vendredi 14 février 2020

"Histoires d'amour": valses, hésitation...Possesion !

Histoires d’amour

© Gregory Massat S’ouvrant par une lugubre marche funèbre baignée de souffrance, la Symphonie n°5 de Mahler ressemble à un voyage initiatique des ténèbres à la lumière. Certains virent dans son sublime et suspendu Adagietto - rendu mondialement célèbre par Luchino Visconti, dans Mort à Venise - une vibrante déclaration d’amour du musicien à la jeune Alma Schindler rencontrée pendant l’écriture de ce chef-d’œuvre (et avec laquelle il se mariera, en mars 1902). De folle passion, il est aussi question dans la pièce qui ouvre cette soirée, Prélude et mort d’Isolde, d’un compositeur que Mahler adulait.

Programme 
Wagner : Prélude et mort d’Isolde.

C'est un cor glorieux qui entame la partie, suivi des percussions: tout s'anime, s'enfllamme, se réactive, se ravive... Vibrer, s'émouvoir passionnément par ses ondes fluides, aisées qui rapidement deviennent menaçantes...Un drame se profile, bribe de valse, de berceuse enrobante, cajolante pour couverture de dissimulation, de deversion..En crescendo glorieux, ascension martiale, pompeuse, grandiloquente à souhait ! Comme une mêlée de flux profonds, souterrains, mélange savant de tonalités, de genres musicaux, de puissance et fougue, éclatante, jaillissante .Une valse aux accents discrets, dissimulée sous la masse sonore se détache, comme avortée, elle disparait peu à peu: la vie s'en va, se défait, impossible accésibiluité à l'immortalité de l'amour ressenti. Les sons se fracassent encore, s'entrechoquent: turbulences météorologiques du coeur et de l'âme, de l'esprit aussi en répercutions, fracas. Le chef d'orchestre, de dos, comme le célèbre tableau de Caspar David Friedrich, "Voyageur au dessus de la mer de nuages" ...Romantique à l'envi.
Puis tout rentre dans l'ordre après cette tourmente mortelle où les amants, Tristan et Isolde, disparaissent dans le flux et reflux éperdus de souffle, de respirations étouffées..


Mahler : Symphonie n°5 en do dièse mineur.

 Une "jolie" valse précieuse riche, charnelle se profile, clinquante, colorée pleine de cliquetis et clochettes: une inversion soudaine comme un coup de théâtre fait irruption, comme une danse d'un couple fondu dans la foule: touches de violon solo, clarinette légère en sautillements raffinés.Dans cette lente introduction langoureuse, romantique des cordes, l'ampleur de déploie en lent suspens impressionant: grande fluidité mélancolique, puissante au poing. Presque ou quasiment valse chaloupée, aérienne, lumineuse.
La harpe, discrète s'imisce dans ce malstrom, flux et reflux des ondes musicales qui se propagent comme des ronds dans l'eau. Puis en vagues succéssives, reprises pour mieux déferler, prendre de l'élan et éclabousser l'éther: orage, tempête, tourmente sur la mer déchainée des sentiments, comme un navire en perdition.
Cor, vents qui tournent, qui se lèvent dans un magistral final, matial, quasi marche funèbre, lente montée en puissance d'un drame annoncé.
Plus festifs cependant, des accents de cabaret, de cavalcades menaçante, grondante, résonante créent une sorte d'atmosphère de cirque, d'arène dangereuse: hallucinantes et enthousiasmantes visions dantesques, transports volumineux des sons...Ronflants, démesurés...Triomphants ou chaotiques. Un retour aux fragrances funèbres, au calme apparent, soutenu fait croire à une acalmie.Vers une reprise des flux, empathie emphatique avec cette musique déferlante, galopante, insensée! Le chef d'orchestre bondit, saute, électrisé, affolé tout en symbiose corporelle avec l'énergie musicale qui se dégage de cette oeuvre magistrale qui laisse pétrifié comme deux amants soudés pour l'éternité !
Sturm und Drang en emblème émotionnel, pathétique et renversant comme la musique de Malher sait nous effrayer, nous "déplacer" de nos codes et frontières sonores. Décapant, renversant, sidérant de mouvements turbulents...Folle esquisse de joie, de mort, d'amour entre Eros et Thanatos, son coeur balance fougueusement...Valse de mort qui entraine avec elle dans son courant plus d'un amour "transi", pétrifié, menacé par le temps et l'érosion. 

l'OPUS galvanisé par un programme de circonstance: des histoires d'amour impossibles révélant le génie de chacun de ses compositeurs dont on ne peut renier filiation, influences et sublimation complice.


Distribution
Aziz SHOKHAKIMOV : direction.
Et l'orchestre philarmonique de strasbourg !

0 commentaires:

Publier un commentaire