jeudi 16 avril 2015

"Dragging the bone" : Miet Warlop,les pieds dans le plâtre!! Gypsy Girl !


Pénétrez l'antre de Miet Warlop et vous serez édifié sur son degré de douce folie, son amour et désamour d'une matière pas vraiment noble mais qui fait les beaux jours des sculpteurs classiques: le plâtre et sa mythologie: les moules!Dans l'atelier de la sculptrice, des objets hétéroclites s'amoncellent, appelés à un sort pas toujours enviable.
Car si il y a de l'aristocratie à trôner sur scène, sur support, petits valets de chambre ou piédestales, ce n'est pas toujours le rêve.Elle va leur "casser les pieds", casser du plâtre sur leur personnalité et en faire les vestiges d'un vaste chantier de fouilles bientôt désaffecté, sinistré.
Au début est une chorale sur pieds d'objets piqués sur des mottes de terre, comme des visages , bouche ouverte, chantant des psalmodies: chœur à la grecque, chorale à la voix plâtrée, cassée?
Elle passe d'une "tache" à l'autre, s'afférant sur le plateau, entre sceaux, gamelle, table et autres accessoires toujours blanchis, effrités qu'elle va décortiquer, dépecer comme pour ôter la peau du monde, déchirer le voile, manipuler et malaxer, triturer la matière pour l'anéantir, la démolir.
Saccage, blasphème. Sur l'établi, une étrange sculpture à la ElmarTrenkwalder, subit le même sort que les autres: une mise à nue, une dévoration, un massacre des temps! Des visages modelés s'y révèlent à leur désavantage.
Elmar Trenkwalder
Les sculptures s'amoncellent, prennent vie, elle s'y glisse et se métamorphose: trois jambes, deux mains de plâtre qui prolongent ses bras comme des prothèses, jupette qu'elle enfile avec moulte difficulté!Mais elle reste solide, pas vulnérable comme la matière qu'elle traite et maltraite! Un petit tour de coiffage sur une machine à brosser qu'elle invente et la voici qui dévoile son visage jusqu'alors masqué par une dense chevelure qui la protège des regards inquisiteurs et intrusifs!Machine infernale comme les autres!
C'est drôle et pitoyable à la fois, tant elle ressemble à Agripine de Brétecher!
Miet Walop, démolit à satiété un petit monde figé pour le faire vivre une dernière fois: il y aura beaucoup de casse dans ces scènes de ménage, règlement de compte avec ce gypse et ses carrières de plâtre qui firent les beaux jours de la sculpture antique. Dégas des os garanti quand on pense à ce calcaire, calcium, fondement de la charpente humaine, des fondations du corps Les muscles profonds n'ont qu'à se tenir sages, sauf les zygomatiques qui ce soir là travaillèrent beaucoup dans le public du festival Extradanse!
Débris de matière aussi, éclats de rire et de plâtre pour les premiers rangs.Droit au chapitre de cet atelier que Rodin aurait qualifié de paradis: morceaux de corps, moules, sculptures tronquées, essais, brouillons et expérience pour un laboratoire jubilatoire de la création plastique. Sans podium, ni piédestal, voici Miet sur le haut du pavé à scruter l'horizon de la poudre et poussière de perlimpinpin: les artefacts du monde et leur dissolution et émiettement dans l'espace-temps: vanité, j'écris ton nom!


"Curieux déjà le titre : en français “traîner l’os“. Il se réfère à la maquette en bronze d’un foie de mouton. Il est dit de l’étrusque objet qu’il aurait à voir avec la divination. Une aubaine pour Miet Warlop qui prend l’humour très au sérieux et entreprend de rendre à la sculpture sa fonction d’oracle. Vaste projet dévastateur rondement mené par son personnage, une amante aliénée à son désir jusqu’à la transe.

Au croisement des arts visuels et de la scène, Miet Warlop décante son travail. Après l’austère et surréaliste Big Heap/Mountain, puis une fantaisie de style slapstick, Springville, elle a mis au point une série de personnages - objets autonomes, présentés comme des tableaux vivants, lors d’une précédente création remarquée Mystery Magnet. Ce théâtre débordé, remodelé en plateforme précaire, se poursuit dans Dragging the Bone. Démarche d’alchimiste, penchant singulier pour la métamorphose des corps et des objets, la signature visuelle reste forte et l’univers onirique. La jeune artiste belge lie le geste à l’illusion, ciselant ses images jusqu’au moindre détail. _IF "

Au TJP dans le cadre du festival Extradanse piloté par Pôle Sud Les 16 et 17 Avril 21H

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