mercredi 9 septembre 2026

"Que de poissons!": un récital qui fait mouche! Ca mord et ça fait une touche!

"La sardine" desnos/wiener

Un récital de bon thon
 Des poissons et des hommes, des sirènes bercées par Honegger, des grenouilles qui coassent au fond du jardin avec Satie...Et la maman des poissons n'a pas froid aux ouïes selon Boby Lapointe!

Des vrais poissons , carpe de Poulenc, brochet, sardines variés de Jean Wiener et Robert Desnos.Des crustacés sur la plage abandonnée , homard, crabes et autre écrevisses. Pour une bonne bouillabaisse de Fernandel pêchée par deux martins pêcheurs, l'un de Ravel, l'autre de Wiener. Après tout ceci, c'est un petit oiseau, un petit poisson de Juliette Gréco qui aura la bonne pêche ainsi qu'un pélican, une baleine et un dauphin pour prendre le relais dans la passe à poissons..Un bestiaire aquatique fabuleux vous attend.A vos cannes à pêche et hameçon pour que ça morde énormément. Venez comme "le poisson sans soucis" de Kosma en toute modestie sans faire la queue de poisson d'Avril..Comme des poissons dans l'eau..

A vos écoutilles : on chantera sans filet ni appât, sans arrête pour cette pêche miraculeuse.

christiane Jaeg

Chant Geneviève Charras  Piano Christian Vidal

Salle St Laurent Munsterhof 9 rue des Juifs Strasbourg 

Dimanche 18 Octobte 11H 

Entrée libre chapeau réservation: 06 51 77 85 95

jeudi 27 août 2026

"De la lutte au renouveau"la combatante Eliane Karakaya renforce ses troupes


 Lectures chorégraphiques

Dans le cadre du finissage de l 'exposition "De la lutte au renouveaut" l 'artiste peintre convie et convoque trois artistes complices

Le dimanche  27 septembte 16h paroisse St Marguerite Riquewhir

Conversations croisées entrelacs de lecturess,danse et chant en résonance avec une des thématiques de l'artiste peintre:le combat,la lutte entre lumière et obscurité,force et délicatesse des traits,des couleurs.

Lectrices et autrices Eliane Karakaya, Marie Christine Streicher ainsi que la charivarieuse Genevieve Charras seront de la fête. 


Cette dernière livre de libres digressions,diversions  et interprétations des peintures exposées  au Temple Sainte Marguerite de Riquewhir

Chant et danses improvisées au cœur d une déambulation visite déglinguée de l exposition



Le dimanche 27 septembre 16h


mercredi 26 août 2026

"Tailles de guêpes papetières" à Lavilla EDA Climbach : performance froissée dimanche 6 SEPTEMBRE 17H

 


Pour la réouverture de l'exposition internationale Papier Kultour a Climbach à Lavilla EDA se tiendra une performance aux allures d'insecte à taille de guêpe papetière nichant au coeur de l'exposition par G.C. Charivarieuse
 Le temps d'une récolte de papiers mâchés, chantés, dansés comme un léporello ou un origami de circonstance: en mouvements. Le pli du papier suspendu en caliquot par le souffle du trait, le papier à cigarette devenu matrice d'encre,le papier de Chine, mâché, digéré en empreintes indélébiles...
La danse se fond et se pose dans ce joyeux festival de papier transfiguré. 


Dans le cadre de l'exposition Entfalten Papier Kultour Pfalz Alsace a l'invitation de la galerie Lavilla EDA à Climbach, performance de Geneviève Charras charivarieuse sur le papier froissé, mâché, dansé, chanté! En regard des œuvres de Eva Linder, Maximilien Filipowski, Franz Schaaf.

Costume Eva Linder pour une métamorphose papetière 

Le dimanche 6 Septembre 17H à l'occasion de la réouverture de saison de la galerie.

Lavilla EDA à Climbach 

"Olé! Flammes and C°" à la Case à Preuschdorf les 29 et 30 AOUT 15H

 


Dans le cadre des week end vintage proposés par Miriam Schwamm, la "patronne" de la Case à Preuschdorf, Geneviève Charras expose une partie de sa collection d'objets sur la danse dans la cave.


Sur le thème du flamenco, la collection sort de sa réserve et s'expose: objets animés par les couleurs, les formes et une scénographie originale. Une caverne d'Ali Baba d'une Carmen en goguette ou désérence à Preuschdorf


Ce bel édifice d'objets sera animé par la charivarieuse, Arlésienne G.C. sur des airs d'Habanera de Ravel ou Bizet , des vocalises déstructurées et des gestes flamenca issus de la danse buto ou du Qui gong. Claquettes ou craquettements de bec de cigognes qui ne migrent plus et restent au chaud à Preuschdorf... Et des frou-frou proches du french-cancan, des espagnolades bien pesées et pensées sur le bord du comptoir à Séville !


Le samedi 29 et le Dimanche 30 AOUT à 15H

La Case à Preuschdorf 37 rue des Voyageurs

Dans le cadre des week end vintage! 

lundi 24 août 2026

"Hériter des brumes":la saga Pottecher fait son feulleton : la sagrada familia s'impose!

 


Sous le charme d'un hêtre bien vivant

« Allez donc ! Vivez, entreprenez, affirmez ! Trompez-vous quelquefois, soyez hardis, présomptueux, injustes même pour vos devanciers. L’essentiel n’est-il pas de croire qu’on peut bien faire quand on veut faire bien ? »
Maurice Pottecher, Paroles d'un père

Hériter des brumes, c’est l’histoire d’une troupe de théâtre, composée d’acteurices et d’auteurices d’aujourd’hui, qui tentent de reconstituer l’aventure du Théâtre du Peuple, cent trente ans après sa création. C’est un feuilleton théâtral, en six épisodes. C’est une quête pour essayer de comprendre ce qu’est une utopie et ce que peut l’utopie, pour nous, aujourd’hui. Il y a dedans beaucoup d’amitiés et de passions, des fantômes, deux guerres mondiales, le village de Bussang, des histoires d’amour, des histoires de famille, d’innombrables crises, d’innombrables réconciliations, des arbres, des paysages... et des spectacles, beaucoup de spectacles.

Le texte, né de la commande de Julie Delille, sera joué par huit acteurices, dans une distribution mêlant professionnel·les et amateurices. Comme un point de rencontre, de réunion, entre l’héritage et le présent. Il s’agira d’une expérience que nous espérons aussi singulière que ce lieu qui nous accueille : un théâtre qui ne cherche pas à mettre son paysage au-dehors, à en faire un décor mais qui se mêle à lui, qui retrouve sa place : un élément du grand tout. Pour que des frissons anciens se mêlent aux énergies nouvelles, il ne nous reste qu’à jubiler ensemble !


Comment conter l'épopée du Théâtre du Peuple sans lasser,sans omettre tous les tenants et aboutissants d 'une aventure théâtrale unique et resplendissante? En six épisodes rocambolesques et tonitruants signés des deux artistes associés à la nouvelle équipe fédérée autour de Julie Delille, Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi.Pari audacieux et tenu pour un voyage dans le temps et les multiples aspects d'un esprit,d'une direction artistique entre tradition et modernité, répertoire et créations.Un travail titanesque et gigantesque servi par une mise en espace transformée depuis les ébauches de l'édition 2025 :des plus sobre et dépouillée à une mise en scène dans le grand théâtre mythique  signée Julie,la maîtresse des lieux de cette renouée bucolique.Ancestrale et contemporaine à souhait. Héritage, passation raisonnée de toute la vie d'un peuple campagnard et ouvrier dédiée à l'art du théâtre vivant amateur. Tout démarre aux prémices de l'aventure, dans les salons parisiens où Maurice Pottecher et sa femme Camille abordent le monde de l'art et du théâtre.Belle caricature des us et coutumes du milieu mondain de l'époque où critiques, auteurs et comédiennes célèbres se questionnent sur le terme "théâtre populaire"!C'est quoi le "peuple", cette masse informe et inculte envers laquelle il faudrait être familier, fédérateur et éducateur?Belle image de cette société en devenir qui s'interroge sur elle-même malgré elle au contact d'autres populations. La vie se déroule, audacieuse et passionnée, les protagonistes de ce fameux et prometteur théâtre populaire s'ingéniant à trouver les ressources financières de ce projet utopique: ce sera donc une histoire de famille, mécène et soutient de cette aventureuse désormais fabuleuse! Autant les parents Pottecher que les entrepreneurs locaux de la construction en bois.La saga se profile qui durera les plus de 130 ans de vie de fous, de volontaires bénévoles de ce théâtre de proximité inégalé.Théâtre de fortune? Pas vraiment fortuné, de plus en plus soutenu par le périmètre du terroir, les habitants, les familles d'entrepreneurs locaux qui s'investissent. Les huit comédiens qui honorent cette épopée rocambolesque autant que très sérieuse sont extraordinaires: on remarque Axel Godard et Antoine Sastre dans leurs multiples rôles à facettes et ceux qui ne sont "pas professionnels" mais qui brûlent les planches comme pas permis. Les parties 1/2/3/4 se dégustent dans la temporalité, deux séquences de deux heurs, interrompues par deux pauses déjeuner et gouter et l'on s'y atèle avec joie et enthousiasme comme les très nombreux spectateurs de cette folle journée intense en émotions, rebondissements, parfois à la Molière et tout va bon train. On parcourt le temps, les guerres qui mettent obstacles et sourdine aux pièces de théâtre, on côtoie autant Maurice Pottecher et sa femme volontaire et talentueuse que les autres personnages multiples et enchanteurs de ce parcours hors norme dans le temps... Et la musique de Julien Lepreux de moduler de façon infime et très présente ces ambiances, atmosphères et univers si singuliers. Une émotion musicale subtile et concentrée s'en dégage qui accompagne les péripéties, les silences merveilleux de tous les six chapitres.Le grand hêtre veille au grain et protège cette tribu étonnante comme un protecteur bienveillant plus que centenaire. Ces "héritiers des brumes" portent en eux la foi et la pugnacité d'une horde sage et audacieuse qui maintient le cap coute que coute malgré les tempêtes affectives, historiques, économiques.



La mise en scène de Julie Delille orchestre cette odyssée humaine avec délicatesse, fougue et mouvements perpétuels, justes et appropriés aux événements; scène de groupe tonitruantes autant que jeu de solitude et de perplexité des uns et des autres. L'ambiance submerge, emporte, ébranle, émeut parfois aux larmes et ceci est rare et profondément humain: du Théâtre extrême et judicieux, discret et respectueux à l'image de la personnalité de Julie Delille. De l'audace, il y en a dans ce roman fleuve qui déborde de son lit pour irriguer nos fantasmes et nos imaginaires aussi. On se sent libre dans cette écriture, cette dramaturgie qui jamais ne prend en otage ni n’asphyxie.Un vrai cadeau pour le spectateur sur la sellette, dans l'attente et l'euphorie de la découverte de cette petite histoire dans la grande histoire...


Les deux derniers épisodes de cette série à rebondissements évoquent des chapitres délicats :ceux de la mue ou mutation du projet du couple fondateur et légendaire des Pottecher et de la suite débridée des multiples directions artistiques de ce lieu mythique..Servie par huit comédiens hors pair dont Axel Godard qui excelle dans les modulations de rôle surtout celui de Pierre Richard Willm .Une audace corporelle incroyable teintée de délicatesse et de nostalgie surprenante.Son évanouissement spectral par dessus la forêt est un morceau de bravoure sans égal.Disparition d 'un personnage phare qui savoure son impact..Un acteur est né, plein de charme, de conviction, incarnant un tout vieil homme déçu, désemparé, autant qu'un fringuant metteur en scène ambitieux et volage...Le visage éclairé par une mèche de cheveux en boucle, le corps empreint de sensations et d'une sensibilité dansante médusante.

Sans parler de ses compères, professionnels ou pas, la différence est invisible, tous investis par ce projet fou et passionnant. Antoine Sastre en passeur révolté, magnifique personnage que ce Tibor désenchanté!


Benjamin Pourchet à 20 ans fait des prouesses et augure d'une belle carrière: son "Jean Pottecher" protecteur des fourmis est une merveille d'authenticité, de sobriété autant que d'enthousiasme de jeunesse. Quant à Raphaelle de La Bouillerie, son jeu plein de verve, de conviction, sa Camille traverse les décennies avec une savante étude des attitudes, vocabulaire et petits détails croustillants qui en font la figure de lance féminine de cette épopée picaresque et bucolique!Monique Cordella campe une comptable, maitresse des lieux inénarrable et comique pince sans rire alors que Quentin Dupetit fait ses mutations-métamorphoses de rôle avec inventivité et versatilité. Charlotte Gérard est à fond et rivalise avec ses pairs dont Jennifer Halter qui prend les lieux magiques du Théâtre du Peuple avec passion et audace.

Et l'on songe avec émotion et empathie à cette  l'intégrale de cet "hériter de la brume" en compagnie de ces "héritiers" bien vivants d'un théâtre populaire, reliant les uns aux autres sur un territoire loin d'être vierge d'expériences de cette communauté singulière de la scène.Toujours auréolés de l'ambiance sonre signée Julien Lepreux, le compagnon de route sonore et sensible en toute sobre ébriété musicale.

 A Bussang jusqu'au 30 Aout 2026

 

« Regarde, Pierre. Le fond de vallée se couvre. Le soleil paresseux change de couleur sur le toit des maisons. Les Vosgiens se couchent tôt. Nous, nous marchons encore. Les arbres nous bouchaient la vue jusqu’à maintenant et à chaque fois qu’on s’enfonçait dans la forêt, j’avais peur de me perdre, mais j’étais heureux que tu marches avec moi, Pierre, enfin tranquilles, là, et les arbres qui eux savent murmurer pour nous donner la paix. Il y a tellement de monde qui passe tous les jours au théâtre en été. Le monde des hommes est bruyant. Le fond de vallée n’est pas habitué. Le fond de vallée ne demande qu’une chose, j’ai l’impression. Qu’on l’aime en silence, mais qu’on l’aime tout de même. Je t’aime, fond de vallée, que la brume console ! » 
Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi, Hériter des brumes, 
épisode 2 "Grandir"

 

Générique

texte Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi
mise en scène Julie Delille
dramaturgie Alix Fournier-Pittaluga
scénographie et costumes Clémence Delille
création musicale Julien Lepreux
création lumière Elsa Revol
assistanat mise en scène Sandrine Pirès
assistanat scénographie et costumes Élise Villatte
régie générale Fernando Rodrigues-Millos

avec Raphaëlle de La Bouillerie, Axel Godard, Antoine Sastre, et 5 comédien·nes amateurices : Monique Cordella, Quentin Dupetit, Charlotte Gérard, Jennifer Halter, Benjamin Pourchet et des figurant·es de l’atelier du mercrediMonique Cordella, Quentin Dupetit, Charlotte Gérard, Jennifer Halter, Benjamin Pourchet

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dimanche 23 août 2026

Rufus nous donne la Beckett et nous pompe l'air en cleps'hydre amère

 


"Je sens mes larmes qui rigolent" Carte blanche à Rufus_sur un air de Samuel Beckett, le vendredi 21 août à 20h (1h30 - tout public).
Suite au report de "l'Après-midi d'un faune" et "Prélude de Pan", le comédien et auteur Rufus nous fait le cadeau de son nouveau spectacle lors de cette Ephémère. 
 

Il nous appâte, nous titille, nous enjolive, nous mène en bateau ce bougre de soliloqueur vagabond de pacotille qui émerveille toujours par la poésie de ses propos, de son accoutrement d'épouvantail à moineau, à sorbier des oiseleurs. Rufus c'est la starlette des planches qui ne les brûle jamais par respect du bois et de ses ancêtres. Ici c'est le grand hêtre qui cache la foret qui le protège incognito et berce sa prose de bienfaits élogieux. Modeste bonhomme au bagout infernal, le voici seul sur le plateau nu du Théâtre du Peuple de Bussang, poussé par les circonstances et rayonnant de bonheur à l'idée de s'emparer de cette scène mythique pour lui tout seul. Beckett, on l'attendra tous plus d'une heure durant à coup de marges, de didascalies, de citations, de jeux de mots et virelangues, de calembours à tu-tête. Et toujours beaucoup d'écarts, de parenthèses, d’enluminures dans ce texte qu'il semble improviser autant qu'habiter de longue date. Rufus nous promet la lune, nous parle d'utopie et toujours pas d'extraits de textes à nous confier. Mais point là n'est son intention. Il évoque la genèse de son amour de cet auteur que beaucoup ont interprété de façon malheureuse, triste ou désespérée alors que lui, Rufus jubile et souhaiterait nous faire rire et sourire par l'évocation de ses récits, histoires absurdes et pleine de vie.Son rêve serait de nous proposer pour la saison estivale prochaine un vrai "numéro de clown" à la Beckett à sa façon pour Bussang et sa patronne Julie Delille. Car c'est une histoire de complicité qui nait et se concrétise d'un coup, pour nous, uniquement ce soir: un événement intime et public à la gloire des Pottecher et de leur histoire. Sa présence n'est pas innocente ni incongrue, elle semble naturelle et limpide.Elle sera historique et marque un pas vers une création future, proche. Il nous agite la cervelle par son audace, nous agace par ses circonvolutions narratives, ses ronds de gambettes face aux conventions du solo. Son visage est celui de toujours, émacié, plein de charme, les yeux au ciel, rêveur, ravi de la crèche.

Rufus, c'est aussi ce cruciverbiste en herbe qui joue avec les sons, s'amuse à brouiller les pistes et troubler l'ordre établi en gentil anarchiste poète. Il est à l'aise et confie ses hésitations, ses doutes, autant que quelques vérités vraies sur le monde aqueux, sur les clepsydres qui deviennent chiens, sur les personnages de Beckett qui deviennent Pod'sob et autres mots du langage commun. Les personnages les plus célèbres de Samuel Beckett proviennent de ses pièces et de ses romans. Fin de Partie, En attendant Godot....  Sa muse c'est le théâtre, c'est à Bussang qu'il se livre en toute liberté avec humour, malice et beaucoup de distanciation. Il nous promet un texte inédit pour l'an prochain: leurre ou réalité? En attendant, on lui fait confiance dans le trouble que sème ce trublion bienvenu en ces temps qui courent...L'innommable Rufus fera-il les beaux jours de tous ceux qui tombent avec cette dernière bande de comédiens fabuleux de Bussang?
 
Au Théâtre du Peuple Bussang le 21 AOUT

dimanche 19 juillet 2026

Le chaos et l'émeute au Festival D'Avignon: tg STAN et Julien Gosselin en déferlantes expressions scéniques

Deux spectacles hors norme, l'un magistral leçon de scénographie au coeur de la Cour d'Honneur du Palais des Papes, le "Maldoror " de Julien Gosselin, l'autre le très artisanal "1, 2,3" Poquelin du collectif tg STAN. Deux épopées distantes qui se rejoignent dans le chaos, l'extrême sophistication autant que la sobriété. Aux antipodes et pourtant le second au coeur lui aussi d'un écrin hors pair, la célèbre Carrière de Boulbon


"Maldoror" de Julien Gosselin

D'après Roberto Bolano et Lautréamont, Julien Gosselin interroge notre monde et notre attitude et engagement de spectateur-acteur. Incroyable tableau de l'Amérique Latine des années 70 ce spectacle gigantesque s'ancre dans l'horreur et le mal absolu des personnages et de leurs écrits totalitaires.Sur scène, constamment filmés par des cadreurs de génie en live, les comédiens prouvent ici que la simultanéité des images sur écran et du jeu théâtral en direct, grandeur nature est possible. La performance dure plus de six heurs jusqu'à potron minet sans qu'on s'en lasse ni ne décroche. Grâce à ce va et vient des regards entre scène et écran, grâce à l'illusion d'y participer lors du premier entracte. Le public est invité à boire un verre sur scène, canicule oblige ou invitation réelle participative. On comprend vite que la déambulation n'est pas celle d'une récréation au bar, mais la présence interactive avec les comédiens que l'on frôle et qui continuent à jouer alors que les cadreurs fendent la foule pour pénétrer les espaces. Ceci dans un dispositif scénographique solide et magistralement inventif, des espaces de jeu comme des pièces d'appartement, des cellules d'interrogatoires, des lieux de vie conviviaux. Le trouble est semé, le leurre s'installe. Quelle est la position du spectateur dans cet entrelacs d'images, de jeu en direct ou de simple place assise sur les gradins traditionnels?


On a le choix et l'on s'y complait aisément. On perd ses repères alors que les comédiens tiennent le plateau, fervents détracteurs de textes adaptés, maitrisés, hurlés, vécus comme peu savent le faire. La belle équipe que cette troupe fédérée pour l'occasion, pour ce marathon sonore et visuel géant, incroyable et plein d'audace. Le plateau investi comme rarement par une mise en espace, en abime remarquable, inégalée. On en ressort grandi, éclairés par la démence des écrits ou attitudes de tortionnaires fascistes méconnus de la Grande histoire. Gosselin excelle dans ce gigantisme unique et singulier que seul un festival sait créer, commander et faire vivre.

A la Cour d'Honneur du Palais des Papes jusqu'au 12 Juillet 


"1,2,3 Poquelin" du groupe tg STAN 

En avant pour du Molière et que du Molière. Jean Baptiste Poquelin aux anges plane au dessus de la Carrière de Boulbon et se régale du jeu de ce collectif belge amoureux de sa langue. Plus de quatre heures durant du crépuscule du soir à la nuit bien entamée les huit comédiens s'échinent avec verve, talent et une énergie sans faille à faire vivre des personnages qui n'ont rien à envier à ceux de notre temps. Revisitant le répertoire ce collectif bouillonnant de démocratie constructive explose les frontières entre les textes des pièces de référence et brule les planches de tréteaux au coeur de la carrière. Un spectacle rutilant, plein d'énergie débordante, de verve où les acteurs endossent moultes rôles, changent de costumes à vue et se fraie un chemin parmi le public disposé en tri frontal autour d'eux. C'est dire si l'ambiance est joyeuse, grave ou truculente et si les échanges fusent entre public et interprètes.C'est un empire que l'oeuvre de Molière et ils y sont fort à l'aise ces artistes de grande envergure et de beaucoup de modestie. La farce est reine, la vérité sociale cruelle, l'humaine condition férocement éprouvée et campée par un jeu d'acteur entier, authentique plein de verve et d'authenticité On assiste à une fête collective, chaotique et débordante en pleine sobre ébriété et ravissante Chacun y met du sien, du chien et de la passion communicative et salvatrice Molière se régalerait de cette résurrection païenne de son oeuvre rythmée comme des salves lancées et rattrapées en plein vol dans un exercice théâtral de haute voltige avec trois fois rien! 1, 2 , 3 soleil et l'on joue et gagne au jeu de l'avarice, de la médecine ou autre facétie humaine avec empathie collective et simplicité d'accès remarquable.Du théâtre sans coulisses où tout le monde fait tout, de la machinerie à l'écriture, du jeu à la dramaturgie : on rêve éveillé au bon vieux temps bien de notre époque où les langues se délient et s'insurgent dans une poésie et avec une ferveur inégalée.

A la Carrière de Boulbon jusqu'au 25 Juillet 

 


Solos magnétiques au 80 ème Festival d'Avignon..Valérie Dréville, Johann Le Guillerm aux sommets du possible.

 Seuls sur scène mais entourés par des accessoires ou des images, Valérie Dréville et Johann Le Guillerm atteignent des sommets de virtuosité ou de délicatesse.


"Terces" de Johann Le Guillerm

A la perfection, nul n'est tenu. Cependant certains démiurges semblent échapper à cette loi improbable en franchissant les limites du possible. Sous le grand chapiteau de Avignon en Scène à Villeneuve on retrouve le prestidigitateur des objets insolites, Johann Le Guillerm avec émotion, impatience, attention. Terces, c'est "labourer pour la troisième fois" un spectacle créé en 2003 qui a grandi, évolué et pris du poil de la bête. De la maturité certes, mais toujours de l'audace, du danger, du risque encouru par un artiste hors pair, farouche, sauvage personnage magnétique qui dès son apparition au coeur de l'arène, fascine, intrigue, dérange aussi. Dompteur d'objets insolites, "inutiles" fabriqués de toutes pièces par son génie à la Léonard de Vinci Le Guillerm sonde les strates de ses secrets de fabrication et s'en sert pour créer suspense, intrigue, le tout maintenant le spectateur en apnée, en état de sidération permanent .Avec ce magicien insolite, vêtu d'un salopette gainée d'un corset dévoilant dos et épaules, revêtu d'un manteau de parade, c'est à des instants suspendus que l'on assiste. Les mécaniques s'emballent, les machines inventent des déséquilibres instables, les rouages de toute cette "écurie" fantasque s'animent comme des objets pensants, bougeant au gré des impacts du corps engagé de l'artiste. Ce glossaire inventé de toute pièce tient en haleine et les visions qu'il engendre créent du rêve, de l'utopie, de la science fiction proche et vivante. Mikado de poutres de bois, cabanes architecturées comme pour de la survie précaire et possible, autant d'objets indescriptibles qui tentent d'inventer un autre monde auquel le corps serait confronté. Ou moteur de gestes, d'attitudes ou de postures inconnues. Sisyphe et son rocher veillent au grain dans cette machinerie infernale, poétique ou tragique selon le point de vue de celui qui regarde se dérouler ces "numéros de cirque" d'un nouveau genre qui à présent reflète l'art physique, rythmique de cet OVNI spectaculaire. Le Guillerm en partenaire de toutes ces créatures dociles qui répondent par l'affirmative à toutes ses sollicitations ou propositions de déplacements, de fuite,. Course ou poursuites contre le temps, l'art de Le Guillerm n'a pas cessé d'interroger la gravité, la gravitation des corps dans l'espace. Maitre à danser, il figure aujourd'hui l'art perturbateur de l'autorité de l'homme sur les choses, la nature, les matériaux, les formes. Pour créer des univers changeants, des ambiances et atmosphères de toute beauté. Énergie et concentration comme credo, image, signature de marque. Un voisin de Bartabas ou de Bejart, ces fameux parrains démiurges du spectacle vivant. Terra incognita, secret de ce qui déstabilise sur cette surface de réparation agraire intouchable, inaccessible aux machines agricoles démesurées. Un terrain, un terroir d'exception à préserver comme un laboratoire, conservatoire vivant d'espèces en voie de disparition Panamarenko, l'homme volant de la création architecturale plasticienne ne renierait pas ce chantier ouvert de la création en apesanteur constante. Mais avec tous les appuis, les ancrages d'un corps en lutte, combat ou osmose avec la matière.

A Villeneuse jusqu'au 20 Juillet festival Villeneuve en scène 


"Thésée, sa vie nouvelle" de Guy Cassiers et Valérie Dréville

D'après le roman de Camille de Tolédo

Guy Cassiers porte sur scène Valérie Dréville dans une adaptation orale et visuelle d'une extrême richesse pour les sens en éveil: l’ouïe et la vue comme vecteurs et transformateurs de la narration, du récit inédit de l'autrice. La voix de l'actrice est à peine audible, douce, pesée, confidentielle au démarrage de l'opus et l'attention extrême est d'emblée convoquée pour apprécier les sonorités de la langue, le secret des histoires qui se dévoilent dans un récit qui avance sans cesse. Doublée d'images vidéographiques denses, fortes et d'une captation augmentée de l'actrice par une caméra en live, cette fiction-réalité touche et disturbe les repères temporels. Cette femme interprète, s'adonne au jeu du double, des différentes facettes de son personnage grâce au jeu des images projetées qui la traquent, la surdimentionnent. Au sol des images peintes ou des graffitis comme des confettis d'icônes multiples soignent une scénographie sans gravité qui semble plane dans l'univers. Pas de plancher ni de surface où s'enraciner dans les évocations du passé et du héros Thésée aux prises avec un destin périlleux.


La parole se délivre plus imposante et fait face au public toujours dans une grande intimité. Sédative atmosphère hypnotique qui berce dans une sorte de confort intimiste remarquable. Le corps de la comédienne en immersion avec le travail magique de Bram Delafonteyne, expert en construction d'imagerie vidéo, de structuration de l'espace autant au sol que sur l'écran en fond de scène.

Le bruissement des couleurs, des lumière et autant de fragments, de découpe et selon un savant montage rythmique du déroulement et de la succession des images enregistrées. Images sorties tout droit d'archives, du passé où corps et graphies se confondent, s'entrelacent à l'envi. Valérie Dréville, discrète et magnétique vibre et sonde les abysses de ce texte profond que l'on écoute suspendu à ses lèvres, en corps à corps avec sa voix, ses attitudes et postures chorégraphies sereines. Un opus rarissime au doigté fragile et distingué pour un voyage-paysage au long court, la durée de ce "Thésée"pris dans le labyrinthe de la mémoire. Toutes les images s’additionnent, se superposent à foison dans une sorte de vitrail mouvant aux contours marqués par les frontières graphiques de l'assemblage. Un alliage iconographique resplendissant de lumières et de musicalité rythmique saisissant.

A l'Autre Scène du Grand Avignon Vedène au festival d'Avignon 

Avignon Festival IN: des duos incontournables: François et Christian Grémaud, Isabelle Huppert et Hueyoung Lee


 "Mon frère" de François Gremaud

Sourds-doués sans malentendus.

On le connait pour ces fresques sur les grands prénoms mythiques du ballet ou de la mythologie, "Giselle", "Carmen" ou "Phèdre". Ici cest de son frère Christian dont il sera question, son alter-égo de toute sa vie, son complice, son compère, sa passion, son amour fraternel. Christian est malentendant, sourd et sa vie durant, affronte le monde social, affectif, politique de front;Et non sans mal, coups et blessures. Son frère décide alors de conter la vie d'un homme simple, en révolte sur le seuil de moultes expériences humaines, médicales et surtout verbales, loquaces.Ne pas entendre, c'est ne pas parler et c'est devoir s’insérer malgré tout dans le monde affolé des relations sociales pas toujours bienveillantes aux regards et aux yeux de certains. L'auteur-comédien François Gremaud s'empare de ce sujet, de son frère pour évoquer cet endroit, ce lieu, ce corps qui vit et existe malgré toutes les agressions, les malentendus face à la revendication d'une simple existence parmi les autres. Christian n'est pas comédien mais sur scène, convoqué sans fard par son mentor, il est solaire, brillant, malin, perspicace et volontaire: comme dans la vraie vie. Il s'exprime par le langage des signes, cette grammaire, ce glossaire subtil et très complet qui tend à inventer une gestuelle non pas mimétique, mais rythmique, visuelle, tonique. C'est de la danse avant toute chose entre les mains, les bras, les regards de Christian qui tient tête, fier, altier, noble et plein d'humour sur sa condition. Il raconte son odysée, épopée abracadabrantesque dans le monde du travail, les associations porteuses de bonnes nouvelles ou de recette pour "guérir", soigner, forcer à parler, appareiller ceux qui n'entendent pas. Une galère, une panique quotidienne pour cet homme indépendant qui ne "souffre" pas d'un handicap mais souhaite au jour le jour exister avec cette épreuve à surmonter. Ou tout simplement vivre auprès d'êtres humains doués de paroles et d'audition naturelle. François lui écrit, lui dédit un texte qu'il nous raconte de vive voix, alors que son frère signe ses propos. La parole, le geste alternent, se chevauchent, s’additionnent, se catapultent et l'on nage dans un bain de jouvence visuel, audible, tactile aussi car tous les sens semblent convoquées ici. On persiste et signe à entendre, écouter, regarder ce duo de charme ou de rébellion, cette paire de confrères siamois ou jumeaux, reliés par l'amour, le respect, la compréhension: jamais par l'effort ou la contrainte. Et la magie opère savoureuse drôle ou dramatique selon les instants évoqués de la vie de Christian. Etre sur scène n'est ni revanche, ni pied de nez aux institutions ou soignantes et savantes réparations médicales. Le langage des signes est naturel et fait le bonheur de Christian qui sourit ou s'affole, se rebelle , s'insurge mais toujours se soulève avec passion, grâce et détermination. Et la danse de sourdre de ce dialogue de "sourds" au monde du dédain, du mépris ou de l'indifférence. Prendre en compte, estimer, valoriser, considérer l'autre sera leur crédo autant d'auteur que de comédien. La danse a toujours flirter avec un certain "mimétisme corporel" du mime au mimodrame sans pour autant être muette.Philippe Decouflé, Pascale Houbin, les premiers à se préoccuper des affinités sélectives entre danse et langage des signes....Voir "le petit bal perdu" de Decouflé, oeuvre art-video-danse incontournable. Alors ce couple, ce binôme nous devient familier et l'on quitte les frères Gremaud fort d'une expérience et d'une sensibilisation humaine à une condition pas toujours facile à assumer. Avec joie et respect, écoute peut-être un peu différente du monde du silence. Bavards et prolixes, enthousiastes et loquaces à leur façon, les frères Gremaud seront les ambassadeurs d'une cause humaine de tout premier ordre. Qu'on se le dise...en langue des signes!A l'audition du monde.

A la Chartreuse de Villeneuve les Avignon le 13 Juillet 

Autre duo insolite et exceptionnel


"Oiseau" de Han Kang et Julie Deliquet 

C'est un événement unique, deux soirées de suite dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes

Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee tiennent l'immense scène deux heures durant pour une lecture inédite, commande Tiago Rodrigues à l'occasion de cette édition du festival consacré à la Corée: sa langue, ses écrivains, ces artistes trop méconnus.

A deux sur l'immense plateau, voilà les deux actrices, conteuses, diseuses, lectrices: ce qui n'est pas un simple exercice: lire, jouer, interpréter, anticiper le récit jusqu'à le connaitre par coeur pratiquement. Un duo inébranlable, solide comme un roc, fascinant autant que sobre et convaincant. Chacune nous tient en haleine dans ce récit passionnant en tout point sur la vie de Gyeongha, l'ami de Inseon,  qui vit sur l'île de Jeju. On se familiarise avec la vie de ses deux correspondantes à distance lors d'un appel à l'aide de l'une envers l'autre. Et l'aventure humaine bat son plein dans une narration tendue, fleurie de paysages, de mondes, attentionnée par le rythme, la diction, la présence de ses deux femmes sur le plateau devant leur pupitres. De blanc vêtue en toute sobriété cette lecture performance tantôt légère, tantôt grave dans les propos se déroule sans faille, ponctuée de silences, de suspens. Un duo de coeur et d'esprit très physique qui porte les intrigues ou le simple récit dans une navigation au long court fabuleuses. Les mots, les paroles bercent l'atmosphère spatio-temporelle de cet espace mythique comme une petite cérémonie partagée, un rituel de rencontres, de ricochets ou d’écho que la Muse Echo en serait honorée. Isabelle Huppert, frêle silhouette puissante et belle, sa compagne plus retirée font un chant choral à l'unisson de l'humanité. Avec ses "Impossibles adieux" Han Kang et Julie Deliquet dévoile une partie de l'histoire de la Corée vue des paroles et des sensations de ceux et celles qui ont vécu la tragédie de Jeju. Encore ignorée, méconnue ici magnifiée et rendue au grand jour par un quatuor de musique, de paroles de chambre aux cordes sensibles, intimistes mais portée haut et fort aux oreilles du monde. Merci au Théâtre de jouer son rôle de phare, de gyrophares , alerte sur le qui-vive du monde.

Dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes les 14 et 15 Juillet 

samedi 18 juillet 2026

A la Scierie, Tiers-Lieu et au Théâtre Golovine la danse prend ses quartiers à Avignon

 On a déjà chroniqué sur les spectacles de Fabrice Ramalingom et Catherine Dreyfus à la Scierie, voici encore 


"Une pédagogie du conflit" de Mathieu Desseigne-Ravel et Lucien Reynes de Naif Production

Deux danseurs piqués, plantés sur des enceintes nous accueillent de leurs facéties et évolutions comiques: d'emblée la glace est brisée avec le public qui va assister à des numéros de voltige dansée, de cirque détourné sans faille ni falbalas, sans grandiloquence mais avec tac, charme et enthousiasme!Ils sont complices et compères, de mèche et endiablés, plein de sursauts et de rebonds, d'inventivité.Une relation aussi bien de conflit que de fraternité emballe le propos des danseurs dans leur plus simple apparei, rayonnant comme des soleils dans un paysage dénudé. Stratégies d'approche, de rejets, rencontre ou animosité, ces pourfendeurs d'humanité tracent et signent des parcours ambitieux dans l'espace. Détournant la pratique de Jiu-jitsu, les voilà brésilien d'adoption dans cet "art suave" distingué, maitrisé, acrobatique. De quoi enchanter et ravir les fans de tonus, d'énergie partagée dans une bonne humeur contagieuse pleine de bonnes ondes. La danse au front pour une bataille rangée de circonstance dans un monde chaotique à déconstruire sans cesse pour le bonheur de rebâtir des rêves et des châteaux de cartes en déséquilibre circassien

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 19 Juillet  

Chez Golovine, c'est la tradition DANSE et ses héritiers légitimes pour brosser une programmation éclectique, dense et foisonnante


"50 ans, présente" 

Seule en scène, théâtrale et chorégraphique est le label "maison" qui invite une OVNI de la bande à présenter sa production de l'année. Alors au tour de Carine Carmin et Mohamed Guellati de présenter cet hommage aux danseuses "âgées" de 50 ans, à toutes les femmes dignes de ce passage périlleux, côté social et professionnel, côté performances physiques sur la voie de la déconfiture et du reclassement.

C'est Carine Kermin qui s'y colle avec culot, audace et véracité dans son propre rôle de femme mûre acculée par la société à se considérer comme appât pour les examens de santé de circonstance: c'est c'est par le test fatal de dépistage colorectal que tout commence: on hurle de rire de ce détournement humoristique qui stigmatise et renvoie au vieillissement et à l'usure du corps. Mais il n'y a pas que cela et notre danseuse-performeuse a de la répartie et du ressort pour résister à l'oppression médicale et à ces travers. Elle vaincra par son énergie débordante, par sa foi en l'amour qui maintient et transporte les corps pour les magnifier même dans leur ineffable et future décrépitude. C'est drôle et cinglant, mis en scène sobrement sans artifice et si le grand écart est encore une prouesse possible, alors c'est signe d'enthousiasme et de combat contre une fatalité que l'on peut vaincre en dansant et partageant en complice avec un public concerné très féminin, cette odyssée du corps mutant, métamorphose dans le temps qui, peut aussi sourire à de nouvelles ambitions. On adhère et on vote pour ce savoir être qui balaye les poncifs corporels et met les médecins en sourdine!

A u Théâtre Golovine jusqu'au 24' Juillet


"XPM" de et par Daniel Léveillé et Daniel Borak compagnie Carpe Rhythmum

8 pièces de danse sur le temps dit-on au générique...Voilà du temps qui passe à une vitesse folle, le temps d'un fil narratif très construit qui démarrerait de l'aube  de l'humanité à aujourd'hui. Deux personnages cherchent leurs marques ou origines du fond des temps à l'aide de lucioles et trouvent pour notre immense plaisir, les traces de leur existence. Ce qui leur permet petit à petit de se redresser et d’exécuter une pléiades de figures dansées plus acrobatiques et virtuoses les unes que les autres.Et c'est peu dire que ces champions de claquettes sont des artistes qui façonnent et revisitent les claquettes avec un humour, une inventivité jamais égalée. Imaginez Rudolf Noureev et  Mikhail Baryshnikov,en démiurge de claquettes ou de patinage artistique et vous tenez le bon bout d'un spectacle hallucinant de grâce et félicité. Le tout sous l'oeil et la bénédiction de Fred Astaire ou des Nicholas Brothers. De notre temps, en proximité et dans une échange d'énergie incroyable. Alors à vos marques, prêts, partez pour cette odysée du rythme, du tempo, de la cadence et de la chorégraphie parfaitement interprètée par des artistes hors pair;;;qui font la paire de claquettes!

Au Théâtre Golovine jusqu'au 24 Juillet

 

Aux Hivernales à Avignon: on (y) danse aussi l'été: un florilège d'écritures chorégraphiques corsées, décapantes ou périlleuses!

 Et cette année 2026, le festival IN d'Avignon s'invite aux Hivernales avec la pièce de Madeleine Fournier "Growing piece"


Ne peut plier: inspirée de la légende mythologique des Héliades transformées en peupliers, cette pièce chorégraphique se pare d'un dispositif de fleurs en couronne géante planté sur le plateau. Une créature végétale y fait irruption parée d'une crête fleurie, ornée de pétales ou de plumes, tout de noir vêtue: elle hurle et pleure le sort de ces filles d'Hélios en se panant, vociférant violemment, chant sonore troublant, dérangeant, cri de douleurs de pleureuses de mort simulacre et façade trompeuse d'imposture. Elle n'est pas seule et son chagrin est bordé des souffles d'une cornemuse jouée en live par Julien Desailly. Ce souffle, cette respiration constante devient bientôt hypnotique et ensorcelante, chant de poumons sorti d'un sac extensible des poumons de la cornemuse. Comme un animal grotesque qui se vide et se remplit, l'instrument semble être le personnage principal de cet opus. Le musicien costumé baroque, l'allure altière et distinguée.

La meneuse de jeu, danse ou se pose, s'enracine, s'implante comme un arbre ou un végétal inébranlable, solide et fragile à la fois.Elle esquisse des gestes larges, flottants, ondulants sous le souffle du vent de la cornemuse impétueuse, impérial partenaire de sa danse, de son univers. Le costume s'allège, se végétalise en calice de rosée délivrant le corps parfait de Madeleine Fournier.Une atmosphère oppressante s'installe qui berce l'ambiance en rêve ou cauchemar. Les Métamorphoses d'Ovide comme source d'inspiration façonne une danse chrysalide changeante en mutation constante.Madeleine Fournier végétalise le mouvement, en fabrique un curieux métissages entre corporéité et évanescence, entre diffus et trouble hallucinatoire. Ce duo fascine, entraine dans les abysses d'un monde changeant, en mue soporifique et apaisante, le temps d'une saison, d'une renaissance végétale promise.La poussée des plantes favorisée par les larmes des divinités féconde et nourrit le sol, les appuis de la danseuse, ancrée, enracinée dans les entrailles terrestres.

Aux Hivernales 2026  Festival d'Avignon IN 

Autre registre avec


 "What did you expect" de Christian Ubl et Kurt Demey

Il est danseur, chorégraphe et scénariste, Christian Ubl, il est mentaliste, plasticien et performeur, Kurt Demey: il font la paire, le duo tonitruant de deux charlatans, falsificateurs, usurpateurs et autre imposteur de pacotille pour le meilleur de la bascule entre phénomène incongru et réalité augmentée!Le show va être endiablé; mené de mains de maitre par ces deux figures impressionnantes de dignité, de préciosité et de noblesse du genre loufoque et incongru. Ils invitent de leurs charmes non dissimulés à faire vibrer les témoins dans le public ou acteurs sur le plateau à participer à l'enchantement, à la magie du genre mentaliste à coups de surprises ou de félicité naturelle. Avec humour, détachement, recul autant qu'implication entière, les deux compères mènent le bal de l'illusion comique stupéfiante de numéros gais et colorés, savoureux, fameux et plein de fragrances visuelles incongrues. Magie, entourloupe ou affabulation, on se laisse séduire, ravir à l'envi par la danse virevoltante de l'un, par la majesté vocale et physique de l'autre. Et l'on songe aux farces d’antan, aux numéros magiques de foire. Un binôme décapant plein de charme à la physicalité irréprochable d'artistes, comédiens, prestidigitateurs hors norme.On peut s'attendre à tout avec ces interprètes bicéphales, jumeaux ou siamois de la distanciation redoutable de la dérision humoristique. 

Aux Hivernales d'Avignon 2026 

Un autre voyage chorégraphique et musical de Fabrice Lambert et Patrick de Oliveira

"Vitesse de l'eau"


Trois danseuses vont inonder le plateau comme un flux continu de déplacements, de divagations tempétueuses au son d'une déferlante musicale incessante signée Patrick De Oliveira. Musique omniprésente, envahissante comme un tsunami fulgurant, entêtant, hypnotique et quasi à la limite du supportable. Les décibels vont bon train effaçant presque l'attention sur la danse de ces trois félines créatures qui parcourent la scène, y tracent et signent des entrelacs fébriles, oscillants dans un océan de vibrations sonores. Tempête insistante aux oreilles qui on le sait n'ont pas de paupières selon Pascal Quignard dans "La haine de la musique". A la limite du supportable, on navigue sur un radeau à vau- l'eau emporté par le sillage de la danse qui dessine sans cesse, vagues, reflux, débordements et fracas oppressants. Raz de marée, puis accalmie et silence réussissent à ponctuer ce lancement de salves musicales asphyxiantes. On respire un peu, le temps de déguster la danse frontale de ces trois naufragées de la mer montante et débordante de marées menaçantes. On est sort lessivés, épuisés comme une épreuve physique imposée. Mais après tout, le spectacle c'est aussi une claque, une surprise, pour celui qui s'y invite en toute conscience. Alors, la vitesse de l'eau nous prend de court et nous entraine dans son puit irrévocable de noyade par aspiration tourbillonnante...

Aux Hivernales d'Avignon été 2026 


"Malmus" de Brahim Bouchelaghem

Tangible en arabe pour source d'émotions, de gestuelle hyper sophistiquée et virtuose, voici un tableau vivant, percutant de vitesse-mouvements, de déplacements et d'extase jouissive pour celui qui regarde et se prend au jeu de la fascination. Sept interprète se livrent à une performance physique dansée de toute grandeur et beauté, chacun dans un registre personnel autant que dans de belles unissons et d'échappées belles sur le plateau. Sur des estrades en fond de scène, entourés de néons comme des cadres spatiaux imposés aux déplacements, les danseurs s'échinent  à rattraper le temps et l'espace sur une musique originale de Usmar et Nicolas de Zorzi.Exercices performants qui jouent sur la vitesse, la dynamique autant que l'énergie fournie sans cesse par ces artistes hors pair. Le don de soi, le laissez aller autant que la virtuosité des figures empruntées au hip hop déconcertent, subjuguent et transportent le spectateur en comète assidue et fascinée par déplacements et fulgurances. Une griffe, une signature singulière d'un chorégraphe épris d'exigence autant que d'humanité. La danse est reine et source d'hypnose lumineuse efficace et ravissante.

Aux Hivernales été 2026 

Et décidément ces Hivernales estivales ne désemplissent pas et semblent faire l'unanimité d'un public néophyte ou averti séduit par les écritures chorégraphiques riches de diversités, d'inspirations, de références ou tout simplement de mouvements en devenir éternel. Un art partagé, ouvert, de notre temps assurément!

Vanasay Khamphommala: "Songs of Grief (Love Me Tender"): la mort serait si douce...

 


Une petite assemblée consentante se réunit autour de Vanasay au coeur d'un espace du bar du festival d'Avignon, le Mahabharata comme pour un rendez-vous intime, familier.Pourtant on ne se connait pas et l'invitation au partage d'un court instant de représentation sera celui d'un rituel, petite cérémonie apaisante, docile, tendre et de proximité. Elle nous invite à prendre place autour d'elle, de nous déchausser histoire d'être à l'aise mais aussi de respecter un rituel domestique cher et précieux au pays de son père, le Laos. Cette culture devenue sienne par apprentissage volontaire de sa part, par amour de cette filiation paternelle qui lui tient plus qu'à coeur. 


Et pour nous transmettre cette tendresse et douceur, elle choisit de nous impliquer dans son projet de chanter à son père, le jour de sa mort le "Love Me Tender". Elle susurre, respire et nous suggère d'en faire de même: une expérience irrésistible tant sa conviction est légitime et sobre, jamais forcée ni imposée.Un être humain tout simplement livrée à la fatalité du monde et de l'existence, la mort physique et charnelle. En short, simple et moitié pudiquement dévêtue, elle vit et respire ses propos, son chant très réservé, doux et modestement joué sans falbalas ni excès. Au contraire cette sobriété authentique est source de bain de jouvence pour la vingtaine de spectateurs qui l'entourent docilement. Sa présence est quasi maternelle, enveloppante, les yeux et lez regard tendre comme une adresse d'humanité, de sobriété, de sobre ébrité naturelle et sans fard. Joueuse, charmeuse juste ce qu'il faut pour ravir et entrainer ceux qui l'entourent dans une balade, chanson de gestes de baladin capteur de bonnes ondes. Une rencontre au sommet de l'intelligence, inter-ligere, du lien éphémère qui peut s'établir entre des personnes de tout bord désireuses de surprises, d'audace, de respect. Une performance qui sera doublée au festival par une autre relation spectaculaire "Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre" où tous les possibles sont de circonstance pour oser une relation plus proche, plus humaine avec une Artiste de belle envergure, tout genre confondu et de toute beauté sereine et bienveillante;

Au Mahabharata jusqu'au 24 Juillet au festival d'Avignon IN

vendredi 17 juillet 2026

"Vivarium": lumières aqueuses


 Imaginez une créature forcément aquatique vivant dans un espace cerné de néons phosphorescents. Ce n'est pas un aquarium mais la scène d'un théâtre empli de lumières et d'une flore maritime imaginaire.A l'intérieur une créature entre sirène et poisson se meut et ondule à foison.Un rêve est en train de naître pour celui qui regarde plongé dans une atmosphère aqueuse de toute douceur.Une femme s'y love secrète,image intime de plus en plus familière.Une vouivre? Créature fantastique mythologique moitié femme et moitié serpent la plupart du temps....


Les effets de lumières ambiantes opèrent pour une plongée en immersion sensorielle totale et ce bain de jouvence entre accalmie et flux tempétueux s'impose à nos sens en éveil. Les lumières se réverbèrent en éclaboussures et scintillements magiques, le corps comme écran et véhicule de particules, étincelles,futiles,fugaces.La Vouivre dessine une calligraphie chorégraphique de toute beauté comme un enchantement ou l'on se fond sans résister.Comme une expérience partagée du geste insomniaque,nyctalope,indéfinissable.Pour échapper à la réalité, à la gravité ou la pesanteur. En apnée,en apesanteur,en lévitation.Bérangère Fournier interprète et chorégraphe fait ce ce vivarium un biotope rarissime en compagnie de  Samuel Faccioli et de Adrien Mondot et Julien Lepreux pour l'immersion musicale.



"Vivarium" comme une cage vitrée où l'on garde de petits animaux vivants (insectes, amphibiens, reptiles) en reconstituant le milieu et l'habitat naturels particuliers à chacune des espèces...

 A la Scierie Avignon le off jusqu"au 19 juillet

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"Trois poids,trois mesures":Fabrice Ramalingom champion du poids léger

 


Leçon de physique ou de danse selon Laban? Loi de la gravité tout simplement incarnée par pieds et mains de maître à danser. Le poids est chose grave et conséquente dans la chorégraphie de Fabrice Ramalingom qui s’attèle ici à un sujet de choix.Trois interprètes haut en couleurs,tenue de travail style salopette pour nous faire voir et sentir le poids de nos existences.Déjà dans maintes expressions familières du langage courant: le poids plume, la femme légère et bien d'autres encore qui donnent lieu à des envolées,des échapées belles ou des chutes sensibles et impressionnantes.On tombe de haut en observant ce trio de charme qui joue et gagne en simplicité et authenticité. Rôles bien campés tout en verve et agilité. Loin d'être une simple démonstration pédagogique,ce "3 poids 3 mesures" instruit autant sur les lois physiques que sur l'ingéniosité de la composition chorégraphique,l'écriture,la signature d'un style.Des bonds,des déliés,des tours et toute une grammaire pour retomber sur ses pattes ou simplement déchirer l'air et l'espace que le danseur est sensé transporter en commun.Une bâche vient s'il le fallait prouver que les corps s'y deploient à l'envi dans une scénographie mouvante et lumineuse enrobante,enveloppante pour mieux les contenir ou les lancer hors de la gravité. Et voler bien sur à l'aide de harnais et de la force des coudes des compères devient possible.Oiseau propulsé dans les airs le temps de s'apercevoir que le sol résiste.

Du bel ouvrage séduisant,enjoué,accessible qui laisse une impression de futilité délicieuse,d'aisance,et de jouissances de l'instant dansé. Le poids du monde est franchissable et ce joyeux trio gagnant est bonne pioche au tiercé des tombées chorégraphiques.Et si Terpsichore était une femme légère ? 

A la Scierie festival Avignon le off jusqu'au 22 juillet

On en pince pour"Le complexe des homards"de Catherine Dreyfus

 


Saviez vous qu'il existe des gardiens de homards?Et bien voilà que dans l'imagination de la chorégraphe Catherine Dreyfus en voici un spécimen et fier de l'être. En costume de travail,salopette et bottes ce curieux personnage se met à conter la vie des homards,ces pachas de la mer selon le poète Desnos dans le"Chante Fables" de Jean Wiener..La curiosité de ces crustacés réside dans l'entre deux de leur mue ou ils sont nus sans leur exosquelette.Sujet en or pour un danseur qui œuvre de toute sa peau sans cesse et dans cette métaphore devient fragile et vulnérable comme un adolescent qui se transforme.Deux jeunes danseurs vont donc incarner ces bestioles marines sans gestes mimétiques mais avec la fragilité ou l'arrogance de leur statu.Dans une scénographie très soignée et sophistiquée ils alternent leurs déplacements,leur jeu ludique avec joie et enthousiasme.Leur gardien veille au grain et ne les dérange pas en s’effaçant dans une gestuelle bon-enfant bienveillante,attentionnée.Avec un accent provençal charmeur de homards.Ils sont ses enfants qu'il laisse jouer dans des praticables mobiles,cabines d'essayage ou de mode,vivier,bocaux ou aquarium passibles d'espaces de liberté. Le temps passe lentement en leur compagnie,un peu répétitive et sans trop de surprises.Le rythme plus resserré donnerait à cette légende psychanalytique un tonus et un intérêt plus soutenu.Gageons que ces Monseigneurs de la Pince nous séduisent à la nage ou au court bouillon pour une bonne bouillabaisse dansante méridionale savoureuse et gouleyante.Car nos deux crustacés ont bien de la chance d'être cuisinés en de si bonne main de cheffe maître de ballet.Catherine Dreyfus fort bien inspirée par ces petits monstres enfants terribles et joviaux de nos assiettes de danseurs dans leurs espaces à conquérir.

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 24 juillet