mercredi 13 mai 2026

"Voix de Stras": Catherine Bolzinger haute couture sur la "mesure"

 


C’est toujours les voix qui restent, au final, c’est aussi toujours par elles que ça commence, une voix plus une oreille, deux fils de soie impalpables et un pavillon !
Jean-Jacques Schuhl

Chaque deuxième mercredi du mois, Catherine Bolzinger propose au Temple Neuf à Strasbourg, en partenariat avec l’ensemble professionnel a capella Voix de Stras’ et le Choeur philharmonique de Strasbourg Les Rendez-vous de la Voix. Les rendez-vous de la voix s’adressent aux curieux, aux mélomanes, à toutes celles et ceux que la voix humaine intrigue ou fascine… ils sont une exploration de la voix sous toutes ses formes.Ce nouveau cycle propose une rencontre vivante et originale entre artistes et public.L’idée est simple et généreuse – déployer la voix humaine dans toutes ses dimensions : instrumentale, vecteur d’émotions et de lien social. Qu’elle soit solidaire, participative, méditative, créative ou expérimentale, la voix devient le point de départ d’expériences musicales uniques, de découvertes et de dialogues inattendus.Ici, l’écoute se transforme en expérience : répétitions commentées, concerts interactifs, créations inédites, explorations interculturelles…Les Rendez-vous de la Voix célèbrent la diversité et offrent à chacun l’occasion de ressentir la puissance et la subtilité de la voix humaine.

100%vocal, 100% féminin, c'est la signature de Voix de Stras', quintette lyrique féminin. Leurs concerts mêlent habilement écritures contemporaines, airs classiques et chansons traditionnelles.

Mercredi 13 mai à 20h –Au temple Neuf Répétition commentée !

À l’occasion de la prochaine répétition commentée du Choeur philharmonique de Strasbourg, Catherine Bolzinger vous emmènera dans les détours de ses Rhapsodies Bohémiennes, anecdotes à la clé et démonstrations live par les 60 choristes.

Catherine Bolzinger déroule ses répétitions avec Voix de Stras’ comme une séance haute couture. ✨
Après la première phase d’écriture, Catherine Bolzinger observe les premières répétitions de ses chanteuses pour ajuster, compléter, modeler et réécrire.
Comme une étoffe que l’on travaille patiemment, la musique prend forme peu à peu, jusqu’à trouver la coupe juste, la nuance parfaite.Un travail de précision, d’écoute et de création collective… où chaque détail compte.

 

mardi 12 mai 2026

"All Over Nymphéas" , Emmanuel Eggermont , à fleur d'eau...Circum navigation, signes d'étang, collages absurdes de Danse magnétique .

 


Avec Les Nymphéas, œuvre littéralement monumentale et monument de l’histoire de la peinture, Claude Monet a livré une réponse colorée, idyllique et véritablement vivante à la violence de son temps : la représentation y laisse la place à la présence sensible, les formes clairement ordonnées à une atmosphère presque tangible où elles s’estompent, dans laquelle s’abîme le regard. 



C’est cette présence que fait vivre Emmanuel Eggermont dans un ballet pour neuf danseurs et danseuses qui est plus qu’une relecture. Le all-over
est une pratique picturale, de Jackson Pollock à Mark Rothko, dans laquelle la couleur est répartie plus ou moins uniformément sur la toile, annihilant la référence au réel au profit de l’immersion.
Du principe de répétition et de combinaison des motifs, commun à ces deux sources d’inspiration, le chorégraphe a fait la grammaire d’un spectacle qui, lui aussi, semble sortir du cadre. Sa « chromato-chorégraphie » convoque le corps, la musique, la couleur et les formes comme autant de langages. Sur un pied d’égalité, les interprètes interagissent dans une œuvre plastique et originale.

 


Une histoire d'eau, de reflets dans un oeil d'or, celui d'Emmanuel Eggermont plongé dans une réflexion lumineuse, un miroir flottant, une vasque aquatique frémissante et choré-graphique proche d'une calligraphie abstraire. Un danseur traverse cette mise en scène très plasticienne: plaques bleutées au sol, longues perches suspendues comme un écran tectonique d'une architecture aérienne mobile.Un écrin, vaste et ouvert sur les volumes sonores qui s'esquissent: sons lointains de tuyaux d'orgue, angélus résonnant comme autant de coups de cloches fébriles. Les gestes sont tranchés, abruptes, ciselés et précis, épousant toutes les parties du corps comme des flèches tendues et prêtes à fuser dans l'espace. Se joignent à cette précision graphique, d'autres "mobiles" qui sillonnent le plateau comme autant de particules lancées dans l'arène. Marches, démarches sensibles, orientées de moultes façons pour mieux introduite des arrêts sur images, des poses, des attitudes étranges qui se reproduisent comme des répliques, des jeux en dialogues avec le son. Formes anguleuses, mains sur les yeux comme pour se protéger de la lumière, en dehors et en dedans des jambes, pieds calés à l'horizontale comme des angles, des carrés géométriques. Pointes, talons, déhanchements subtils qui structurent la danse en cubes, en lignes brisées ou droites. Géographie physique impressionnante de précision, de rythmes musicaux, de cassures et brisures de gestes. Solitudes des interprètes qui ne se réunissent qu'au sol, langoureuses figures de corps qui se répandent, fondent, attendent des soubresauts venus de l'autre. En noir, costumes stricts, desingnés comme pour un défilé de mode qui se distingue peu à peu dans les démarches des danseurs lâchés dans l'espace, ses diagonales, ses longues lignes tendues. Points, lignes, plans, sculptures à la Ellsworth Kelly, géométries posées au sol en flaques bleues comme des pièces de puzzle à déconstruire, le décor est loin d'évoquer quelques "Nymphéas" disparues au profit d'une peinture abstraire et radicale..Chercher plutôt du côté des lumières, des reflets à travers des plaques plastiques portées par les danseurs comme des écrans colorés, des gélatines de projecteurs de scènes. Une danseuse en sera recouverte comme dans une cage dorée, réverbérant la lumière ambiante.Des plaques blanches se feront écrans, boites et parois où pourraient s'esquisser quelques traits fugaces. En masquant des parties de corps volontairement tronqués, déstructurés au profit de lignes strictes. Les motifs récurrents forment des séries comme des gammes de gestes à reproduire qui s'estompent, s'effacent et proposent une chromo-chorégraphie "maison", celle de la compagnie "Anthracite" aux contours bien définis.Quelques duos parsèment la chorégraphie éparse de cette pièce énigmatique, portés fugaces, allers et retours des figures récurrentes en osmose avec la radicalité du propos.Les divagations de la danse comme muselées par des tracés parfois brisés comme une tectonique des plaques en fusion. Un dandy très Karl Lagerfeld ou Y.S.Laurent questionne le paraitre en déhanchements symptomatiques d'illusion, de futilité. Les costumes alternent en noir, en col monté, troquent cette rigidité en formes rondes ou lacérées.On songe encore à Robert Morris et d'autres ingénieux plasticiens chantres d'une revendication de matériaux sobres, métalliques, froids et glacés.Frank Stella pour les brisures des gestes lacérés. Lucio Fontana pour les déchirures et lacération des gestes des danseurs.Celeste Boursier Mougenot proche aussi du travail scénographique de Jihy  Jung.Vifs argent, fulgurante écriture dans des espaces singuliers de corps voués à une figuration abstraite .Alors que des torrents de musique signés Julien Lepreux se déversent parfois au détriment de la lecture de la danse tant leur densité ravageuse prend de la place et inonde le plateau.Ambiance chaotique, certes qui fait monter la tension dans un grand fatras musical où tout bascule dans la diversité des sons . En bleu ou en couverture de survie dorée, en autant de particules, d'électrons domestiqués, les danseurs écrivent une partition corporelle très soignée, précise et ciselée qui font songer à l'écriture de Dominique Bagouet, aux déplacements fébriles de Mathilde Monnier, à toute une génération de chorégraphes inspirés par les arts plastiques et leur énergie de fabrication, leur monstration hors les murs, leur anti conformisme revendiqué.L’extrême délicatesse, très distinguée d'Emmanuel Eggermont comme une signature baroque, enluminure médiévale aux confins de l'harmonie, de la tranquillité agitée des eaux dormantes de Nymphéas proches de la dérive de Ophélie sur les eaux...Neuf danseurs gantés de personnages surgis de visions fantomatiques, soutenus par un glossaire de gestes burlesques ou rigoureux, incarnant dessins, peinture, sculptures ou autres médiums multiples de l'Art contemporain. Rendre Monnet de sa pièce unique à l'Orangerie, architecture fantasmée de l'ordre du naturel revisité.

Présenté avec le CCN•Ballet de l’Opéra national du Rhin et POLE-SUD, CDCN ce spectacle fait partie du Parcours Danse


 Au Maillon jusqu'au 12 MAI