samedi 11 novembre 2023

Revue 2023 : "Flamms'olympique": aux petits lardons! La Chouc au diapason de l'hymne alsacien sur podium de pacotille: ça brûle les planches et la médaille ne d'or jamais!

 Les Dieux de l'Olympe: les jeux sont faits!


Notre 29ème revue satirique se moquera de tout et de tout le monde. Elle passera à la moulinette les politiques locaux, se moquera des Lorrains, parlera du Racing, de l’écologie… et caricaturera l’actualité marquante de l’année. Elle n’oubliera pas non plus d’égratigner au passage quelques phénomènes de société !
Bien sûr, ça va chanter, danser et sketcher. Cette revue se jouera toujours en alsacien dans une salle et en français dans l’autre. Les comédiens continueront de courir de l’une à l’autre pour vous faire rire dans les deux langues.

C 'est pas de la tarte. Ça flambe à la Chouc.

Retrouvailles annuelles avec l'équipe de la "chouc": toujours un moment de grâce, de "vaches grasses" en période de "vaches maigres". Tonitruante équipe qui marque des buts avec un numéro spécial foot Meinau, chorégraphié de main de maitre -de mètre- à danser, par Charlotte Dambach. Du sang neuf pour "succéder" à Louis Ziegler, ce zig ziegler de la danse "régionale" atypique en diable. Prologue avec l'apparition du groupe qui nous invite à partager les affres de l'actualité, façon "cabaret" des "Deux Anes" ou "Trois Baudets" parisiens. Et bien mieux encore car sur ce "sentier de l'âne", celui qui va brouter hors des sentiers battus, ce sont plus de vingt sketches qui vont s'enfiler tambour battant. D'une salle à l'autre les comédiens bondissent sans cesse pour enchainer les gags toujours de bon aloi. Et ça marche: on fouille ici ce qui blesse dans la cité européenne, Jeanne Barseghian en ligne de mire qui se réjouit d'atteindre son score de popularité tombé à zéro, de son adjoint au nom imprononçable, Syamak Agha Babaei mais si musical... Tout va de mâle en pis avec cette séquence vegan-végétalienne dans laquelle un trio de choc excelle: Jean Pierre Schlagg en garçon-boucher inénarrable face à deux clients possesseurs de la carte vermeille qui leur permet de tout faire: Susanne Mayer et Guy Riss, clients entêtés et "idiots" de la farce végan bien sûr! Sans oublier le stationnement et ses repères arc en ciel qui obligent l' avocat-procureur et juge Bizzotto a prendre toutes les casquettes et se faire l'honneur de réhabiliter une pauvre maman en institutrice de fortune.


Les  jeunes recrues de la troupe
Marie Hattermann, Bénédicte Keck et Nathalie Muller qui excellent dans maintes situations, entre autres celle des deux flics en stage contrôlant un beau "blanc cravaté" pour la première fois. Ici c'est Arthur Gander qui s'y colle et c'est désopilant. Le juste ton toujours pour que ça déménage de façon artisanale, futée et maline vision du monde politique, économique qui n'échappe pas à la poésie. Susanne Mayer en portant le flambeau olympique de la délicatesse et douceur dans "Au vide grenier" où elle incarne une mamie Montéssori de charme, vêtue comme le petit chaperon rouge, de pourpre et de velours fait maison. On retrouve le talent de Guy Riss, pétillant et niaiseux à souhait qui renoue avec le spectre de Chilibebert, réincarné en âne battu qui se joue des métamorphoses de situations. Et les "filles" dans tout cela subliment des personnages drôles et décalés, fumeux et fumant des "joints" joyeux et hallucinants de drôlerie bien placée. La revue est en-caustique, bien menée, les entremets de fortune pour "boucher" les interstices rythmés, pour une mise en scène signée Céline d'Aboukir toujours en phase avec ce petit espace scénique où tout se joue sans cesse sans jamais perdre un centimètre carré d'humour. On se s'en lasse jamais de ces étreintes joyeuses des corps qui chantent, dansent, bougent en vociférant avec des accents à couper au couteau. 


Alors un petit lacet de départ vous sera offert à la sortie du show sans bizness: pour mieux lasser vos godillots d'amateur de marche de la bande à Siffer: car il va falloir Siffer à ces Pieds Nickelés de la scène du ludique, de la satire bien relevée comme un raifort pur qui pique et fait éternuer de plaisir. Encore une petite dose de jeux alsacolympiques pour booster l'atmosphère: les costumes extra-ordinaires signés Florence Bohnert (dont on connait la collection d'étiquettes de vêtements) s'exposent sur le podium du cousu-haute couture à la mesure de l'inventivité du spectacle. Parure du corps comme des exosquelettes de chaque personnage, un Kent, autant qu'un âne bâté, des petits hommes verts pour la touche écolo-bobo de circonstances. Car la cité n'est pas ménagée, madame la Maire en mère amère nourricière et l'heureuse Eurométropole en ligne de tir.  On se réconcilie autour de ces comédiens aguerris au risque, au danger de l'exposition du verbe qui tue, qui chatouille là où ça fait mal, même au bloc non opératoire des Urgences Naturopates. Et la Meinau de danser en bleu-blanc sur  rouge où tout fout le camp en mousse de mise en bière affublée d'une géante dose de Picon. La maire-picon comme cible de choix de la revue incorrigible, jamais corrigée sur la corde raide du théâtre de charivari burlesque qui vous cloue le bec: "parle comme le bec t'a poussé" et les jeux sont fait: la flamme comme relais et passeuse de bienfaits cliniques non remboursés par la Sécurité municipale. Prenez en de la graine comme Jeanne pour mettre du beurre vegan dans les épinards Et secouer le coquetier de la dérision bien placée. La Choucrouterie, un lieu, un "endroit", un territoire où il fait bon vivre le terroir sur le terrain miné de l'humour sensible et rire de tout sans pudeur mais avec tac et sans démagogie: une leçon de poïétique salvatrice pour aller de l'Avent. Pianissimo avec Thomas Valentin pour les touches noires et blanches qui font mouche.


T
extes
Équipe de la Chouc’

avec
Sébastien Bizzotto, Magalie Ehlinger, Arthur Gander, Marie Hattermann, Bénédicte Keck, Susanne Mayer, Nathalie Muller, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer

piano (alternance)
Jean René Mourot
Thomas Valentin
Sébastien Valle

mise en scène
Céline D’Aboukir

chorégraphie
Charlotte Dambach

costumes, scénographie
Florence Bohnert, Estelle Duriez et leur équipe

lumières
Cyrille Siffer

production
APCA – Théâtre de la Choucrouterie 29ème REVUE SATIRIQUE

DU 10 NOVEMBRE AU 24 MARS

 

 

jeudi 9 novembre 2023

"Blind" Hendrickx Ntela cie Konzi : du krump ou rien! Danse de barricade pour communards confirmés.

 


Hendrickx Ntela C
ie Konzi Belgique 5 interprètes création 2022

Blind

Blind met en situation cinq krumpers de Belgique, d’Espagne, de France et du Sénégal face à une même histoire. Dans un monde où tout semble normal et où tout geste devient éphémère, sommes-nous libres de penser par nous-mêmes ? Partant de cette question, Hendrickx Ntela, danseuse et chorégraphe liégeoise d’origine congolaise, et Pierre Dexter Belleka, danseur et chorégraphe exilé du Libéria, conçoivent une pièce où la culture krump agit comme une échappatoire. Cette danse, qui leur permet d’exprimer les sentiments qui les ont traversés, prend pour motif la question de l’aveuglement face à un système générateur de désirs inatteignables, passant par les réseaux sociaux et autres médias. Les interprètes développent alors une danse exacerbée par leurs émotions, en inventant un langage singulier à partir de leurs bases communes en krump. Attentifs à la composition musicale, mêlant bruitage, beatmakers et musique électronique, les chorégraphes signent une pièce puissante, où les sensations d’urgence et de solidarité prouvent la nécessité et la particularité de ce mode d’expression scénique.


 

Dans un halo de lumière, une plaque tournante, superficie de survie pour les cinq doigts de la main que sera ce quintette furibond, pour un huis clos au départ hanté de gestes saccadés, hachés, coupés au couteau comme pour fomenter une révolte proche. Le groupe est compact, solidaire, partageux. Les cinq interprètes, parure d'iroquois ou aux longues extensions mobiles dans le vent de l'insurrection proche se rejoignent haranguant une lumière au dessus d'eux.Prière ou rogations? .Bien ancrée, la danse est debout, verticale à peine teintée de niveaux descendants, ascendants. Une quête d'une implorante révolutionnaire en bord de plateau. C'est juste et beau, touchant et ça transperce la Commune de Paris ou la danse des sauvages des Indes Galantes de Rameau, façon Cogitore et Bintou Dembele  virtuose du voguing, du krump, du flexing, du hip-hop, du waacking, de l’électro (une danse née en France dans les boîtes de nuit), etc. Toutes les forces vocales et gestuelles s’emparaient des stéréotypes de l’œuvre pour les détourner.Ici tout bascule, se meut, se fissure, se casse et se fragmente, tectonique des plaques en référence. Les danseurs se dispersent alors pour conquérir l'espace dans une lutte, un combat singulier et féroce: danse de barricade, de résistance et de soulèvement, dynamique, énergique à vous couper le souffle. Tous en vêtements larges, clairs, soquettes aux pieds. La musique est au diapason de cette aventure épique et picaresque, haletante, fébrile. Un moment unique de transmission et passation d'énergie entre les artistes et le public, rare et précieux. Le krump, Blind pour mieux y voir clair dans ces esquisses poétiques lumineuses et très graphiques dans l'espace partagé de la politique et de l'engagement politique de ces citoyens du monde.

 

A Pole Sud le 9 Novembre 



"Oxymore"; une rethorique contradictoire des corps en opposition. Je t'aime, je te tue...

 

Maxime Cozic Cie Felinae France duo création 2023

Oxymore


Repéré sur les plateaux de danses urbaines depuis quelques années, Maxime Cozic pratique une danse rare dans ce contexte, expressionniste, sinueuse, virtuose et intense. Pour son deuxième projet de chorégraphe, il fait appel à Sylvain Lepoivre, complice de la première heure. Plus robuste, le visage grave, le deuxième protagoniste fait contraste. Inspiré par cette différence, le chorégraphe replonge dans ses souvenirs de sorties de boîtes de nuit où l’ivresse des corps rend possible le débordement des individus. À partir de l’état d’euphorie ou de violence qui se dégage de ce type de situation, les deux danseurs oscillent entre manipulation, séduction et soumission. Duo détonant autant qu’étonnant, le pouvoir change de camp en permanence. Les corps, titubants, déséquilibrés et déstructurés par l’alcool et la nuit, lâchent prise et des situations paradoxales apparaissent. Ambiguïté et sensualité s’expriment de manière incontrôlée et la rue devient le théâtre d’autres réalités. La puissance et la fragilité des corps qui s’expriment en même temps donne à la pièce une dimension intime et poétique rarement mise en avant dans les danses urbaines.


En rhétorique, un oxymore ou oxymoron, est une figure de style qui vise à rapprocher deux termes que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire, comme « une obscure clarté » ou la « lumière noire » ...Qu'en adviendra-t-il en matière de chorégraphie? Seul sur le plateau dépouillé, un homme, tenue banalisée, se présente, s'ausculte doucement, tendrement: son corps semble précieux, son toucher, léger, attentif, bienveillant. Il s'étouffe, râle, tétanisé par un souffle coupé dans une ascension organique pétrifiante, puis son compère le calme.Déjà le mode expressif s'empare de son jeu et sourd de tous ses membres, des traits de son visage entouré d'une belle chevelure hirsute. Parait, l'autre, un être en apparence doué de perfidie, de malveillance. Débute un corps à corps singulier qui n'aura de cesse que de progresser dans l'expression de la douleur, de la soumission, de la souffrance. Ils s'(apprivoisent insidieusement, se câlinent, se calfeutrent doucement puis rapidement, la haine et la fureur s'emparent du premier. Violence de la gestuelle dans un rythme rapide et effrayant, le tout interprété dans une fluidité lax et souple, le corps soumis et balafré de gestes oppressants pour faire naitre un réel malaise. Ce n'est ni un combat, ni une lutte mais un asservissement d'un corps à l'autre.L'énergie est juste et calculée, fulgurante déflagration de consentement, de ravissement, d'enlèvement. S'agit-il d'un viol, d'une agression, d'une mauvaise intention menée jusqu'au bout de ce qui est supportable à regarder? Dans tous les cas cette relation interroge les rapports physiques dans leur brutalité, mais aussi dans l'acceptation d'une maltraitance apparente consentie. La plasticité des corps opérant pour rendre tolérable cette intrusion de l'un dans l'autre. Glissement progressif d'un plaisir masochiste ou accepté. Le couple, duo maléfique se meut avec grâce et fluidité dans un relâchement exemplaire en terme de danse contact. Porté du poids du corps, adhérence d'une peau sur l'autre, comme une dispute, une étreinte rude, brute, abrupte et rustre de deux corps aimantés. L'amour vache et féroce se réconcilie dans une séquence de jamais vu chorégraphique. Lovés l'un dans l'autre, ils s'adonnent à une série de grimaces, de torsions du visage, de la bouche, des paupières, de tout ce qui compose l'anatomie du faciès. Mâchoires et mandibules hyper mobiles, triturées, malaxées par les doigts de ces deux manipulateurs, marionnettistes, prestidigitateurs de la peau.Dans une vitesse, célérité et dextérité virtuose. Supportable juste le temps de ce numéro d'acrobatie à fleur de peau.Oxymore du "beau très laid", du tolérable insupportable, décalant la notion de beau geste convenu, appris ou rabâché. Les deux performeurs sur le fil d'une réalité possible de comportement physique entre jouissance et abnégation, plaisir et douleur: les contraires s'entrechoquent, se cognent et vont droit dans le mur d'une performance qui dérange, interroge et rebondit. Du travail impressionnant d'interprétation pour chacun: le docile Sylvain Lepoivre, le maléfique Maxime Cozic, architecture corporelle puissante et bâtie comme un ouvrage solide et massif. Complicité et désamour à la fois pour cette lutte singulière, confrontation d'énergie douce et puissante. Face à face, osmose et symbiose de deux corps en opposition.

 EN AMONT DES  REPRÉSENTATIONS Broken Mirrors Film documentaire d’Othmane Saadouni Création 2022 – 66′

En suivant le travail de création de la pièce Telles quelles / Tels quels du chorégraphe Bouziane Bouteldja, le réalisateur Othmane Saadouni met l’accent sur le regard des jeunes d’aujourd’hui vis-à-vis du monde qui les entoure. Entre scènes de danse, moments de recherche et d’échange avec le chorégraphe et témoignages plus intimes des danseurs, une histoire poétique s’installe.La danse est superbement filmée au départ, les corps des hip-hopeurs virevoltant sous l'oeil de la caméra au ras du sol pour mieux ancrer les gestes et mouvements superbes des danseurs virtuoses. Puis c'est la parole qui est donnée à chacun, danseur, membres de leur famille pas toujours convaincus par la pertinence de leur choix professionnel: choisir d'être danseur alors qu'une carrière de gendarme serait beaucoup plus acceptable! Un beau témoignage original et pertinent d'une condition pas facile au Maroc. Très belle séquence dansée d'une jeune femme prise sur le vif à bouger spontanément, hors syntaxe chorégraphique délibérée! La danse entre expression et profession, c'est ici l'occasion de se questionner sur cet art que chacun habite à sa façon: organique, sensuelle, directe ou construite lors de répétitions et réflexions d'un chorégraphe, écrivain de la danse: Othmane Saadouni, soucieux de ses interprètes autant que de sa parole.Un film, documentaire de création à la hauteur de l’exigence et du naturel du domaine de Terpsichore.

A Pole Sud les 7 et 8 Novembre carte blanche à Etienne Rochefort

 

mercredi 8 novembre 2023

WARÉ MONO de Kaori Ito : surface de réparation: on s'y colle!

 


Deux personnages jouent ensemble. Tantôt ils s’imitent et s’entraînent l’un l’autre, tantôt ils fusionnent jusqu’à former une seule et même créature, tantôt ils se défient et s’affrontent. Par la danse, ces êtres deviennent animaux ou monstres, jumeaux ou ennemis. Leurs relations se métamorphosent vite, à la lisière entre férocité et tendresse. Touchée par la brutalité de certaines confidences d’enfants et marquée par la trace de la violence en eux, Kaori Ito, danseuse, chorégraphe, a senti la nécessité de créer un spectacle qui parle de leurs blessures. C’est en s’inspirant du Kintsugi qu’elle a souhaité le faire ; cet art japonais de restaurer des objets cassés, abîmés, non pas en dissimulant les fissures, mais en les sublimant avec de l’or. Dans la lignée de son précédent spectacle jeune public Le monde à l’envers, où les récits des enfants réparent le monde, Kaori Ito a souhaité que des groupes d’enfants soient impliqués comme experts dans le processus de création. Leurs imaginaires, leurs mots et leurs énergies sont l’or qui répare les failles. Sur scène, auprès du duo formé par Kaori Ito et le danseur Issue Park, se trouve une marionnette en chantier. Au fur et à mesure qu’elle s’anime, un rituel de réparation s’instaure, la soigne et la transforme. La faille est une porte. Elle laisse la place à l’imagination. Et elle devient de l’or.

AVEC KAORI ITO ET ISSUE PARK


Sur le plateau des enfants s'adonnent à la découverte de la pratique inspiré du kintsugi, l'art de réparer les céramiques au Japon:dans ce rituel de réparation, on recolle les morceaux des céramiques cassées avec de la poudre d'or. Plus il y a de fissures, plus la céramique devient précieuse. A travers cette jolie philosophie, le spectacle travaille avec les enfants sur comment réparer nos blessures de l'enfance tout en étant fier de nos failles parce que les failles deviennent de l'or.Les enfants s'étirent, se déplacent, chutent avec aisance et confiance histoire de briser la glace entre eux et en leur fort intérieur. Alors ils laissent place aux deux artistes pour regarder une possibilité d'interprétation "adulte" de ce beau conte de fée. Ils laissent leurs empreintes au sol, tracent des figures à la poudre de céramique avec concentration et bonheur. Touchés, marqués par une trace qui va s'effacer.

Une marionnette git au sol, désarticulée, brisée que la danseuse défait avec lenteur, respect, sans heurt. Des bribes de corps, des segments de ce que nous sommes, comme des brisures, des cassures. Métaphore de la déstructuration, du morcellement, du corps en miettes. Danse secrète, intime qui joue sur l'infime mouvement. La musique comme un chant a capella, simple, sobre, solaire. Vient un partenaire, lui aussi vêtu d'une tunique blanche et d'un pantalon noir, les pieds nus pour un bon contact au sol. Appuis, danse-contact en fabriquent une bête à deux dos, tantôt rampante, tantôt aérienne. Le poids du corps comme un chemin d'équilibre-déséquilibre constant. Sorte de lâcher prise aux accents d'arts martiaux ou de qi qong. Rebelle combattante contre ou avec son partenaire, Kaori Ito se défoule et fait mouche.  Danse de l'esquive, du contournement en ronde-bosse. Une complicité s'instaure, douce, aimante, dosée. Mais la querelle nait entre eux-deux et la révolte soulève le danseur qui explose en mouvements circulaires, giratoires, en sorte de capoeira, de breakdance subtil et très personnel. La virevolte est de mise et les petits spectateurs s'amusent devant ce tableau ludique de deux adultes qui se chamaillent en beauté. Querelle, séparation, révolte: Kwangsuk Park joue à l'enfant gâté qui hurle et se rebiffe, attendant le consentement d'une mère fâchée. Va-t-il regagner son amour? Sa considération? Bien sur car le duo les réunit à nouveau en adage percussif, malin, contagieux. Les corps se libèrent, bondissent, virevoltent, s'adonnent au plaisir virtuose de bouger. Circassien autant que danseurs, les voici habités par une folle énergie, passeuse de joie, de liberté de circulation. Une façon de se redresser face au danger, de rebondir, de dialoguer avec les corps. Comme pour la peinture de Kaori Ito exposée dans le hall du théâtre: dessins, esquisses à l'aquarelle où les couleurs pleurent et fondent comme une calligraphie mouvante.Et une longue natte de lierre pour envelopper les deux amis compères dans un repos et sommeil bien gagné.

 Danseuse et créatrice depuis 20 ans, Kaori Ito cherche à faire émerger un mouvement vital qui relie les corps et fait exister le vide, l’invisible et le sacré. Née au Japon dans une famille d’artistes, elle se forme très jeune à la danse classique puis à la modern dance à New York. Interprète pendant plus de 10 ans pour de grandes compagnies européennes, elle ressent le besoin de créer sa propre compagnie afin de développer sa démarche artistique et son écriture chorégraphique. Elle fonde la compagnie Himé en 2015. Après une trilogie autobiographique, elle opère un retour à sa culture japonaise dont elle s’inspire notamment pour créer, en 2020, la première pièce où elle n’est pas au plateau. Convaincue de la nécessité de faire entendre la parole des enfants et de donner une place à leur créativité, elle commence en 2021 à créer avec et pour le jeune public. À la croisée des cultures et des langues, des courants, pratiques et disciplines, Kaori Ito développe un vocabulaire artistique hybride et une démarche de création sur la voie de rituels contemporains. Animée du désir de porter un projet qui rêve l’avenir avec la jeunesse et lui donne corps par l’art, Kaori Ito se consacre à ce vœu en 2023 en prenant la direction du TJP, Centre Dramatique National de Strasbourg. Elle souhaite en faire un lieu de théâtre transdisciplinaire, interculturel et intergénérationnel qui défend la transversalité de l’art, l’importance des questionnements des enfants et leur implication dans les processus de création.

photos anais baseilhac

 

Au TJP jusqu'au 14 Novembre

"Radio live- la relève": "silence" radio...La relève est assurée. Ils vont s'en relever...

 


Radio live est un spectacle né en 2013 des rencontres tissées lors de documentaires radiophoniques réalisés par Aurélie Charon et Caroline Gillet, où de jeunes personnes parlent de leur vie, de leur désir de changement et de leur engagement. Radio live − La relève
prolonge ce geste en mêlant plusieurs générations. Chaque soir, deux personnes sont invitées par Aurélie Charon à prendre la parole librement. Ils et elles viennent du Rwanda, de Syrie, de France, de Bosnie, pour témoigner, échanger leurs idées. Amélie Bonnin nourrit en direct ce dialogue par l’image : dessins, films réalisés sur leurs lieux de vie, prises de parole de leur entourage. Une musicienne accompagne en live ce moment de partage et d’émulation.   

A saute frontière...

Le plateau nous attend, bien habité par les protagonistes de la soirée "inédite" : comme un studio radiophonique, table d'écoute et de parole, micros fluorescents: un espace pour la musique live, un territoire pour l'illustratrice en direct: une radio ça s'écoute et ça se regarde ce soir. On y verra des paysages, des êtres humains venus d'autres pays, d'autres "planète guerre": le Rwanda, la Syrie. Deux comédiens seront les lumières de ce drôle d'interview, mené de mains de maitre par la directrice de cérémonie. Une femme de "radio", longue silhouette gracile, vêtue de jeune, bottes et tenue de combat en chambre. C'est son rôle d'animer le spectacle ainsi conçu comme un "direct" sur la corde raide de l'impromptu, de l'improvisation feinte des questions-réponses qui fusent.Aurélie Charon en animatrice discrète et efficace pour faire rebondir l'action plus de deux heures durant. On tombe en empathie avec Yannick Kamanzi, qui conte les mésaventures familiales d'un exil du Rwanda. Le génocide et son père sont constantes préoccupations pour faire avancer sa réflexion, ses émotions qui ont impacté son corps, sa mémoire. Interrogé, il renvoie la balle sur la "question" qui se répond en ricochet et glisse pour ne pas piétiner, s'embourber dans le nihilisme ou l'affliction. La frontière se dessine se marque au sol entre les deux anti-héros de la soirée: comme un jeu de marelle...Debout, danseur à l' occasion d'un émouvant solo de danse qui ponctue verbe, discours et parole. Prolonger la réflexion par la vision d'un corps vivant se mouvant d'avant en arrière, en spirales vives et dynamiques, pleine d'une énergie digne de Terpsichore en baskets. Un interprète qui livre sa lecture corporelle et silencieuse du drame, alors que la chanteuse, guitariste lui tend le support de sa voix hypnotisante. En live, Emma Prat donne le là de ces mélodies graves et charmeuses tout au long du déroulement de cette pièce atypique. Nos deux comédiens le "rwandais" et la "syrienne", une épatante Hala Rajab, pleine de malice, de douceur mais aussi d'esprit de lutte et de combat contre l'injustice de son sort, nous fascinent par l'élégance de leur jeu. Pour oser aborder, affronter de tels sujets sur le territoire, le terrain de discorde des peuples, le lieu et l' "endroit" où il faudrait de reconstruire, se placer. Comme un danseur qui quitte la barre pour devenir cet "homme du milieu" autonome, libre, et moteur de son énergie. Les images se multiplient, interviews, portraits qui en disent long sur l'investissement de tous pour rendre compte de la situation complexe de chaque destinée. Ne pas échapper à son sort, ne pas s'y soumettre, ne pas mentir aux enfants ou cacher la vérité le temps de la réparation des corps, des mémoires. Chacun transportant son espace mental avec entrées et sorties, coups de vent pour balayer ou déplacer les scories d'un volcan encore en ébullition. La guerre certes évoquée de face, de front mais aussi la poésie de ces deux êtres qui se parlant, se trouvent, ensemble ou dans leur altérité. Les esquisses, dessins de Amélie Bonnin comme autant de prolongations calligraphiques des émotions de chacun: un torrent de larmes bleues, un dessin de "presse", un croquis avec bulle de BD, tout un panel de vocabulaire graphique semblable à la danse. Un autre médium visuel pour transmettre, afficher un propos singulier sur la distance, le souvenir, le relais d'information, de secret que chacun incarner. Déplacement, exil, famille perdue ou retrouvée, espoir, tout concourt ici à laisser sourdre l'émotion, la sympathie avec les "personnes" en jeu sur le plateau. C'est "ici et maintenant" que se joue la vie avoue un adorable enfant noir, les yeux levés au ciel, ou une fillette qui ne se met pas. Un sommet d'humanité, simplement posé devant nos yeux de spectateurs, témoins, comme cette flamme olympique, relais de solidarité entre les hommes. Et la conclusion, question sans réponse préexistante de nous porter loin devant dans l'altérité, la reconnaissance et la considération de l'autre quel qu'il soit. Radio Live on aimerait l'écouter tous les jours sur les antennes avec ce privilège d'y adjoindre des images, témoignages d'une proximité et intimité humaine au creux des espaces de chacun. Car l'espace conquis par les corps, la parole et le geste est un facteur de liberté, d'initiative autant que de conservation du passé. Mémoire et présent en figure de proue pour exposer ce que nous sommes nous aussi à l'échelle de notre vie.Ils s'en relèvent et l'expérience du plateau est facteur de réparation collective sans pathos ni condoléances possible. Chapeau les artistes pour cette agora fertile du verbe, de l'image, du bougé fédérateurs d'énergie et d'espoir. On peut notamment découvrir le parcours de Yannick Kamanzi, danseur et comédien rwandais. Né juste après le génocide, il évoque le poids de ce drame sur sa génération avec une maitrise de l'espace intime proche d'une évocation totale du sujet: autonomie et liberté du corps sur le terroir commun en partage.


Aurélie Charon est productrice à France Culture, elle anime Tous en scène, coordonne L’Expérience et a réalisé plusieurs séries documentaires. Amélie Bonnin est directrice artistique et réalisatrice. Ensemble, elles ont réalisé le film documentaire La Bande des Français pour France 3 (2017). Elles ont conçu le projet Radio live − La relève en prolongement de Radio live, créé en 2013 avec Caroline Gillet, réalisatrice et productrice de radio.

Au TNS jusqu'au 18 Novembre

lundi 6 novembre 2023

"Aphorismes dansés": sans interdit: tomber dans le panneau ou le pot aux roses. Performanse dansée, chantée de Geneviève Charras, charivarieuse

 


"Le sens interdit c'est un mur, un mur c'est fait pour vous protéger ou vous enfermer"
Dans le cadre de la venue à ST'ART 2023 de l’œuvre de Jean-Pierre Raynaud "1937-Guernica/ Ukraine-2022"
Performance dansée, chantée face aux œuvres de Picasso, "Guernica" (1937) et de J.P. Raynaud "Guernica/ Ukraine"  (2022)
"Les œuvres ne sont parfois pas éloignées des "basses œuvres" "
"L'art c'est simple il suffit de terminer ce qui est commencé"
"Face à face intime face à face ultime"
"Le silence des œuvres me convient, d'être muettes les sauve"
A partir de la lecture en direct de Beaudoin Jannink des aphorismes signés J.P. Raynaud, la danseuse-chanteuse Geneviève Charras en propose une interprétation physique engagée, vocale et chorégraphique.
Le syndrome de Raynaud
Faire résonner les deux toiles au sol, délimitant un territoire, franchir la frontière, le mur de l'interdit. Sans interdit, dans le sens dessus-dessous du sang-gêne de naguère, de la guerre à terre, dans les airs, dans l'ère du temps sans en avoir l'air. Gestes hachurés, fragmentés, autant que fluidité des contours du corps, tout est pré-texte à construire, bâtir de nouvelles voies graphiques dans l'espace, sur le terrain de la discorde comme de la réconciliation. Mais la guerre n'est pas finie et n'a de cesse d’agiter les corps, de secouer les imaginations. Se mouvoir librement serait un luxe, une faveur accordée à l'artiste immergé dans la quête du beau dans l'horreur. Danser, mouvementer le chaos mais aussi le silence en suspension. J.P. Raynaud, horticulteur de formation inspire cette performance en regard au clip de Guesch Patti: "l'homme au tablier vert"
Le 25 Novembre 2023 à 15H 30 dans le Hall du Nouveau Parc des Expositions dans le cadre de ST' ART 2023 à Strasbourg
photo mécheri Miloud
Observateur implacable, au fil des jours, le plus souvent en prenant son petit déjeuner, Jean-Pierre Raynaud, livre sur des post-it, les réflexions d'un plasticien profondément marqué par le cours de sa vie, de son œuvre, mais aussi de son moi intime, social voire politique.

Ces aphorismes, extrêmement concis et fragmentés, rendent compte de manière fulgurante de la pensée de Raynaud et permettent de prendre la mesure de ses engagements tant esthétiques que personnels.
Ainsi, il interroge, au quotidien, les valeurs symboliques d'une société, de plus en plus soumise aux diktats du marché de l'Art, à l'appauvrissement des valeurs culturelles, qui l'invitent, sans nostalgie aucune, à un repli sur soi tout en stimulant son alacrité.

L'exposition 1937 - Guernica / Ukraine - 2022 eut lieu, du 24 février 2023 au 24 avril 2023, dans la cour d'honneur de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il s'agissait d'un face-à-face entre la reproduction en taille réelle de Guernica de Pablo Picasso et la réinterprétation Sans-titre - Ukraine de Jean-Pierre Raynaud, version moderne de la toile emblématique de 1937. Très lié au Nouveau Réalisme français, Raynaud, qui a répondu à la proposition des éditions Jannink de faire don au peuple ukrainien d'une oeuvre inédite, s'inscrit parfaitement dans la démarche initiée par Picasso près d'un siècle auparavant. Glaciale et distante, son oeuvre fait état des absurdités de notre rapport au monde en présentant le drame avec une distanciation presque chirurgicale.

 https://www.youtube.com/watch?v=DTFbpLtuiwg

guesch patti "l'homme au tablier vert- fleurs carnivores"

samedi 28 octobre 2023

"Quand les sculptures dansent" : Biennale d'Art Contemporain de Bischwiller: ça balance et ça tangue.dans le déséquilibre...

 

Première Biennale de sculptures contemporaines à Bischwiller: événement à marquer d'une pierre blanche! Sous la ligne éditoriale et direction artistique de Germain Roesz voici un parcours, une balade dans l'espace commun de la cité. Une audacieuse initiative qui honore le mouvement et ses déclinaisons au sein du médium "sculpture". Quatre artistes de renommée internationale et transfrontaliers s'emparent judicieusement des trottoirs, des places, des "endroits" visibles ou plus discrets: comme un espace de dialogue entre le citoyen, l'habitant, le chaland et ses lieux de passages, de déambulation, de transition. 


Mouvements des corps dans la ville, associés aux mouvements, oscillations ou gravitations des oeuvres de François Weil -sculpteur sur pierre, français-qui investissent le terrain en autant de masses lourdes et pesantes rivées à des axes de rotation ou balancements hallucinants. De la légèreté contenue dans ces  structures de lave volcanique de Volvic paradoxalement à l'idée de sculpture statique et hiératique. Déjà les jeunes s'approprient en balançoire couchée, l'une d'elle, comme dans un parc de jeux d'enfants! Oeuvre tranchante et multidirectionnelle comme le serait la danse d'une Carolyn Carlson découpée en axes contradictoires et pivots tournoyants à l'envi sous l'impulsion légère d'une force et  volonté humaine. Des ouvrages que l'on découvre sur les pelouses du parc de la cité, agora de la matière sculptée d'aujourd'hui.


Plus loin on rencontre les oeuvres de Armin Göhringer- sculpteur sur bois, allemand- qui intriguent tant les deux matériaux investis sont mimétiques: bois de chêne tronçonné à la chaîne, noirci ou blanchi en grilles ajourées comme des moucharabiehs et métal couleur rouille orangée. Le geste de l'artiste se devine présent, précis, découpé, arrêté juste au bon endroit. Au bon moment. L'effet de couverture, de chemise effectué par le métal entourant la fragilité du bois est rassurant, enveloppant l'oeuvre comme une carapace, un exosquelette protecteur. Car le corps est présent comme une empreinte dans les matériaux, penchants, jamais rectilignes dans leur posture verticale: attitude et allure noble et frustre à la fois. De l'air dans les entailles et entrebâillements du bois, failles ou fêlures, brèche ouverte. Comme l'espace entre le corps et les membres du danseur selon la danseuse et chorégraphe Odile Duboc et sa "mémoire de la matière". Passer à travers, se glisser dans les interstices du matériau pour mieux entrapercevoir les sons, les images vivantes de la cité laborieuse.Un projet "in situ" qui fonctionne comme une surprise, un parloir ou confessionnal païen, citoyen: des instants d'interrogations, puis de méditation très opérationnels. Si l'oeuvre d'art "publique" joue un rôle, celle ci en serait un exemple probant, une réussite esthétique, architecturale de bon aloi. De la "haute couture" pour Bischwiller, ex cité Vestra...


Au détour d'une rue c'est "La cascade" de Sylvie de Meurville qui séduit: proche d'un escalier d'où l'on imaginerait dégringoler une cascade, voici sur la façade d'une bâtisse, comme des nuages découpés, accrochés au mur: pour mieux rêver la ville et regarder en l'air loin du bout de notre nez. 

 


Oeuvre légère suspendue, lyrique et quelque part sonore par sa composition rythmique. Une installation rejoint cette vision onirique du paysage urbain : une nappe de dessins blancs sur la surface du lac, comme une relique vestimentaire, une Ophélie flottante. Corps fleuve, île flottante, nervure comme un circuit veineux. En face, une composition moussue conforte le sens du travail de l'artiste: mimétisme et hommage à la nature, à ses circuits flottants, sa cartographie aquatique. Des ondes sonores en vibrations pour partition auditive.

De quoi réjouit même les habitants de l'étang, petits animaux rongeurs et amateurs d'art contents pour un rien. Ce "Vestra" comme un linceul, une chrysalide , une peau-enveloppe glissant sur l'eau. Le travail de Sylvie de Meurville est un paysage de courbes de niveaux, de flux, de fluidité organique très dansant: la circulation des fluides lui étant familière et terrain, terreau d'investigations multiples dans le paysage du "Land Art" très personnel!


Puis on rencontre les installations de tubes métalliques, signatures de l'artiste Robert Schad : autant de formes qui se dressent sur une patte, se brisent, inversent les directions pour former des tectoniques tranchantes dans le paysage autour de la gare. Un bivouac, une halte, une étape dans ce voyage artistique auquel nous convie la Biennale. Les lignes divergent, se rencontrent laissant toujours vers le ciel ou la terre des possibilités d'évasion, de respiration. Multidirectionnelle toujours. Articulations, soudures des membres très organiques de ces oeuvres comme des corps dansant du hip-hop, du break dance ou du crump. De la danse hachée, en rupture, en segments à la Jean Claude Gallotta ou Daniel Larrieu, chorégraphes minimalistes très éloquents.

"Quand les sculptures dansent" sont bien éloignées du mouvement à la "Carpeau", Carabin ou autre sculpteur de la danse. Plus proche d'un Rodin ou d'un Degas, sculptant des énergies, du repos, de l'immobilité animée , vivante..Les quatre feuilles de ce trèfle riche et porteur de bonheur, de jouissance pour celui qui s'arrête et regarde en chemin sont des atouts majeurs pour l'environnement urbain et Bischwiller peut être fier d'accueillir six mois durant cet éphémère occupation des sols dans un but généreux et partageux inspiré d'une grande rigueur et exigence. On ne s'y trompera pas en parcourant ce circuit bien dosé que l'on empruntera sans modération avec une curiosité croissante au fil de ce sentier de l'âne: brouter des yeux ces opus minéraux au coeur de la ville comme des mets inédits d'un festin convivial. Régalez vous jusqu'au printemps de ce circuit alléchant plein de surprises, de questionnements, de réflexion comme un miroir du monde actuel: ses failles, ses bâillements, ses navigations improbables vers des continents prometteurs de beauté, d'équilibre...en déséquilibre constant comme dans la danse d'aujourd'hui: quand deux média se rencontrent, danse et sculpture deviennent architecture paysagère utopique.

"Paul Valéry nous a appris que la danse est l'invention de l'architecture (je crois dans Eupalinos, de mémoire). Ainsi la sculpture, en tous les cas celle de la biennale parle de constructions extérieures à elle-même (espace, lignes directionnelles, volumes). Elles sont donc habitables en ce sens. "

germain roesz

A Bischwiller jusqu'au mois d'avril 2024

Quatre artistes, 14 œuvres

  • Sylvie De Meurville : sculpteuse sur résine (Française) – Les fleuves sont ses sources de création. Trois œuvres seront présentées : deux seront installées dans l’étang « Vestra » et une sur un mur à proximité.
  • François Weil : sculpteur sur pierre (Français) – Il recherche le mouvement et l’équilibre dans ses œuvres. Chaque réalisation proposée peut être mise en mouvement par une simple impulsion humaine. Ses sculptures sont visibles le long de la trame verte. Quatre œuvres seront installées dans la trame verte, afin de permettre la mise en mouvement de ces œuvres sans risque.
  • Armin Göhringer : sculpteur sur bois (Allemand) – Il crée des sculptures en bois habillées de métal avec un jeu entre équilibre et instabilité. Quatre œuvres seront exposées en centre-ville dans la rue Raymond Poincaré.
  • Robert Schad : sculpteur sur métal (Allemand) –  Il crée des dessins dans l’espace à partir de tubes en acier massif monumentaux. Ses sculptures sont installées à la gare. Trois œuvres seront installées au niveau du parvis de la gare et du square Charles de Gaulle situé en face de la gare.