mercredi 19 septembre 2018

"31 rue Vandenbranden":le van tourne pour Peeping Tom!




Encore un pari osé pour le Ballet de Lyon: convoquer les "Peeping Tom", Gabriela Carrizo et Franck Chartier: "transformer" le mythique 32 rue de Vandenbranden, en une autre avenue, celle des corps et des performances hors norme de ce "corps" de Ballet, cette "compagnie" dirigée par Yorgos Loukos .
Opération délicate que de transposer une oeuvre chorégraphique faite sur mesure pour les personnalités hautes en couleur du collectif Belge !

Et cela prend ! Comme un bon plat mijoté qui regorge de saveurs, de fragrances et de surprises.
D'emblée le décor séduit, très pictural à la Denis Hopper  cinématographique: du 16 neuvième, du grand écran large aux lumières tamisées. Au loin des montagnes, au front de scène deux mobiles homes, deux vans où se jouent les scènes de la vie à travers la lorgnette des ouvertures, fenêtres pour "voyeur", mise en abîme du cadre; celui de la boite noire, doublé du trou de serrure d'où surgissent personnages et visions absurdes. Un voyageur perdu échoue sur cette banquise isolée de tout, ventée par des zéphyrs ou aquilons, borée animés par Eole qui berce et défrise plus d'un étranger en quête d'oasis, de bivouac.
C'est l'hiver glacial qui mugit qui tétanise les corps emaillottés de peaux de bête, de fourrure ou en tenue de nuit ou de soirée, bien au chaud dans ces caravanes de nomades échouées, comme deux icebergs.
On songe à "L'iceberg", le film inénarrable, burlesque et absurde de Abel/ Gordon et l'on plonge dans l’Antarctique avec délice. C'est un jeu de rôle fin, dosé, savant, comique ou dramatique qui se déroule sous nos yeux, fascinés par la vélocité, la grâce et le jeu de ces danseurs comédiens, aguerris à tous les styles qui se glissent dans la peau de ces héros de pacotille. Une autre dimension du spectacle surgit alors, animée par des énergies, des profils différents d'interprètes. La danse y gagne en surprises, souplesse, performance et clins d’œil au langage classique. La patinoire devient une aire de jeu, ludique, joviale, enchantée par les prouesses des jeunes danseurs. Le vent mugit sans cesse, arrachant les parapluie des mains des protagonistes, la lumière change selon les crépuscules du soir ou du matin... C'est beau, pictural, émouvant, animé par des sentiments variés et convaincants. La narration va bon train pour celui qui se laisse glisser dans cet univers changeant, attirant, magnétique!
Histoires de maison, de lieu, topique des instants de vie uù la chasse est ouverte (duo étonnant où les couples meurent et ressuscitent). On est à l’affût des intrigues entre ces personnages versatiles, uniques en diable et quand quatre skieurs surgissent dans ce décor curieux c'est du Plonk et Replonk, animé par l'onirisme!Et quand la chanteuse Eurudike de Beul s'y met, c'est tendre, burlesque et très "vocal" ! Un superbe duo sur une musique des Pink Floyd donne la mesure de la technique très maîtrisée des danseurs, de leur adhésion aussi au style et à le griffe "Peeping Tom" qui signe ici une pièce phare qui fera date ! Un opus d'images superbes de paysages, de "home sweet mobile home", huit clos pour Quinze danseurs, savants ingrédients pour l'imagination des deux faiseurs de rêve....
Brise glace et autre instrument du froid pour nous réchauffer le cœur et la mémoire: une pièce de "répertoire" qui avait tout pour y échapper et qui fait mouche au panthéon de la mémoire vive du spectacle vivant: la passation opère aussi dans le "conservatoire", mausolée bien charnel et habité par des êtres dont le bien être et bien naître n'est pas du vent! Un patrimoine rare et précieux dans les annales des "restaurations" ou reconstitutions d'oeuvre chorégraphique revisitée selon les pointures qui s'y glissent! En grandes pompes !

A l 'Opéra de Lyon jusqu'au 15 Septembre

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