jeudi 3 octobre 2019

"Barbarie" Quatuor Bela et Wilhem Latchoumia : Les mécanos de la Générale !


Sur scène, un véritable cabinet de curiosités musicales : orgue de barbarie, piano pneumatique, vielle à roue, nyckelharpa, stroviol, gramophone, etc. Pour leur première apparition à Musica, les Béla dépassent clairement les bornes du quatuor à cordes ! À travers ce florilège d’instruments mécaniques, interprètes et compositeurs d’un concert hors du commun interrogent notre relation contradictoire, entre fascination et répulsion, avec les machines. Le combat est-il perdu d’avance contre ces rivaux invulnérables ou assistera-t-on à une rencontre féconde qui transcende le geste instrumental ?

Sur scène, un "mobilier" musical très "classique", piano, vielle à roue,orgue de foire géant de dancing, gramophone -phonographe à vaste pavillon.. C'est beau et comme un décor de théâtre Guignol...Des marionnettes aux automates il n'y a qu'un pas: à franchir en compagnie de cette "mécanisation" de la musique, opérée par ces machines terrifiantes, "esclaves vides et blafards", lutherie présentée de façon anti-chronologique: pour une épopée en quatre parties, pour éprouver malgré tout "sensations" , émotions et tensions!

"Du bonheur des machines" sera la première partie avec les oeuvres de Marcoeur, Noncarrow et Antheil
On découvre en création mondiale "Leopold et les automates, danse pour instruments acoustiques et mécaniques divers: tout est dit de ces sons de boite à musique, de remontoir de moteur, environnement sonore ludique, humoristique à souhait La machinerie opère au doigt et à l'oeil, mécanique qui pourrait s'emballer si les cinq interprètes ne savaient maitriser les mécanismes et rythmes qui les animent. Les musiciens devant une console-piano veillent sur le berceau sonore, comme autant de bonnes fées, le piano très mélodique, le phonographe y mettent de leur pour cette fête foraine endiablée, joyeuse, nostalgique de quelque foire du Trône et femme bilboquet!Un duo violon et piano en contrepoint pour calmer les esprits!
"Membres fantômes", seconde partie, avec des oeuvres de Baba, Svendy, Noncarrow et Ligeti distille les citations classiques avec talent, ça dérape, ça piétine avec des va et vient sur les cordes en dérapage contrôlé sans cesse alimenté par une présence scénique, des éclairages spectaculaires pour des pièces qui s’enchaînent de façon naturelle.

"Ce soir je serai la plus belle pour aller danser", troisième partie de ce concert inédit, mûri de longue date, déploie les oeuvres de Noncarrow, Cendo, Saeger,Stroppa: piano mécanique en folie, reprenant des leitmotiv et citations connues,endiablé comme un boogie woogie pour dance floor fluorescent. En fond de scène, des lumières cubiques s'allument et s'éteignent en rythme sous les doigts magiciens du pianiste Latchoumia, démiurge de la vélocité magnétique des morceaux, des instruments dont il s'empare simultanément!Clavier traditionnel, clavier électrique et autres sources de sons mécaniques!
Accéléré démoniaque des cordes pour ces "mécanos" de la musique, horloger de la métrique, du temps, métronomes de la vitesse et des pauses, sans cesse animés de "mouvements" de déplacements, soigneusement mis en lumière et en scène.
 La musique en habit de lumière et ceinture dorée pour un bal distingué mais déjanté comme une locomotive lâchée dans le paysage, proche du déraillement, mais jamais ne perdant le cap!
On songe au "Mécano de la Générale" de Buster Keaton, à "La bête humaine" ou à un court métrage de Charlot "Les temps modernes",tant mécanisme des gestes et tempi, rejoignent l'écriture du septième art: vitesse, lumière, mouvement!Et le corps immergé dans les rouages infernaux du rythme et des machines.
Et la danse de s'y glisser, ajoutant l'espace, les circulations et divagations des sons parSsemés.
Au bal de "La guinguette de l'armée du chahut" il fait bon vivre! Puis une ambiance plus cosy s'installe, charmante, feutrée, dans ce cabinet de curiosités musicales, boutique à Ben, fantasque et lumineuse!
Des sons saturés absorbent l'espace et se déversent irrésistibles notes de joie et de bonheur: les grands magasins, y feraient sens, "au bonheur des messieurs" de jouer aux marchands, colporteurs de sons, facteurs de messages résonant aux yeux et aux oreilles, comme un théâtre de bienfaits, bien-faits!

"Que reste-t-il de nos amours" pour clore ce recueil de bonnes nouvelles, de "courts métrage" musicaux délicieux avec l'oeuvre de Aurier "Barbarie et coda": on y retrouve l'intitulé du concert: la barbarie consiste à prendre la place de l'autre, à conquérir le territoire et s'installer par des moyens pas toujours très "orthodoxes"
Alors, place à la machine, au piano mécanique à l'orgue, ogre de foire qui mord l'espace et joue tout seul, animé par moteur et dynamo!La "voiture" n'est pas loin avec sa mécanique d’antan, rouages et moteur au poing
Et toujours ce soin de la scénographie à dynamiter le spectacle de lumières, personnage à part entière, fée électricité à la Dufy, trop belle et cinétique à souhait.

Un spectacle total, enchanteur pour forain, bateleurs et autres manipulateurs d'images et de son, orgue de "barbare" en ligne de mire, cartons de musique et mécanique de l'aurore comme pour un "déus ex machina" populaire et enchanteur!

Au Point d'Eau dans le cadre du festival Musica le 2 Octobre

programme
Piano, synthétiseurs, orgue de barbarie  Wilhem Latchoumia Violon, nyckelharpa  Frédéric Aurier Violon  Julien Dieuregard Alto, vielle à roue  Julian Boutin Violoncelle  Luc Dedreuil RIM & ingénieur du son  Max Bruckert Scénographie et lumière  Hervé Frichet   

Marco Stroppa Nouvelle œuvre (2019) création mondiale  

 Noriko Baba Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   

Raphaël Cendo Nouvelle œuvre (2019) création mondiale 
  
Frédéric Aurier Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   

Albert Marcoeur Nouvelle œuvre (2019) création mondiale

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