Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Après la mort
subite du souverain, son frère Claudius est monté sur le trône et a
épousé la reine Gertrude. Cette union précipitée écœure le prince
Hamlet. Une nuit, celui-ci reçoit la visite du spectre de son père qui
lui apprend que Claudius l’a empoisonné pour s’emparer du pouvoir. Cette
révélation fragilise Hamlet qui s’enferme dans de sombres pensées et
s’éloigne de sa fiancée Ophélie. Bien décidé à démasquer son oncle, il
fait présenter devant la cour une pièce rejouant l’empoisonnement du
roi, afin d’observer les réactions de l’usurpateur. La quête de
vengeance d’Hamlet emporte dans son sillage de nombreuses victimes,
parfois innocentes. Alors que la folie le guette, celui-ci s’interroge
sur le sens et la valeur même de l’existence – être ou ne pas être,
telle est la question.
La scène est sombre teintée d'obscurité qui dévoile peu à peu l'intérieur telle une geôle, d'un palais maléfique dont l'ordre est net et désigné par des personnages inquiétants: l'ambiance est tracée, le fond de l'intrigue sera noir et le sol peint de traces noires , grises et blanches augure du drame et de la future issue fatale du destin et d'Hamlet et d'Ophélie. La danse s'esquisse peu à peu à travers des duos sensibles, fluides aux portés lovés dans des boucles et volutes aériennes.Les personnages portent en eux une mouvance singulière rehaussée par un langage parfois haché, tétanique, découpé, scindé en de multiples segments. Une caractéristique du chorégraphe qui signe ici un opus audacieux et original. Comment sans les mots ni le texte de Shakespeare exprimer, traduire, communiquer les états d'âmes des protagonistes: en état de corps, chacun singulier qui identifie les personnages et leurs qualités gestuelles. Les danseurs du ballet s'y engouffrent à l'envi, maitrisant ce langage entre danse dite classique et le mimodrame, ici, discrète écriture des émotions.On y croise le roi, la reine et bien entendu Hamlet -Marin Delavaud,- et la lente évolution de ses sentiments qui iront jusqu'à la perversion et la vengeance. Le personnage n'est cependant pas le centre de ce pari audacieux; c'est Ophélie qui sera le nœud de la narration gestuelle et son rôle est majeur dans cette version unique pensée, sentie, voulue par le chorégraphe. Ophélie, délicieuse et radieuse Lara Wolter, gracieuse dans ses évolutions fébriles et pleine de douceur.En transmettant aux danseurs cette volonté de passer loin des clichés qui poursuivent cette oeuvre, Bryan Arias parvient à en donner une lecture directe, vivante et convaincante. Chacun des artiste y apportant son talent, sa technique irréprochable, son incarnation. Plusieurs scènes échappent cependant à la dramaturgie oppressante du tout: les trois comédiens, passeurs de fantaisie y font un numéro prestigieux et très démonstratifs de leur talent de virtuose:déboulés, diagonales de folie et tours sidérants! Le fou qui hante cet univers danse comme un lutin facétieux. Alors que les ensembles à l'unisson opèrent avec leur langage visuellement ancré dans la fluidité, les courbes, les portés très originaux , le tout épousant une variété de costumes oscillant entre le gris, le blanc, le noir et les contours très design. Cette production hors norme dans la lignée des chalenges de Bruno Bouché de confronter les genres et les époques, les disciplines, est bien dans la lignée de la découverte, de la rencontre entre artistes avec des univers à métamorphoser, à divertir de leur signification originelle. Pari gagné pour cette tentative fructueuse de déplacer les frontières.
Né à Porto Rico et élevé à New York, Bryan Arias a développé un style de danse contemporaine à la fois théâtral et onirique. Avec Hamlet, il signe pour le Ballet de l’OnR l’adaptation d’un grand classique de Shakespeare rarement investi par les chorégraphes.Tout en respectant l’intrigue de l’œuvre originale, il en renouvelle la portée en choisissant de la raconter du point de vue d’Ophélie, dans un univers élégant, mêlant des références de l’époque élisabéthaine au minimalisme contemporain. Pour mettre en musique ce sommet de la tragédie, Tanguy de Williencourt a construit un programme musical inédit, réunissant des œuvres évocatrices de Sibelius, Tchaïkovski et Chostakovitch, qu’il dirige à la tête de l’Orchestre national de Mulhouse.
Chorégraphie Bryan Arias Direction musicale Tanguy de Williencourt Assistante à la chorégraphie Alba Castillo Dramaturgie musicale Tanguy de Williencourt Dramaturgie Gregor Acuña-Pohl Costumes Bregje Van Balen Décors, lumières Lukas Marian Ballet de l'Opéra national du Rhin, Orchestre national de Mulhouse
Musiques de Jean Sibelius Piotr Ilitch Tchaïkovski Dmitri Chostakovitch Edvard Grieg
Ophélie:Lara Wolter
Prince Hamlet:Marin Delavaud
Reine Gertrude:Emmy Stoeri
Roi Claudius:Miguel Lopes
Roi Hamlet:Cauê Frias
Polonius:Pierre-Émile Lemieux-Venne
Horatio:Alice Pernão
Laërte:Afonso Nunes
A l'Opéra du Rhin jusqu'au 13 Février






















