre coins de la région ne sont pas seulement les restes d’un meurtre qui en appellera d’autres, selon une succession de «logiques» plus pulsionnelles que rationnelles. Ils sont la matérialisation d’un pays aux valeurs en miettes, aux repères explosés, un pays peuplé de nouveaux riches sans foi ni loi, d’ouvriers apeurés, de flics dépassés ou corrompus, un pays où la brutalité des mœurs engendrée par le séisme sociétal devient le mouvement fondateur des comportements de chacun.
Une des grandes forces de ce récit mené avec un sens du suspens consommé est en effet, tout en n’édulcorant en rien la violence des relations, de ne jamais aboutir à un partage simpliste. Imposant une figure visuelle inédite, et dont l’artifice est bientôt oublié, celle de la filature en patin à glace, le cinéaste en fait la traduction visuelle et physique de relations effectivement glissantes, dangereuses, d’une fluidité à la fois gracieuse, réversible et possiblement mortelle.Une danse chaloupée, délicate, glissades de la caméra, rendu très coulé, fluide des mouvements!
L’élégance du filmage, la capacité à entrer dans des propositions fictionnelles inattendues (mais il se passe aujourd’hui en Chine des choses qui dépassent en étrangeté et en violence les scénarios les plus délirants), l’intensité de situations toujours chargées de davantage que leur côté utilitaire –sur le plan romanesque comme sur le plan descriptif– sont encore renforcées par un traitement très fin et efficace du son (mémorables glissements des patins à glace dans la nuit) et surtout par le jeu des deux acteurs principaux, le flic à la retraite (Liao Fan) et la jeune femme (Gwei Lun-mei): à la fois sensuels et opaques, ces corps saturés de fiction et pourtant si quotidiens sont comme la chair même d’un film d’une rare intensité.
Au final notre héros danse une folle embardée dans un centre de danses de salons, alors que les autres s'échinent sur des pas de tango formatés!Magnifique séquence!
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