dimanche 19 juillet 2026

Le chaos et l'émeute au Festival D'Avignon: tg STAN et Julien Gosselin en déferlantes expressions scéniques

Deux spectacles hors norme, l'un magistral leçon de scénographie au coeur de la Cour d'Honneur du Palais des Papes, le "Maldoror " de Julien Gosselin, l'autre le très artisanal "1, 2,3" Poquelin du collectif tg STAN. Deux épopées distantes qui se rejoignent dans le chaos, l'extrême sophistication autant que la sobriété. Aux antipodes et pourtant le second au coeur lui aussi d'un écrin hors pair, la célèbre Carrière de Boulbon


"Maldoror" de Julien Gosselin

D'après Roberto Bolano et Lautréamont, Julien Gosselin interroge notre monde et notre attitude et engagement de spectateur-acteur. Incroyable tableau de l'Amérique Latine des années 70 ce spectacle gigantesque s'ancre dans l'horreur et le mal absolu des personnages et de leurs écrits totalitaires.Sur scène, constamment filmés par des cadreurs de génie en live, les comédiens prouvent ici que la simultanéité des images sur écran et du jeu théâtral en direct, grandeur nature est possible. La performance dure plus de six heurs jusqu'à potron minet sans qu'on s'en lasse ni ne décroche. Grâce à ce va et vient des regards entre scène et écran, grâce à l'illusion d'y participer lors du premier entracte. Le public est invité à boire un verre sur scène, canicule oblige ou invitation réelle participative. On comprend vite que la déambulation n'est pas celle d'une récréation au bar, mais la présence interactive avec les comédiens que l'on frôle et qui continuent à jouer alors que les cadreurs fendent la foule pour pénétrer les espaces. Ceci dans un dispositif scénographique solide et magistralement inventif, des espaces de jeu comme des pièces d'appartement, des cellules d'interrogatoires, des lieux de vie conviviaux. Le trouble est semé, le leurre s'installe. Quelle est la position du spectateur dans cet entrelacs d'images, de jeu en direct ou de simple place assise sur les gradins traditionnels?


On a le choix et l'on s'y complait aisément. On perd ses repères alors que les comédiens tiennent le plateau, fervents détracteurs de textes adaptés, maitrisés, hurlés, vécus comme peu savent le faire. La belle équipe que cette troupe fédérée pour l'occasion, pour ce marathon sonore et visuel géant, incroyable et plein d'audace. Le plateau investi comme rarement par une mise en espace, en abime remarquable, inégalée. On en ressort grandi, éclairés par la démence des écrits ou attitudes de tortionnaires fascistes méconnus de la Grande histoire. Gosselin excelle dans ce gigantisme unique et singulier que seul un festival sait créer, commander et faire vivre.

A la Cour d'Honneur du Palais des Papes jusqu'au 12 Juillet 


"1,2,3 Poquelin" du groupe tg STAN 

En avant pour du Molière et que du Molière. Jean Baptiste Poquelin aux anges plane au dessus de la Carrière de Boulbon et se régale du jeu de ce collectif belge amoureux de sa langue. Plus de quatre heures durant du crépuscule du soir à la nuit bien entamée les huit comédiens s'échinent avec verve, talent et une énergie sans faille à faire vivre des personnages qui n'ont rien à envier à ceux de notre temps. Revisitant le répertoire ce collectif bouillonnant de démocratie constructive explose les frontières entre les textes des pièces de référence et brule les planches de tréteaux au coeur de la carrière. Un spectacle rutilant, plein d'énergie débordante, de verve où les acteurs endossent moultes rôles, changent de costumes à vue et se fraie un chemin parmi le public disposé en tri frontal autour d'eux. C'est dire si l'ambiance est joyeuse, grave ou truculente et si les échanges fusent entre public et interprètes.C'est un empire que l'oeuvre de Molière et ils y sont fort à l'aise ces artistes de grande envergure et de beaucoup de modestie. La farce est reine, la vérité sociale cruelle, l'humaine condition férocement éprouvée et campée par un jeu d'acteur entier, authentique plein de verve et d'authenticité On assiste à une fête collective, chaotique et débordante en pleine sobre ébriété et ravissante Chacun y met du sien, du chien et de la passion communicative et salvatrice Molière se régalerait de cette résurrection païenne de son oeuvre rythmée comme des salves lancées et rattrapées en plein vol dans un exercice théâtral de haute voltige avec trois fois rien! 1, 2 , 3 soleil et l'on joue et gagne au jeu de l'avarice, de la médecine ou autre facétie humaine avec empathie collective et simplicité d'accès remarquable.Du théâtre sans coulisses où tout le monde fait tout, de la machinerie à l'écriture, du jeu à la dramaturgie : on rêve éveillé au bon vieux temps bien de notre époque où les langues se délient et s'insurgent dans une poésie et avec une ferveur inégalée.

A la Carrière de Boulbon jusqu'au 25 Juillet 

 


Solos magnétiques au 80 ème Festival d'Avignon..Valérie Dréville, Johann Le Guillerm aux sommets du possible.

 Seuls sur scène mais entourés par des accessoires ou des images, Valérie Dréville et Johann Le Guillerm atteignent des sommets de virtuosité ou de délicatesse.


"Terces" de Johann Le Guillerm

A la perfection, nul n'est tenu. Cependant certains démiurges semblent échapper à cette loi improbable en franchissant les limites du possible. Sous le grand chapiteau de Avignon en Scène à Villeneuve on retrouve le prestidigitateur des objets insolites, Johann Le Guillerm avec émotion, impatience, attention. Terces, c'est "labourer pour la troisième fois" un spectacle créé en 2003 qui a grandi, évolué et pris du poil de la bête. De la maturité certes, mais toujours de l'audace, du danger, du risque encouru par un artiste hors pair, farouche, sauvage personnage magnétique qui dès son apparition au coeur de l'arène, fascine, intrigue, dérange aussi. Dompteur d'objets insolites, "inutiles" fabriqués de toutes pièces par son génie à la Léonard de Vinci Le Guillerm sonde les strates de ses secrets de fabrication et s'en sert pour créer suspense, intrigue, le tout maintenant le spectateur en apnée, en état de sidération permanent .Avec ce magicien insolite, vêtu d'un salopette gainée d'un corset dévoilant dos et épaules, revêtu d'un manteau de parade, c'est à des instants suspendus que l'on assiste. Les mécaniques s'emballent, les machines inventent des déséquilibres instables, les rouages de toute cette "écurie" fantasque s'animent comme des objets pensants, bougeant au gré des impacts du corps engagé de l'artiste. Ce glossaire inventé de toute pièce tient en haleine et les visions qu'il engendre créent du rêve, de l'utopie, de la science fiction proche et vivante. Mikado de poutres de bois, cabanes architecturées comme pour de la survie précaire et possible, autant d'objets indescriptibles qui tentent d'inventer un autre monde auquel le corps serait confronté. Ou moteur de gestes, d'attitudes ou de postures inconnues. Sisyphe et son rocher veillent au grain dans cette machinerie infernale, poétique ou tragique selon le point de vue de celui qui regarde se dérouler ces "numéros de cirque" d'un nouveau genre qui à présent reflète l'art physique, rythmique de cet OVNI spectaculaire. Le Guillerm en partenaire de toutes ces créatures dociles qui répondent par l'affirmative à toutes ses sollicitations ou propositions de déplacements, de fuite,. Course ou poursuites contre le temps, l'art de Le Guillerm n'a pas cessé d'interroger la gravité, la gravitation des corps dans l'espace. Maitre à danser, il figure aujourd'hui l'art perturbateur de l'autorité de l'homme sur les choses, la nature, les matériaux, les formes. Pour créer des univers changeants, des ambiances et atmosphères de toute beauté. Énergie et concentration comme credo, image, signature de marque. Un voisin de Bartabas ou de Bejart, ces fameux parrains démiurges du spectacle vivant. Terra incognita, secret de ce qui déstabilise sur cette surface de réparation agraire intouchable, inaccessible aux machines agricoles démesurées. Un terrain, un terroir d'exception à préserver comme un laboratoire, conservatoire vivant d'espèces en voie de disparition Panamarenko, l'homme volant de la création architecturale plasticienne ne renierait pas ce chantier ouvert de la création en apesanteur constante. Mais avec tous les appuis, les ancrages d'un corps en lutte, combat ou osmose avec la matière.

A Villeneuse jusqu'au 20 Juillet festival Villeneuve en scène 


"Thésée, sa vie nouvelle" de Guy Cassiers et Valérie Dréville

D'après le roman de Camille de Tolédo

Guy Cassiers porte sur scène Valérie Dréville dans une adaptation orale et visuelle d'une extrême richesse pour les sens en éveil: l’ouïe et la vue comme vecteurs et transformateurs de la narration, du récit inédit de l'autrice. La voix de l'actrice est à peine audible, douce, pesée, confidentielle au démarrage de l'opus et l'attention extrême est d'emblée convoquée pour apprécier les sonorités de la langue, le secret des histoires qui se dévoilent dans un récit qui avance sans cesse. Doublée d'images vidéographiques denses, fortes et d'une captation augmentée de l'actrice par une caméra en live, cette fiction-réalité touche et disturbe les repères temporels. Cette femme interprète, s'adonne au jeu du double, des différentes facettes de son personnage grâce au jeu des images projetées qui la traquent, la surdimentionnent. Au sol des images peintes ou des graffitis comme des confettis d'icônes multiples soignent une scénographie sans gravité qui semble plane dans l'univers. Pas de plancher ni de surface où s'enraciner dans les évocations du passé et du héros Thésée aux prises avec un destin périlleux.


La parole se délivre plus imposante et fait face au public toujours dans une grande intimité. Sédative atmosphère hypnotique qui berce dans une sorte de confort intimiste remarquable. Le corps de la comédienne en immersion avec le travail magique de Bram Delafonteyne, expert en construction d'imagerie vidéo, de structuration de l'espace autant au sol que sur l'écran en fond de scène.

Le bruissement des couleurs, des lumière et autant de fragments, de découpe et selon un savant montage rythmique du déroulement et de la succession des images enregistrées. Images sorties tout droit d'archives, du passé où corps et graphies se confondent, s'entrelacent à l'envi. Valérie Dréville, discrète et magnétique vibre et sonde les abysses de ce texte profond que l'on écoute suspendu à ses lèvres, en corps à corps avec sa voix, ses attitudes et postures chorégraphies sereines. Un opus rarissime au doigté fragile et distingué pour un voyage-paysage au long court, la durée de ce "Thésée"pris dans le labyrinthe de la mémoire. Toutes les images s’additionnent, se superposent à foison dans une sorte de vitrail mouvant aux contours marqués par les frontières graphiques de l'assemblage. Un alliage iconographique resplendissant de lumières et de musicalité rythmique saisissant.

A l'Autre Scène du Grand Avignon Vedène au festival d'Avignon 

Avignon Festival IN: des duos incontournables: François et Christian Grémaud, Isabelle Huppert et Hueyoung Lee


 "Mon frère" de François Gremaud

Sourds-doués sans malentendus.

On le connait pour ces fresques sur les grands prénoms mythiques du ballet ou de la mythologie, "Giselle", "Carmen" ou "Phèdre". Ici cest de son frère Christian dont il sera question, son alter-égo de toute sa vie, son complice, son compère, sa passion, son amour fraternel. Christian est malentendant, sourd et sa vie durant, affronte le monde social, affectif, politique de front;Et non sans mal, coups et blessures. Son frère décide alors de conter la vie d'un homme simple, en révolte sur le seuil de moultes expériences humaines, médicales et surtout verbales, loquaces.Ne pas entendre, c'est ne pas parler et c'est devoir s’insérer malgré tout dans le monde affolé des relations sociales pas toujours bienveillantes aux regards et aux yeux de certains. L'auteur-comédien François Gremaud s'empare de ce sujet, de son frère pour évoquer cet endroit, ce lieu, ce corps qui vit et existe malgré toutes les agressions, les malentendus face à la revendication d'une simple existence parmi les autres. Christian n'est pas comédien mais sur scène, convoqué sans fard par son mentor, il est solaire, brillant, malin, perspicace et volontaire: comme dans la vraie vie. Il s'exprime par le langage des signes, cette grammaire, ce glossaire subtil et très complet qui tend à inventer une gestuelle non pas mimétique, mais rythmique, visuelle, tonique. C'est de la danse avant toute chose entre les mains, les bras, les regards de Christian qui tient tête, fier, altier, noble et plein d'humour sur sa condition. Il raconte son odysée, épopée abracadabrantesque dans le monde du travail, les associations porteuses de bonnes nouvelles ou de recette pour "guérir", soigner, forcer à parler, appareiller ceux qui n'entendent pas. Une galère, une panique quotidienne pour cet homme indépendant qui ne "souffre" pas d'un handicap mais souhaite au jour le jour exister avec cette épreuve à surmonter. Ou tout simplement vivre auprès d'êtres humains doués de paroles et d'audition naturelle. François lui écrit, lui dédit un texte qu'il nous raconte de vive voix, alors que son frère signe ses propos. La parole, le geste alternent, se chevauchent, s’additionnent, se catapultent et l'on nage dans un bain de jouvence visuel, audible, tactile aussi car tous les sens semblent convoquées ici. On persiste et signe à entendre, écouter, regarder ce duo de charme ou de rébellion, cette paire de confrères siamois ou jumeaux, reliés par l'amour, le respect, la compréhension: jamais par l'effort ou la contrainte. Et la magie opère savoureuse drôle ou dramatique selon les instants évoqués de la vie de Christian. Etre sur scène n'est ni revanche, ni pied de nez aux institutions ou soignantes et savantes réparations médicales. Le langage des signes est naturel et fait le bonheur de Christian qui sourit ou s'affole, se rebelle , s'insurge mais toujours se soulève avec passion, grâce et détermination. Et la danse de sourdre de ce dialogue de "sourds" au monde du dédain, du mépris ou de l'indifférence. Prendre en compte, estimer, valoriser, considérer l'autre sera leur crédo autant d'auteur que de comédien. La danse a toujours flirter avec un certain "mimétisme corporel" du mime au mimodrame sans pour autant être muette.Philippe Decouflé, Pascale Houbin, les premiers à se préoccuper des affinités sélectives entre danse et langage des signes....Voir "le petit bal perdu" de Decouflé, oeuvre art-video-danse incontournable. Alors ce couple, ce binôme nous devient familier et l'on quitte les frères Gremaud fort d'une expérience et d'une sensibilisation humaine à une condition pas toujours facile à assumer. Avec joie et respect, écoute peut-être un peu différente du monde du silence. Bavards et prolixes, enthousiastes et loquaces à leur façon, les frères Gremaud seront les ambassadeurs d'une cause humaine de tout premier ordre. Qu'on se le dise...en langue des signes!A l'audition du monde.

A la Chartreuse de Villeneuve les Avignon le 13 Juillet 

Autre duo insolite et exceptionnel


"Oiseau" de Han Kang et Julie Deliquet 

C'est un événement unique, deux soirées de suite dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes

Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee tiennent l'immense scène deux heures durant pour une lecture inédite, commande Tiago Rodrigues à l'occasion de cette édition du festival consacré à la Corée: sa langue, ses écrivains, ces artistes trop méconnus.

A deux sur l'immense plateau, voilà les deux actrices, conteuses, diseuses, lectrices: ce qui n'est pas un simple exercice: lire, jouer, interpréter, anticiper le récit jusqu'à le connaitre par coeur pratiquement. Un duo inébranlable, solide comme un roc, fascinant autant que sobre et convaincant. Chacune nous tient en haleine dans ce récit passionnant en tout point sur la vie de Gyeongha, l'ami de Inseon,  qui vit sur l'île de Jeju. On se familiarise avec la vie de ses deux correspondantes à distance lors d'un appel à l'aide de l'une envers l'autre. Et l'aventure humaine bat son plein dans une narration tendue, fleurie de paysages, de mondes, attentionnée par le rythme, la diction, la présence de ses deux femmes sur le plateau devant leur pupitres. De blanc vêtue en toute sobriété cette lecture performance tantôt légère, tantôt grave dans les propos se déroule sans faille, ponctuée de silences, de suspens. Un duo de coeur et d'esprit très physique qui porte les intrigues ou le simple récit dans une navigation au long court fabuleuses. Les mots, les paroles bercent l'atmosphère spatio-temporelle de cet espace mythique comme une petite cérémonie partagée, un rituel de rencontres, de ricochets ou d’écho que la Muse Echo en serait honorée. Isabelle Huppert, frêle silhouette puissante et belle, sa compagne plus retirée font un chant choral à l'unisson de l'humanité. Avec ses "Impossibles adieux" Han Kang et Julie Deliquet dévoile une partie de l'histoire de la Corée vue des paroles et des sensations de ceux et celles qui ont vécu la tragédie de Jeju. Encore ignorée, méconnue ici magnifiée et rendue au grand jour par un quatuor de musique, de paroles de chambre aux cordes sensibles, intimistes mais portée haut et fort aux oreilles du monde. Merci au Théâtre de jouer son rôle de phare, de gyrophares , alerte sur le qui-vive du monde.

Dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes les 14 et 15 Juillet 

samedi 18 juillet 2026

A la Scierie, Tiers-Lieu et au Théâtre Golovine la danse prend ses quartiers à Avignon

 On a déjà chroniqué sur les spectacles de Fabrice Ramalingom et Catherine Dreyfus à la Scierie, voici encore 


"Une pédagogie du conflit" de Mathieu Desseigne-Ravel et Lucien Reynes de Naif Production

Deux danseurs piqués, plantés sur des enceintes nous accueillent de leurs facéties et évolutions comiques: d'emblée la glace est brisée avec le public qui va assister à des numéros de voltige dansée, de cirque détourné sans faille ni falbalas, sans grandiloquence mais avec tac, charme et enthousiasme!Ils sont complices et compères, de mèche et endiablés, plein de sursauts et de rebonds, d'inventivité.Une relation aussi bien de conflit que de fraternité emballe le propos des danseurs dans leur plus simple apparei, rayonnant comme des soleils dans un paysage dénudé. Stratégies d'approche, de rejets, rencontre ou animosité, ces pourfendeurs d'humanité tracent et signent des parcours ambitieux dans l'espace. Détournant la pratique de Jiu-jitsu, les voilà brésilien d'adoption dans cet "art suave" distingué, maitrisé, acrobatique. De quoi enchanter et ravir les fans de tonus, d'énergie partagée dans une bonne humeur contagieuse pleine de bonnes ondes. La danse au front pour une bataille rangée de circonstance dans un monde chaotique à déconstruire sans cesse pour le bonheur de rebâtir des rêves et des châteaux de cartes en déséquilibre circassien

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 19 Juillet  

Chez Golovine, c'est la tradition DANSE et ses héritiers légitimes pour brosser une programmation éclectique, dense et foisonnante


"50 ans, présente" 

Seule en scène, théâtrale et chorégraphique est le label "maison" qui invite une OVNI de la bande à présenter sa production de l'année. Alors au tour de Carine Carmin et Mohamed Guellati de présenter cet hommage aux danseuses "âgées" de 50 ans, à toutes les femmes dignes de ce passage périlleux, côté social et professionnel, côté performances physiques sur la voie de la déconfiture et du reclassement.

C'est Carine Kermin qui s'y colle avec culot, audace et véracité dans son propre rôle de femme mûre acculée par la société à se considérer comme appât pour les examens de santé de circonstance: c'est c'est par le test fatal de dépistage colorectal que tout commence: on hurle de rire de ce détournement humoristique qui stigmatise et renvoie au vieillissement et à l'usure du corps. Mais il n'y a pas que cela et notre danseuse-performeuse a de la répartie et du ressort pour résister à l'oppression médicale et à ces travers. Elle vaincra par son énergie débordante, par sa foi en l'amour qui maintient et transporte les corps pour les magnifier même dans leur ineffable et future décrépitude. C'est drôle et cinglant, mis en scène sobrement sans artifice et si le grand écart est encore une prouesse possible, alors c'est signe d'enthousiasme et de combat contre une fatalité que l'on peut vaincre en dansant et partageant en complice avec un public concerné très féminin, cette odyssée du corps mutant, métamorphose dans le temps qui, peut aussi sourire à de nouvelles ambitions. On adhère et on vote pour ce savoir être qui balaye les poncifs corporels et met les médecins en sourdine!

A u Théâtre Golovine jusqu'au 24' Juillet


"XPM" de et par Daniel Léveillé et Daniel Borak compagnie Carpe Rhythmum

8 pièces de danse sur le temps dit-on au générique...Voilà du temps qui passe à une vitesse folle, le temps d'un fil narratif très construit qui démarrerait de l'aube  de l'humanité à aujourd'hui. Deux personnages cherchent leurs marques ou origines du fond des temps à l'aide de lucioles et trouvent pour notre immense plaisir, les traces de leur existence. Ce qui leur permet petit à petit de se redresser et d’exécuter une pléiades de figures dansées plus acrobatiques et virtuoses les unes que les autres.Et c'est peu dire que ces champions de claquettes sont des artistes qui façonnent et revisitent les claquettes avec un humour, une inventivité jamais égalée. Imaginez Rudolf Noureev et  Mikhail Baryshnikov,en démiurge de claquettes ou de patinage artistique et vous tenez le bon bout d'un spectacle hallucinant de grâce et félicité. Le tout sous l'oeil et la bénédiction de Fred Astaire ou des Nicholas Brothers. De notre temps, en proximité et dans une échange d'énergie incroyable. Alors à vos marques, prêts, partez pour cette odysée du rythme, du tempo, de la cadence et de la chorégraphie parfaitement interprètée par des artistes hors pair;;;qui font la paire de claquettes!

Au Théâtre Golovine jusqu'au 24 Juillet

 

Aux Hivernales à Avignon: on (y) danse aussi l'été: un florilège d'écritures chorégraphiques corsées, décapantes ou périlleuses!

 Et cette année 2026, le festival IN d'Avignon s'invite aux Hivernales avec la pièce de Madeleine Fournier "Growing piece"


Ne peut plier: inspirée de la légende mythologique des Héliades transformées en peupliers, cette pièce chorégraphique se pare d'un dispositif de fleurs en couronne géante planté sur le plateau. Une créature végétale y fait irruption parée d'une crête fleurie, ornée de pétales ou de plumes, tout de noir vêtue: elle hurle et pleure le sort de ces filles d'Hélios en se panant, vociférant violemment, chant sonore troublant, dérangeant, cri de douleurs de pleureuses de mort simulacre et façade trompeuse d'imposture. Elle n'est pas seule et son chagrin est bordé des souffles d'une cornemuse jouée en live par Julien Desailly. Ce souffle, cette respiration constante devient bientôt hypnotique et ensorcelante, chant de poumons sorti d'un sac extensible des poumons de la cornemuse. Comme un animal grotesque qui se vide et se remplit, l'instrument semble être le personnage principal de cet opus. Le musicien costumé baroque, l'allure altière et distinguée.

La meneuse de jeu, danse ou se pose, s'enracine, s'implante comme un arbre ou un végétal inébranlable, solide et fragile à la fois.Elle esquisse des gestes larges, flottants, ondulants sous le souffle du vent de la cornemuse impétueuse, impérial partenaire de sa danse, de son univers. Le costume s'allège, se végétalise en calice de rosée délivrant le corps parfait de Madeleine Fournier.Une atmosphère oppressante s'installe qui berce l'ambiance en rêve ou cauchemar. Les Métamorphoses d'Ovide comme source d'inspiration façonne une danse chrysalide changeante en mutation constante.Madeleine Fournier végétalise le mouvement, en fabrique un curieux métissages entre corporéité et évanescence, entre diffus et trouble hallucinatoire. Ce duo fascine, entraine dans les abysses d'un monde changeant, en mue soporifique et apaisante, le temps d'une saison, d'une renaissance végétale promise.La poussée des plantes favorisée par les larmes des divinités féconde et nourrit le sol, les appuis de la danseuse, ancrée, enracinée dans les entrailles terrestres.

Aux Hivernales 2026  Festival d'Avignon IN 

Autre registre avec


 "What did you expect" de Christian Ubl et Kurt Demey

Il est danseur, chorégraphe et scénariste, Christian Ubl, il est mentaliste, plasticien et performeur, Kurt Demey: il font la paire, le duo tonitruant de deux charlatans, falsificateurs, usurpateurs et autre imposteur de pacotille pour le meilleur de la bascule entre phénomène incongru et réalité augmentée!Le show va être endiablé; mené de mains de maitre par ces deux figures impressionnantes de dignité, de préciosité et de noblesse du genre loufoque et incongru. Ils invitent de leurs charmes non dissimulés à faire vibrer les témoins dans le public ou acteurs sur le plateau à participer à l'enchantement, à la magie du genre mentaliste à coups de surprises ou de félicité naturelle. Avec humour, détachement, recul autant qu'implication entière, les deux compères mènent le bal de l'illusion comique stupéfiante de numéros gais et colorés, savoureux, fameux et plein de fragrances visuelles incongrues. Magie, entourloupe ou affabulation, on se laisse séduire, ravir à l'envi par la danse virevoltante de l'un, par la majesté vocale et physique de l'autre. Et l'on songe aux farces d’antan, aux numéros magiques de foire. Un binôme décapant plein de charme à la physicalité irréprochable d'artistes, comédiens, prestidigitateurs hors norme.On peut s'attendre à tout avec ces interprètes bicéphales, jumeaux ou siamois de la distanciation redoutable de la dérision humoristique. 

Aux Hivernales d'Avignon 2026 

Un autre voyage chorégraphique et musical de Fabrice Lambert et Patrick de Oliveira

"Vitesse de l'eau"


Trois danseuses vont inonder le plateau comme un flux continu de déplacements, de divagations tempétueuses au son d'une déferlante musicale incessante signée Patrick De Oliveira. Musique omniprésente, envahissante comme un tsunami fulgurant, entêtant, hypnotique et quasi à la limite du supportable. Les décibels vont bon train effaçant presque l'attention sur la danse de ces trois félines créatures qui parcourent la scène, y tracent et signent des entrelacs fébriles, oscillants dans un océan de vibrations sonores. Tempête insistante aux oreilles qui on le sait n'ont pas de paupières selon Pascal Quignard dans "La haine de la musique". A la limite du supportable, on navigue sur un radeau à vau- l'eau emporté par le sillage de la danse qui dessine sans cesse, vagues, reflux, débordements et fracas oppressants. Raz de marée, puis accalmie et silence réussissent à ponctuer ce lancement de salves musicales asphyxiantes. On respire un peu, le temps de déguster la danse frontale de ces trois naufragées de la mer montante et débordante de marées menaçantes. On est sort lessivés, épuisés comme une épreuve physique imposée. Mais après tout, le spectacle c'est aussi une claque, une surprise, pour celui qui s'y invite en toute conscience. Alors, la vitesse de l'eau nous prend de court et nous entraine dans son puit irrévocable de noyade par aspiration tourbillonnante...

Aux Hivernales d'Avignon été 2026 


"Malmus" de Brahim Bouchelaghem

Tangible en arabe pour source d'émotions, de gestuelle hyper sophistiquée et virtuose, voici un tableau vivant, percutant de vitesse-mouvements, de déplacements et d'extase jouissive pour celui qui regarde et se prend au jeu de la fascination. Sept interprète se livrent à une performance physique dansée de toute grandeur et beauté, chacun dans un registre personnel autant que dans de belles unissons et d'échappées belles sur le plateau. Sur des estrades en fond de scène, entourés de néons comme des cadres spatiaux imposés aux déplacements, les danseurs s'échinent  à rattraper le temps et l'espace sur une musique originale de Usmar et Nicolas de Zorzi.Exercices performants qui jouent sur la vitesse, la dynamique autant que l'énergie fournie sans cesse par ces artistes hors pair. Le don de soi, le laissez aller autant que la virtuosité des figures empruntées au hip hop déconcertent, subjuguent et transportent le spectateur en comète assidue et fascinée par déplacements et fulgurances. Une griffe, une signature singulière d'un chorégraphe épris d'exigence autant que d'humanité. La danse est reine et source d'hypnose lumineuse efficace et ravissante.

Aux Hivernales été 2026 

Et décidément ces Hivernales estivales ne désemplissent pas et semblent faire l'unanimité d'un public néophyte ou averti séduit par les écritures chorégraphiques riches de diversités, d'inspirations, de références ou tout simplement de mouvements en devenir éternel. Un art partagé, ouvert, de notre temps assurément!

Vanasay Khamphommala: "Songs of Grief (Love Me Tender"): la mort serait si douce...

 


Une petite assemblée consentante se réunit autour de Vanasay au coeur d'un espace du bar du festival d'Avignon, le Mahabharata comme pour un rendez-vous intime, familier.Pourtant on ne se connait pas et l'invitation au partage d'un court instant de représentation sera celui d'un rituel, petite cérémonie apaisante, docile, tendre et de proximité. Elle nous invite à prendre place autour d'elle, de nous déchausser histoire d'être à l'aise mais aussi de respecter un rituel domestique cher et précieux au pays de son père, le Laos. Cette culture devenue sienne par apprentissage volontaire de sa part, par amour de cette filiation paternelle qui lui tient plus qu'à coeur. 


Et pour nous transmettre cette tendresse et douceur, elle choisit de nous impliquer dans son projet de chanter à son père, le jour de sa mort le "Love Me Tender". Elle susurre, respire et nous suggère d'en faire de même: une expérience irrésistible tant sa conviction est légitime et sobre, jamais forcée ni imposée.Un être humain tout simplement livrée à la fatalité du monde et de l'existence, la mort physique et charnelle. En short, simple et moitié pudiquement dévêtue, elle vit et respire ses propos, son chant très réservé, doux et modestement joué sans falbalas ni excès. Au contraire cette sobriété authentique est source de bain de jouvence pour la vingtaine de spectateurs qui l'entourent docilement. Sa présence est quasi maternelle, enveloppante, les yeux et lez regard tendre comme une adresse d'humanité, de sobriété, de sobre ébrité naturelle et sans fard. Joueuse, charmeuse juste ce qu'il faut pour ravir et entrainer ceux qui l'entourent dans une balade, chanson de gestes de baladin capteur de bonnes ondes. Une rencontre au sommet de l'intelligence, inter-ligere, du lien éphémère qui peut s'établir entre des personnes de tout bord désireuses de surprises, d'audace, de respect. Une performance qui sera doublée au festival par une autre relation spectaculaire "Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre" où tous les possibles sont de circonstance pour oser une relation plus proche, plus humaine avec une Artiste de belle envergure, tout genre confondu et de toute beauté sereine et bienveillante;

Au Mahabharata jusqu'au 24 Juillet au festival d'Avignon IN

vendredi 17 juillet 2026

"Vivarium": lumières aqueuses


 Imaginez une créature forcément aquatique vivant dans un espace cerné de néons phosphorescents. Ce n'est pas un aquarium mais la scène d'un théâtre empli de lumières et d'une flore maritime imaginaire.A l'intérieur une créature entre sirène et poisson se meut et ondule à foison.Un rêve est en train de naître pour celui qui regarde plongé dans une atmosphère aqueuse de toute douceur.Une femme s'y love secrète,image intime de plus en plus familière.Une vouivre? Créature fantastique mythologique moitié femme et moitié serpent la plupart du temps....


Les effets de lumières ambiantes opèrent pour une plongée en immersion sensorielle totale et ce bain de jouvence entre accalmie et flux tempétueux s'impose à nos sens en éveil. Les lumières se réverbèrent en éclaboussures et scintillements magiques, le corps comme écran et véhicule de particules, étincelles,futiles,fugaces.La Vouivre dessine une calligraphie chorégraphique de toute beauté comme un enchantement ou l'on se fond sans résister.Comme une expérience partagée du geste insomniaque,nyctalope,indéfinissable.Pour échapper à la réalité, à la gravité ou la pesanteur. En apnée,en apesanteur,en lévitation.Bérangère Fournier interprète et chorégraphe fait ce ce vivarium un biotope rarissime en compagnie de  Samuel Faccioli et de Adrien Mondot et Julien Lepreux pour l'immersion musicale.



"Vivarium" comme une cage vitrée où l'on garde de petits animaux vivants (insectes, amphibiens, reptiles) en reconstituant le milieu et l'habitat naturels particuliers à chacune des espèces...

 A la Scierie Avignon le off jusqu"au 19 juillet

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"Trois poids,trois mesures":Fabrice Ramalingom champion du poids léger

 


Leçon de physique ou de danse selon Laban? Loi de la gravité tout simplement incarnée par pieds et mains de maître à danser. Le poids est chose grave et conséquente dans la chorégraphie de Fabrice Ramalingom qui s’attèle ici à un sujet de choix.Trois interprètes haut en couleurs,tenue de travail style salopette pour nous faire voir et sentir le poids de nos existences.Déjà dans maintes expressions familières du langage courant: le poids plume, la femme légère et bien d'autres encore qui donnent lieu à des envolées,des échapées belles ou des chutes sensibles et impressionnantes.On tombe de haut en observant ce trio de charme qui joue et gagne en simplicité et authenticité. Rôles bien campés tout en verve et agilité. Loin d'être une simple démonstration pédagogique,ce "3 poids 3 mesures" instruit autant sur les lois physiques que sur l'ingéniosité de la composition chorégraphique,l'écriture,la signature d'un style.Des bonds,des déliés,des tours et toute une grammaire pour retomber sur ses pattes ou simplement déchirer l'air et l'espace que le danseur est sensé transporter en commun.Une bâche vient s'il le fallait prouver que les corps s'y deploient à l'envi dans une scénographie mouvante et lumineuse enrobante,enveloppante pour mieux les contenir ou les lancer hors de la gravité. Et voler bien sur à l'aide de harnais et de la force des coudes des compères devient possible.Oiseau propulsé dans les airs le temps de s'apercevoir que le sol résiste.

Du bel ouvrage séduisant,enjoué,accessible qui laisse une impression de futilité délicieuse,d'aisance,et de jouissances de l'instant dansé. Le poids du monde est franchissable et ce joyeux trio gagnant est bonne pioche au tiercé des tombées chorégraphiques.Et si Terpsichore était une femme légère ? 

A la Scierie festival Avignon le off jusqu'au 22 juillet

On en pince pour"Le complexe des homards"de Catherine Dreyfus

 


Saviez vous qu'il existe des gardiens de homards?Et bien voilà que dans l'imagination de la chorégraphe Catherine Dreyfus en voici un spécimen et fier de l'être. En costume de travail,salopette et bottes ce curieux personnage se met à conter la vie des homards,ces pachas de la mer selon le poète Desnos dans le"Chante Fables" de Jean Wiener..La curiosité de ces crustacés réside dans l'entre deux de leur mue ou ils sont nus sans leur exosquelette.Sujet en or pour un danseur qui œuvre de toute sa peau sans cesse et dans cette métaphore devient fragile et vulnérable comme un adolescent qui se transforme.Deux jeunes danseurs vont donc incarner ces bestioles marines sans gestes mimétiques mais avec la fragilité ou l'arrogance de leur statu.Dans une scénographie très soignée et sophistiquée ils alternent leurs déplacements,leur jeu ludique avec joie et enthousiasme.Leur gardien veille au grain et ne les dérange pas en s’effaçant dans une gestuelle bon-enfant bienveillante,attentionnée.Avec un accent provençal charmeur de homards.Ils sont ses enfants qu'il laisse jouer dans des praticables mobiles,cabines d'essayage ou de mode,vivier,bocaux ou aquarium passibles d'espaces de liberté. Le temps passe lentement en leur compagnie,un peu répétitive et sans trop de surprises.Le rythme plus resserré donnerait à cette légende psychanalytique un tonus et un intérêt plus soutenu.Gageons que ces Monseigneurs de la Pince nous séduisent à la nage ou au court bouillon pour une bonne bouillabaisse dansante méridionale savoureuse et gouleyante.Car nos deux crustacés ont bien de la chance d'être cuisinés en de si bonne main de cheffe maître de ballet.Catherine Dreyfus fort bien inspirée par ces petits monstres enfants terribles et joviaux de nos assiettes de danseurs dans leurs espaces à conquérir.

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 24 juillet



jeudi 16 juillet 2026

"Bang bang" ou la performance tonitruante de Manuel Roque

 


Démarrage en trombe sur un plateau plus que nu: un duo d'hommes impressionnant sorte de compte à rebour sidérant sans cesse nourri pendant plus d'une heure par un tonus et une énergie affolante.Performance athlétique certes mais ingéniosité des couches et strates de danse,de rythme et de cadence à vous couper le souffle.Est-ce humain ce déferlement de perte et de dépense,de calculs en tête,de mémoire corporelle? On se questionne sur la durée,l'intensité de ce duo jumeaux toujours à l'unisson,sans faille,hors norme,énorme.On n'achève pas des danseurs consentants dans l'épuisement et la fatigue qui bondissent de plus belle au final ou se posent parfois sans le faire voir ni le  savoir.Nils Levazeux et Manuel Roque,mutins,drôles et plein d'humour de surcroît.La belle affaire pour ces garçons en quête d'authenticité et de magie physique bien réelle.Le compte est bon et la machine infernale comme une locomotive lancée dans l'espace,hommes canon de foire du trône comme à la belle époque des curiosités singulières.

Aux Hivernales jusqu'au 20 juillet 13h 30

Dans le cadre du festival "ont (y) danse aussi l'été "

Wen-Jen Huang Seed Dance Company: "Lost Connection": la peau s'étire...

 


Zombies dance..

Et si notre société ressemblait vraiment à cet amas de créatures,zombies démesurés,sorte de fœtus déformés,conditionnés par des comportements grégaires et étranges?Les danseuses commencent par se scruter le visage avec les lueurs glauques de leur portable comme des individus attachés scotchés à leur outil de consommation numérique.Les visions sont hallucinantes métaphoriquement impressionnantes et les métamorphoses des visages en grimaces grotesques, violentes et sidérantes.  Toute la pièce singulière de la chorégraphe transpire l 'horreur ou la magie de la transformation des corps en autant de sujets bizarroïdes et singuliers. Hypnotique à souhait,mêlant science fiction et réalité tangible cet opus révèle une danse perturbée,intranquille de toute beauté. On est connecté à la fragilité et le danger des outils de communication,piège et appas d'un monde en mutation qui déforme et appauvrit la relation.Les quatre danseurs au mieux d'une performance surréalisme de belle envergure.Échanges de peaux en sus,étirement des tissus des vêtements comme chez Martha Graham dans "Frontier" pour mieux s'interpénétrer, se poursuivre, se lier en vain dans des évolutions plastiquement très réussies. Le tissus s'étire, se tend, respire comme une seconde peau interchangeable, pénétrant les corps comme des orifices organiques sensibles.

Aux Hivernales d'Avignon judsqu' au 20 juillet 12h.

mercredi 15 juillet 2026

Vive le sujet! Tentatives série 2: du pain sur la planche..


 "Revenir au monde" de Juliette Navis

My lunch with Ravel format boléro

Le "piano "est dressé sur le plateau du Jardin de la Vierge.A quel sacrifice rituel sera dévolue cette table de travail de cheffe cuisinière parée d œufs,de farine et d'ustensiles culinaires?C'est le lieu de retrouvailles entre une comédienne et une cheffe en cuisine où tout va basculer dans un récit vivant,goûteux où la saveur des mots,des souvenirs questionne notre existence,notre rôle dans la vie. Deux femmes se livrent à dévoiler leurs recettes entre inventivité et tradition.L'une suspend au fil à linge le résultat d'une pâte à nouilles roulée auparavant dans son appareil. In situ la cuisine se prépare comme un partage d’idées, d'avenir professionnel.On y apprend que la gastronomie est le fief de la perfection autant que de la terreur tétanique d 'échouer. Alors virement de bord pour Celine Maguet qui s'engage dans la cuisine partagée auprès des rencontres et non des contraintes. Le dialogue bat son plein et le boléro de Ravel fait son entrée comme métronome d'une recette de risotto mythique. Et d'évoquer la danse de Sylvie Guillem comme don de soi,mets convoité signé Béjart. Épicerie fine des saveurs chorégraphiques de notre enfance.C’est drôle et fameux,esquissé à l'identique par Margot Alexandre comédienne joueuse et danseuse de tout son être pensant. "A quoi tu penses quand tu danses" de Marie Nimier en référence ? En tout cas l'image finale,cette table dressée pour deux comme une nature morte est saisissante autant qu'apaisante.Juliette Navis signe ici son "my lunch with Anna" façon Alain Buffard,dialogue savoureux entre deux savoir être et savoir faire en construction déstructurée de grande cheffe étoilée. 


"Dear" de Johana Maled

Batir dit-elle..
Des batisseuses d'empire,des travailleuses de choc, vêtues de costumes sobres de chantier,des gants protecteurs pour outil de travail..On est sur un chantier que tente d'inventer une femme,ouvrière à la lourde tâche de construire un édifice de parpaings de béton. Architecture lourde,épineuse,dangereuse et rugueuse.Les sensations d'effort,de dépense et de perte s'additionnent au fur et à mesure que sa complice met la main à la pâte et tente elle aussi de dresser puis d'anéantir ce chorten de fortune qu'il lui faudra détruire à grand renfort de coups de massue.Danse du poids à la Laban qui fait basculer le corps et l'ancre à l'endroit où il doit tester son équilibre,sa for et dans son assiette précaire. L'une,Johana Maledon est puissante et ses muscles bandent forts d'une détermination à survivre et mette la tête hors du béton.L'autre Gelicia Rigel,costumée en gaine folklorique,le buste prisonnier de lacets  d'un corset,tenue de travail non appropriée ,est robuste. Elle entame la destruction de cet édifice de briques bétonnée,rageuse, en cérémonie salvatrice.En colère,en révolte,en soulèvement à la Didi Huberman.. Les deux anti héroïnes vont vaincre les ruines et le tableau final sera peut être celui d 'un paysage dévasté par la guerre ou la cruauté humaine.Une fable d'aujourd'hui conduite par la musique de Rodrig de Sa avec tac,force et pleine de conviction. Un trio rude et tendre,destructuré vivifiant et sauvage. 

Au festival d'Avignon jardin de la vierge avec la SACD busqu"au 18 juillet


La Belle Scene Saint Denis : des trios protéiformes

 Seconde programmation à la Parenthèse avec le label désormais connu et reconnu du Théâtre Louis Aragon. 


"Paisiblement" de Mithkal Alzghair" entame la matinée : trois interprètes dont le chorégraphe se livrent comme une sculpture de Carpeaux,ou en fontaine Wallace.Belle vision très rythmée d'un trio animé de pas de danse inspirés du folklore syrien,échappée belle sur fond de percussions. Des pancartes vierges comme slogan de révolte ou d'impuissance.Puis les pieds martellent le sol dans le silence oppressant de cette évocation de la guerre,des corps meurtris ici tatoués de traces et signes de blessures,de cicatrices de torture.Les visages aux regards lointains sont figés et révèlent douleur et fatalité.De leurs bouches sourdent des paroles révélatrices du drame et du conflit syrien.Tous trois respirent cependant le courage,le soulèvement et l'espoir par la danse qui se fait échappée belle,issue de secours en temps d' alerte et de mobilisation perpétuelle. Cette ode à liberté qui traverse l évocation de la servitude au danger est fascinante,émouvante et très convaincante.On y rencontre des danseurs recueillis,éveillés à l'ordre, pulsation ou sursaut de danse.Le trio animé par des interprètes aux pieds nus,vagabonds,nomades d'un message libre et discret.Maculés de cicatrices ils racontent sur la peau du monde autant l 'isolement que la solidarité.


"Out/ Side" de Mwendwa Marchand 

Ici transition radicale avec une dancehall inspirée des courants politiques jamaïquains.Trois interprètes pétris de rythme, de volutes,de déhanchements,les mouvements de bassin en vagues ondulantes progressives.Évocation énergique,habitée des évolutions dansées en autant de parcours ingénieux sur le plateau,divagations fébriles ou intranquilles passionnées. Un bel ensemble chorégraphique épouse une musique et des rythmes parfois survoltés,étayés de mouvements de bras et de hanches des plus audacieux et gracieux.


"Bal magnétique", tour de danse de Massimo Fusco

Un trio de jeunes femmes s'adonnent à la joie et complicité de danser une sorte de réhabilitation du slow selon Orlan.Cette danse de proximité des corps, ici en toute indépendance et légitimité de choix.Accompagnées par la musique live de Hot Bodies,les voilà inventant leur glossaire de pas,de rythmes,sourires aux lèvres,complices partageuses et généreuses.Massimo leur dédie un opus léger,vibratile,toujours en phase avec rythmes et contrepoints musicaux.C'est jouissif,entrainant,sobre ,écrit pour ce trio qui s'adjoint la participation d 'une quatrième interprète glanée au vol dissimulée dans le public.Et par des clins d'oeil malins et mutins les danseuses invitent le public à partager le plateau dans une ambiance chaleureuse.Le bal peut continuer..

A la Parenthèse jusqu'au 17 juillet 10h



mardi 14 juillet 2026

La Belle Scene Saint Denis:Danse Danse


"Nature"

 C'est Delphine Mothes qui entame ce plateau dédié aux jeunes pousses émergeantes de la danse d'aujourd'hui. Un solo énigmatique ou seule dans un coin de la scène, elle bouge lentement,le visage masqué par sa cagoule et sa chevelure.La musique la porte de DJ Mayday et sa gestuelle tendue,discrète et sensible dévoile un corps engagé porteur d'énergie possible.Son attitude prostrée se transforme rapidement en de jouissantes évolutions ludiques,prometteuses de tonus, de vivantes pérégrinations.Jeune et enthousiaste,la danseuse se fond et se métamorphose laissant place à un être plein de verve. Plaquée au mur,elle semble attendre ou déjà déposer sa chrysalide,ôter sa parure pour mieux prendre l'espace, l'apprivoiser .Un solo qui augure d'une expression sobre autant qu'enragée, prometteuse et sensible.


"Leather Better" in situ de Andrea Givanovitch

Le cuir lui va si bien.

Un homme de dos tout de cuir noir vêtu se produit devant nous.Un son sourd sort de ses vêtements. C'est l'écho d'un micro dissimulé qui frôle la matière ici comme une seconde peau.Des franges de cuir s'animent alors qu'il bouge tel un hérisson de cuir qui frapperait le sol. Des guêtres aux jambes, ceintrées par un porte jarretelle soutenant ses jambières en fond une effigie de danseur issu d'un monde de cuir sadomasochiste.Les cheveux plaqués,le regard charmeur il évolue avec sa carapace noire comme un animal traqué sur la défensive.Figure troublante que cette créature qui encore à l'aide de micro fait crisser et mugir son costume  de cuir.Il s'en débarrasse lentement dévoilant un corps aux formes idéales . Encore une mutation au programme de cette soirée expérimentale. Très écrite,la danse est compulsive,magnétique,obsessionnelle. 

A la Parenthèse le 12 juillet Avignon le off

mercredi 8 juillet 2026

"Fae": l'odyssée de Efthimios Moschopoulos

 


On avait eu le privilège d 'assister à son travail à l œuvre lors d un chantier public à Pole Sud CDCN à Strasbourg en décembre 2025. Depuis tout à mûri,c'est construit de la danse à la scénographie.Tel les compagnons d 'Ulysse se réfugiant sous les brebis de Polypheme pour rester incognito, le chorégraphe s'inspire de sa condition fragile de queer dans un pays homophobe et transgresse ici le mythe pour nous faire pénétrer dans des paysages agraires, des architectures éphémères et transformables qui tentent l'impossible utopie d"un monde meilleur.Seul sur le plateau il esquisse une danse de survie,morcelée,tétanique qui oscille entre virtuosité mécanique et dynamique fébrile.

Le hantent, des images d 'un troupeau de brebis qui se jette sur la table d'un festin de végétaux.Elles consomment goulument les victuailles alors que le danseur joue sa vie en déséquilibre sur des bancs puis une table vide.Ce sera lui le sujet et l'objet de la devoration de nos regards.Victime sacrifiée martyr terrassé ou objet d'un sacrifice rituel,élu d"un sacree païen de corps magnifie.Des meules de foin lui délivrent une couche de repos,un berceau reposant ou une charge à manier sempiternellement. Sa danse est préoccupée,intranquille comme menacée par l'intolérance du passé ou peut-etre encore du présent.Sa performance rehaussée de sons et de bruits s'envenime et percute notre appréhension immédiate. Il se met à fracasser les légumes vivants sur l'autel de la faim,délivrant des fragrances nostalgiques de légumes et fruits frais.Vegetarien carnassier du geste de survie, le danseur subjugue,intrigue et questionne ses spectateurs ici réunis pour le banquet des sophistes. Ce "FAE", cette injonction à se nourrir coûte que coûte est telle un théâtre absurde,une peinture mouvante de scènes bucoliques chères à  Courbet.Et si l'origine de cet opus était une légende elle serait celle d'un festin archaïque malmené par des divinités païennes à inventer.Par bonheur Terpsichore veille au grain et la récolte au final sera peut-être celle de nouveaux ingrédients pour inventer le goût de la danse, les matériaux sensibles d'une chorégraphie pastorale et archaïque de toute beauté. 

Au  Hangar Théâtre le 30 juin dans le cadre du festival Montpellier Danse 


"Wasco": peindre la danse,danser la peinture.


Lisbeth Gruwez,Maarten van Cauwenberghe  Hetpaleis et Voetvolk jouent et gagnent dans un opus original,singulier,unique.Prenez des enfants et laissez les peindre les couleurs de la vie sans les restreindre sans les brider en les conduisant sur leurs chemins de traverses.Il en résulte une audace,un punch,un culot débordant de générosité et de professionnalisme. Un chantier,des échafaudages comme terrain de jeu et voilà de jeunes pousses de la danse,tous Pareils,tous différents qui se mettent à construire,à colorer leur espace de vie en gribouillis à la Cy Trombly,en body painting,en gestes picturaux dignes de Pollock ou Mathieu.En fulgurances picturales à la Niki de Saint Phalle.Un pinceau peut y tracer le bonheur,le signe inscrit d'une énergie débordante incalculee .Ce sont des enfants et adolescents qui mènent ce bal Bullier digne d'une Sonia Delaunay ou d'un  Severini avec fougue,intensité,générosité sans limite.Incroyable fresque mouvante,les jeunes danseurs maîtrisent une gestuelle qui leur va à merveille,sans code ni contraintes.Chacun y trouve son style dans une grande liberté d'expression.Les couleurs ,les matières y sont maîtresses et les glissades,les jeux induits par l'expérimentation font mouche.Des pots de peintures comme matériaux de base,une toile au sol pour accueillir leur inventivité,leur inspiration en direct sous nos yeux ébahis devant tant de beautés. Au final un immense rideau de scène tel ceux des Ballets Russes à la Picasso se lève et suspend nos rêves aux cimaises.On souhaiterait le voir en étendard sur la façade de l'agora de Montpellier Danse pour illustrer l'esprit d'ouverture du lieu dédié à la Danse et à toute son actualité débordante d'audace. Cette "infanterie" est bel et bien le creuset de l'intelligence de la transmission d'une danse inventive,libre et fédérative.

L'œuvre collective,l'être ensemble comme direction,comme cap accessible,possible endroit de structuration,de sensibilisation à un engagement politique,poétique d 'exception.Ces petits "soldats" ambassadeurs d'une troupe soudée dans la cadence d'une unisson citoyenne, participative,physique,sensorielle à souhait.Une éducation artistique de rêve vécue,pensée en mouvement et toujours de l' avant.Et l'on palpite,on frissonne de plaisir à la vue d 'un tel engagement partagé. 

Au Théâtre Jean Vilar le 4 juillet dans le cadre du festival Montpellier Danse. 

Mazelfreten: une meute electrisante et fascinante

 


C' est place de l 'Europe que les fameux et célèbres Mazelfreten se sont produits comme spectacle apothéose du festival Montpellier Danse.Pour un final public très émouvant, l'espace public bondé et impatient de les voir évoluer devant eux.Aptes un discours sobre et enthousiasme du Maire de la ville et des organisateurs ,lesdix danseurs s emp,arent du plateau immense et déjà l'énergie déferle rageuse,tranchante,aiguisée,comme un projectile lancé dans l'espace prêt à ricochet,rebondir,ensorceler. On y retrouve Brandon Miel Masele galvanisé par ses pairs,magistral danseur tonique,brûlant les planches avec conviction,engagement et fougue Il en va de même pour les autres interprètes galvanisés par ce style électronique et hip hop qui leur va si bien.

Une grande leçon de danse publique sur l'esplanade Charles de Gaulle la même matinée prouvait que la simplicité et la convivialité du chef de file Brandon est authentique,simple et respectueuse du public,de ses capacités et attentes.Danser face à face à ce démiurge devient naturel,simple et possible.Merci au festival et à ses initiateurs..

La gestuelle est angulaire,morcelée,en miettes et reconstruite à l'envi par une énergie qui se plie et se déplie toujours en fractures géologiques,en strates tectoniques de déluge autant de grâce que de brutalité fracassante simulée .L'aura Defretin et Brandon Masele au firmament de leur art de mettre en scène une danse fusionnelle avec des corps performants au delà d' une prestation virtuose ou athlétique.Un déferlement d 'énergie ponctué de poésie chorégraphique,duo ou solo qui  égrènent joyeusement ce show électrique. Del'adrenaline de choc pour éveiller les espritsen en  ondes de pulsations,de rythmes endiablés,de vibrations salvatrice et bienfaisantes.Un événement hors pair pour clore dans la cité un festival populaire de haute volée sous le signe du partage et de la convivialité.

  Il en allait de même avec le tout dernier spectacle dans l'amphithéâtre du Domained'0 "Hervé X Et Mazelfreten".Une rencontre du troisième type entre le chanteur et la troupe de danseurs.L'ambiance survoltée du concert fera date: jamais seul sur le plateau, la jeune star auteur-compositeur-interprete d'emblée électrise et séduit par sa silhouette solide et massive,sa voix et ses propos chaleureux. Inspiré autant par Bashung, Daho ou Daft Punk,le voilà jeté dans l'arène ,généreux,porté par l'amour de la scène et la découverte de la compagnie de danseurs tout proches.Ils font corps et graphie dans cet espace partagé,la danse fusionné avec la musique et trace et signe des évolutions fulgurantes autant que des instants solo de toute beauté et très émouvants.Loin d'être une machinerie lancée à fond dans le vide,cet opus est écrit,structuré et rythmé sans pareil laissant place à une virtuosité délectable. Les Mazelfreten décidément inscrits dans une mouvance stylée, inventive et surprenante.Chacun des interprètes y trouvant son tempérament,sa singularité,son identité.Un battle final fait figure de glossaire,catalogue irraisonné de ces chansons de gestes courtois de notre temps.

Au domaine d'0 le 4 juillet dans le cadre du festialMontpellier Danse.

mardi 7 juillet 2026

Sept larmes pour Élisabeth:la danse dans les plis

 


La vie dans les plis les replis les déplies  les origami de la chorégraphie telle serait en résumé le propos empreint de . plénitude de cette œuvre de main de maître signee Aurelien Bory.Au plateau le guitariste virtuose Thibaut Garçia accompagne sa complice Aure Wachter danseuse chanteuseAu sol un immense drapé noir étoffé de la nuit se répand en tissu froissé de lumière.Cette femme déjà familière s en empare pour la transformer la plisser s en emparer comme un habit de nuitée longue robe à la Fortuny ou Myake 

Alors que les mains agiles du guitariste egrenent des mélodies nostalgiques.La danse est raffinée baroque altière et distinguée.Le son de la voix de Aure Wachter se fait profond mélancolique et le fameux o solitude devient chanson de geste et d amour gracieux.Les apparitions de l un et de l autre sont résurgences de sons et de corps qui absorbent l espace ou se fondent en lui.La fraise, cette collerette costume du port de tête se fait ornement savant qui se porte et se déplie comme un leporello ou une crête dorsale d animal hipocampe archaïque.Vision de toute beauté plastique et onirique qui plonge dans une atmosphère méditative recueillie. Un immense pan de mur se dresse et fait résonance écho à ces plis dignes  de Deleuze ou Henri Michaud comme réflexion du scenographe Aurelien Bory magicien expérimenté de la lumière et d une narration rythmique de la danse.Elisabeth princesse attristée y devient initiatrice d un trio danse en compagnie de son guitariste et de son instrument.Un corps à corps fabuleux des virevoltes tourbillons de grâce lancés dans l espace à foison.On y perd pied et repérés ravis par une intelligence rare interprétation de l univers elisabethain de John Dowland et de son fameux Seaven Teares.Pavane précieuse inventée de toute pièce par la danseuse et le musicien démarche calculée écrite et façonnée par les replis les tréfonds d un palimpseste miraculeux.Cet opus création mondiale se fait joyaux de la reine perle rare baroque aux formes multiples qui se font et défont à l envi. Le glossaire de gestes et de musique comme une partition en direct déchiffrée sois nos yeux.La tendresse et l harmonie se fondent et se diluant.Le mur de plis en accordéon ou partie orgues basaltique fait écho en pierre polyphonique et phonolithique roche métamorphique en cassure séracs géologiques des ères revolues.Perchee sur cette frange périlleuse la danseuse funambule se fait ange figure fantomatique ou esprit des lieux en déséquilibre.  Le risque et le danger font frémir hérissent et galvanisént les deux interprètes au zénith à l apogée de leur savoir être ensemble dans une grande discrète empathie avec le public.Une ode à la mélancolie ici rehaussée de bonheur d accalmie de sérénité absolue

L'architecture phonique telle les rythmes chers à Porzamparc et la Cité de la musique à Paris ou celle de la philharmonie de Luxembourg.Attention chef d oeuvre à ouvrir precosioneusement comme un éventail chatoyant procurant mystère et secrets au firmament de la préciosité des arts croisés. Les larmes d une clepsydre goutte à goutte  élixir de jouvence aux fragrances d amour courtois.

Au Théâtre Jean Claude carrière le 4 juillet dans le cadre du festival Montpellier Danse 

A

samedi 4 juillet 2026

"How romantic" Katerina Andreou et Carte Blanche: danser pour survivre

 


Les marathons de danse inspirent la chorégraphe d' origine grecque avec passion et raison.Ce n' est pas sa vision ni une adaptation du film de Syndey Pollac "On acheve bien les chevaux", mais un opus fondé sur l'énergie,son déploiement et la force de caractère de ces personnages engagés dans la lutte pour la survie sociale,économique.Les danseurs allongés sur une sorte de podium entament lentement une gestuelle sensible,chacun esquissant son impatience,sa peur,son attente quant à cet événement à surmonter jusqu au bout.Un train d'enfer musical et c'est parti comme une tornade,un rythme endiablé qui s'installe et provoque une tempêtede gestes tétaniques redoutables.Tout semble œuvrer en direction de la retenue puis peu à peu du basculement dans l'effort,la dépense et la perte. Singulières visions débridées de corps qui expriment désarroi,ou peut être aussi joie de participer à cette cérémonie collective qui va fédérer les participants.Solo et duo engagent la Danse,la transforme en en meute déferlante sur une musique cinglante.Quelques pas de deux explorent le calme retrouvé après la tempête et apaise l'atmosphère. Duo rock tango de deux danseurs alors qu'un autre se fraye au ralenti un passage compliqué sur le podium. Ambiance tendue,voire oppressante.Sur des bribes musicales du Sacre du  Printemps ou micro en main comme un animateur sportif de compétition,les danseurs s'adonnent à un rituel de partage plutôt que de concurrence ou lutte individuelle.La solidarité et l'entraide forme un être ensemble remarquable et l'ambiance reste à l'empathie et à la fièvre collective. Les instants d'accalmie sont des havres de gestes ralentis,calmes,détectables.Savoureux et apaisants.Au final c'est à un feu d'artifice de bonds,de sauts d'obstacles que l'on  assiste à vous couper le souffle.A perdre haleine une fulgurance émerge et surgit des corps lancés dans l'espace,projetés comme des dévoreurs affolés d'univers qui s'ouvrent à l'envi.De remarquables interprètes de la compagnie de Danse de Norvège,Carte Blanche s'adonnent au jeu de la Joie de danser qu'incarne en quintessence  la pensée communicative de Katerina Andreou.

Au Théâtre de l'Agora de la Danse le 3 juillet dans le cadre du Festival Montpellier Danse 

Au festival d'Avignon IN le 13 juillet

vendredi 3 juillet 2026

Chiara Bersani l'animale

 


Quand danse et sculpture révèle l'art d être au monde

Une forme étrange semble reposer sur un socle au cœur de la chapelle des chœurs de Montpellier :cette masse étrange se met à se mouvoir lentement comme un être vivant au creux d'une lumière douce et apaisante.On distingue à peine les contours d'un corps qui se meut lentement et dissimule vraisemblablement celui d'un être vivant.La sculpture oscille émet de petits cris et souffles de vie et laisse apparaître peu à peu les contours d'un bras d'une cuisse et le tissu d'un vêtement noir scintillant.Alors se fait plus évidente la présence d'une personne ,le travail d'un Rodin...On perçoit une main difforme comme sortie d'un univers étrange étranger: c'est bien la la danseuse qui se dévoile lentement et apparaît dans toute sa splendeur et sa singularité physique.C "est ainsi que prend vis l'interprète qui fascine inquiète intrigue et provoque un émoi une émotion intense .Le regard se focalise sur ces mouvements lents dévoilant son visage sa longue chevelure son corps entièrement.La a danseuse, créature quasi fantastique dans ce contexte spectaculaire'fait office de monstre sacré créature divine transfiguré comme sur un socle magnifiant ses formes au plus haut niveau de visibilité.La sensibilité au cœur du sujet sans complaisance ni déni. 

Dans le cadre du festival Montpellier Danse le 3 Juilllet 

La Horde ou la descente aux enfers après nous le déluge


Après moi le déluge

 La Horde ce collectif chorégraphique à la direction du Centre national de la danse de Marseille ose toujours surprend dérange trouble sème la zizanie dans les corps et les esprits pour causer désordre et chaos.S'inspirant de leur mentor philosophe écologiste servant et fervant militant de la résilience Alain Damasio. Leur style est celui du soulèvement plus que de la révolte car il n'y a pas de solution à leurs préoccupations dans un décor planté pour l'immense salle du Corum à Montpellier. Cette œuvre qui se déroule et se façonne devant nous est une fois de plus une création mondiale dédiée au festival Montpellier Danse :un parcours irréprochable sur les sentiers d'un questionnement sur notre vivre ensemble et nos résolutions à sortir d'une impasse, impasse ici incarnee  par une immense chappe de matiere grise sur le plateau.Toit du monde qui se transforme en béance,en trou noir qui accueille les corps des danseurs comme dans une fosse magnétique,happant les etres humains voués un triste  sort dans les entrailles de l enfer.Serions nous chez Jérôme Bosch, au sein et au seuil d une diabolique et irréversible immersion ? Sans nul doute que cette irrésistible meute va surnager de cette enfer et vivre au crochet de ce décor qui occupe toute la place du plateau mais il ne semble pas y avoir d'ici après ces quatre tableaux illustrant la fin du monde Apocalypse Now pour le collectif du nom de la Horde fétiche emblème du travail et de la réflexion du collectif hors norme

Dans le cadre du festival de Montpellier danse au corum le 1 juillet