samedi 18 avril 2015

"Duo" à Actuelles.......La danse dans la littérature à Saute Mouton !

Lecture Actuelles " DUO " de Julie Rossello

dirigée par Sacha Todorov, avec les comédiens Matthias Hejnar et Caroline Menon-Bertheux - musique Sylvie Brücker. Scénographie Lisa Colin, Clémence Delille, Lisa Scalvo + Mélanie Giraud et Lino Pourquie
Née en 1987 à Lyon, Julie Rossello-Rochet intègre, après des études de Droit, de Lettres modernes et d’Espagnol à Lyon, Montréal et Madrid, le département d’Écriture de l’ENSATT dirigé par Enzo Cormann et Mathieu Bertholet. Elle poursuit ses études en Art de la scène à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, sous la direction de Jean-Loup Rivière.
En 2009, elle écrit Valse con algunas naranjas y un poco de agua, mis en scène par Lucie Rébéré et joué au festival « Second Sight », à Saint-Ouen. Courant 2009-2010, elle écritDUO, lorsqu’un oiseau se pose sur une toile blanche, un entretien post-mortem avec Pina Bausch et Merce Cunningham, texte pour lequel elle obtient l’aide à la création du Centre National du Théâtre (novembre 2012) 
AcC TAPS Gare dans le cadre de "Actuelles" le samedi 18 Avril 20H 30 !
Que voilà une belle lecture partagée, ce dernier soir là aux TAPS.
Deux comédiens vont se révéler à travers le texte singulier de Julie Rosello, sur la danse!
Mais pas que! Car s'il s'agit pour elle d'évoquer l'univers de ces deux chorégraphes disparus de la scène il y a peu de temps, pas question de ressusciter les morts ou de faire leur biographie!
Savamment documenté pourtant ces évocations de personnes sensibles, drôles et pleine d'humanité: l'un, Merce, amoureux de ses chats, l'autre Pina, amoureuse de ses danseurs et de leurs vies. Moultes petits détails chorégraphiés jaillissent du texte très chorégraphié de la jeune auteure. Pas de hasard, elle sent la danse, la vit, pour être spectatrice assidue du répertoire prolixe de l'un et de l'autre. Quelques belles références étayent son propos: le fameux "Torse" de Cunningham ou le "Nelken" et "Café Muller" de Pina, les yeux sous les tables de bistrot qui "mate" dans l'enfance les chaussures des clients du café de ses parents!
C'est beau comme du Wim Wenders dans son "Pina" en trois D. Troublant, édifiant, proposant une vision empathique de leur disparition, de leur retrait de la scène, à point pour le vieux "Bird", trop tôt pour la frêle Pina, emportée par le malin. Mais remerciements pour ne pas avoir eu le temps de faire subir à son corps, sa peau, son enveloppe, les affres de la chimiothérapie!
Les comédiens s'emparent de cette belle matière littéraire pour donner corps et chair au texte: beaucoup de sensualité chez Mathias Ejnar, évoquant les muscles sensuels d'un danseur dont Merce admire et convoite les frémissements et ondulations érotiques. Malice et interrogation, distanciation pour Caroline Menon-Bertheux, au beau visage et poses rappelant les portraits de Pina, mannequin à ses débuts!Un personnage extérieur leur pose des questions banales qui nous les rendent humains, ces artistes au destin fabuleux!
Pas d'intimidation donc pour ceux qui ne connaîtrait la carrière de l'un ou l'autre. De la complicité pour les "érudits" non néophytes qui se régalent des allusions, citations ou autre clins d’œil de spécialistes!
Autre "duo" de la soirée: littérature et gastronomie: poulet tandori pour évoquer les "indes galantes" de Pina, Falafel pour Jérusalem et thon à l'talienne en rebond et résonance au texte, concocté par le chef en direct des cuisines improvisées, coulisses d'un soir aux TAPS Gare!Des goûts, saveurs et des fragrances d'Orient et d'Occident, arrosés de jus d'orange safranée.
Julie Rosello, modeste et quasi timide se livre au jeu des questions-réponses avec le public, sympathique et sincère. Il faut de l'amour et du toupet, du culot et de la ferveur pugnace pour proposer cette vision de deux "monstres" de la danse, magnifiés par les médias, retrouvés à cette occasion dans leur plus beaux atours: l'amour de l'espace, des belles robes en soie, du terroir américain, et de Wuppertal. 
Merci à Xavier Boulanger et à son comité de lecture de nous avoir donner l'occasion de saisir à bras le corps et le cœur un texte quasi inédit et publié en connaisseurs par deux grands amateurs de danse (Jean Marc Adolphe et Gérard Mayen, éditions "l'entretemps-lignes de corps") ! C'est dire de la qualité, de la véracité et crédibilité, de la fantaisie de cette oeuvre inédite qui fait date dans le florilège de la "littérature" sur la danse!
"Lorsqu'un oiseau se pose sur une toile blanche", nait un pas de deux insolite où les partenaires ne se rencontrent jamais mais monologuent à foison et sans modération: au paradis, pas de salle des pas perdus pour les chorégraphes de l'espace! A saute mouton, à saute frontières, défiant le temps et sans vanité!

lire aussi "Une reine en exil: un tombeau de Philippine Bausch" de Jean Claude Chabrier chez Actes Sud

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