lundi 15 juin 2026

"Trois Soeurs" de Tchekhov: il n'y a pas d'amour heureux...

 

Yann Siptrott et Serge Lipszyc vous convient pour ce 8ème rdv annuel du Théâtre Forestier au Guensthal, après la folie de Molière 401 en 23 et après “Un songe, une nuit , l’été” de William Shakespeare en 24 et la mouette en 25L'évènement est coorganisé par la compagnie du matamore et le théâtre forestier du Guensthal Trois soeurs d' Anton Tchekhov , est précédée d'une lecture théâtralisée de la pièce de Valerie Durin " Quatre actes avec Olga" , Cet ouvrage est écrit à partir de la correspondance d'Anton Tchekhov et d'Olga Knipper, actrice qui deviendra sa femme. Un théâtre de partage et de convivialité au coeur du joyau de Guensthal. Chez les Siptrott’s. Tchekhov n’aurait pas rêvé mieux …Un théâtre de partage et de convivialité au coeur du joyau de Guensthal. Chez les Siptrott’s. Tchekhov n’aurait pas rêvé mieux …

Quatre actes avec Olga de Valérie Durin

L’histoire d’amour entre l’écrivain Anton Tchekhov et la comédienne Olga Knipper fut aussi intense que brève. Ils se rencontrent en avril 1898 à la lecture de La Mouette. Le dramaturge déjà célèbre et déjà malade, découvre la voix et la présence de l’interprète de son œuvre, une jeune femme fine et intelligente, gaie et spontanée, passionnée par son métier. Au fil des jours, marqués par les occupations de l’auteur dans sa maison de Yalta et par la progression du mal qui s’impose en lui, et les représentations de la comédienne à Moscou ou en tournée, la rencontre se fait idylle, amour puis mariage. Sans cesse séparés par la vie, ils ne se voyaient pas souvent, mais s’écrivaient régulièrement.

Lecture sous les arbres en apéritif éclairé pour entamer cette soirée sylvestre et forestière que nous propose la compagnie Matamore sur le territoire sacré du Guensthal. La correspondance entre Tchekhov et sa future compagne est un joli, prétexte à une introduction dans le monde tourmenté de l'auteur, malmené par la maladie chronique de l’asthme qui le ronge. Mais lui permet cependant de faire surfa    ce, de surnager magistralement pour écrire ici une oeuvre épistolaire de toute beauté. Rehaussée par la transposition de l'autrice Valérie Durin et le metteur en scène même, Serge Lipszyc. Quatre couples de comédiens vont tisser cette odyssée d'un amour naissant, huit comédiens pour incarner tantôt Tchekhov, tantôt Olga Knipper.Des dialogues s'instaurent, s'installent au gré des émotions naissantes de la rencontre inédite entre les deux personnages. Valentine Von Hörde donne le "la" de cette épopée amoureuse face à Sylvain Urban, charmeur à souhait et tout comme elle sous le charme de la complicité discrète d'une amour naissante. Le ton est donné: intimité partagée en dialogue délicieux, bordé par la langue altière, naturelle de Tchekhov.Plaisir de l'écoute et de la diversité des jeux des acteurs qui se distribuent les rôles en quatre actes relatifs aux créations de l'auteur. Quatre périodes de sa vie, des lettres fulgurantes sur les mots, la mise en scène, le contexte de ces créations audacieuses.Pour couronner le tout, de la musique live, guitare , flûte comme des réponses en résonance à l'action. Et le chant des oiseaux voisins comme des bruits dans le silence de cette prose rythmée à souhait. Un acteur de marque y dépose sa signature de l'époque. Stanislavski en personne qui prône le jeu expressionniste qu'on lui connait, mettant en avant les creux des pauses et silences d'un texte, ici lu et joué en toute liberté. La méthode Stanislavski aide l’acteur à bâtir un personnage cohérent, sans cliché ni effet plaqué. Le rôle n’est pas abordé comme une silhouette à imiter, mais comme une vie à comprendre.En contre plongée, sur des tréteaux, les comédiens alternent les couples et donnent envie de savoir la suite en continu. Tous excellents lecteurs-conteurs, les mots à la bouche, les gestes calculés pour maintenir suspens et surprise. Une mise en bouche apéritive et éclairante sur ce qui va suivre après une pause gastronomique de chez Anthon, la soupe bien relevée de cet autre Anton qui donne lui aussi le "la" à cette soirée inventive et audacieuse. Comme le Crédit Mut qui ici semble ne pas être au diapason de cette petite musique de nuit tombante alléchante.Les duos qui se succèdent dans une mise en scène rythmée en leitmotiv pour mieux pénétrer l'univers, l'atmosphère du génial Tchekhov de l'époque!Voici "une pédagogie" intelligente et digne de porte des éclairages fouillés et accessibles à toute une oeuvre, une vie, ici résumée par des échanges épistolaires fameux, gourmands, excitants quant à la suite.

Adaptation : Valérie Durin et Serge Lipszyc.
Par la Compagnie du Matamore et le théâtre Forestier du Guensthal

Trois Soeurs

Les Trois Sœurs, c’est un opéra. Rien ne manque, tout est en place, la partition parfaite. La musique de Tchekhov n’est pas mièvre, elle est violente, rugueuse, drôle, subtile et âpre. C’est la vie qui s’écoule, les rêves qui s’étiolent, les rires qui se figent, le temps qui dévore, la mort qu’on attend. Tchekhov nous donne à entendre et à voir le miroir à peine déformé de nos existences.


.Trois femmes sur le plateau comme une ode à la sororité, à l'amour et la filiation. Trois femmes, toutes différentes vont incarner une situation, un statu propre à l'époque, fin XIX ème siècle au pays de la Russie, pétrie de contrastes, de paradoxes. Elles s'enlassent et se donnent telles les sculptures des Siptrott,dans le don et l'offrande.Telles les pauses et danses de Obadia/Bouvier Elles sont d'emblée attachantes, Irina, joviale, naïve, pleine d'espoir et de vie, la plus jeune: c'est Valentine von Hörde qui explose dans ce rôle vif, tendre et plein d'optimisme. A ses côtés, la belle Macha, rayonnante mais possédée par un pouvoir de séduction qui la dépasse et l'angoisse: Pauline Laurent en femme du monde, élégante, distinguée, inquiète et protectrice. Olga, elle, sage et maternelle compagne indéfectible de ce trio magnétique. Alors ça démarre par l'évocation de la mort du père, qui revient en fantôme bienveillant pour bercer ces orphelines soulagées: Serge Lipscyz, débonnaire et bon homme plein de dévotion, d'amertume aussi, de désillusion parfois. Spectre, ectoplasme de charme,lien entre les générations. C'est jour de fête, l'anniversaire d'Irina avec un cadeau magique: un moment de théâtre à couper le souffle. On lui offre une toupie qui démontre en l'activant, qu'elle est ce silence bruyant peuplé de sons étranges si on la laisse s'exprimer jusqu'à son agonie musicale...Démonstration "stanislavski" de l'écoute des silences et des bruits du monde. Clin d'oeil malin et distancé du metteur en scène à la célèbre et mythique méthode de jeu théâtral révolutionnaire en son temps.

Le jeu et les intrigues animent la vaste scène du pré du Guensthal, lieu, endroit rêvé pour conter un récit peuplé de personnages fameux et attachants.Onze comédiens pour porter cette pièce moins connue du prolixe Tchekhov.On y décèle des militaires, fiers et imbus d'eux-même, classe sociale chérie et importante. L'un deux, Verchinine, incarné par Yann Siptroot, fait le paon, séducteur, beau parleur. Auprès de Macha, il rayonne et part à la conquête d'une femme mariée à Koulyguine, professeur émérite de lycée, fier et pas modeste pour un sou. Sur de lui et hors sol, Bruno Journée y est touchant, agaçant à souhait, malin et naif à la fois.Beau portrait du paraitre en société, proche d'une dérive qu'il cherche à masquer par une flamboyance feinte. Le Baron Touzenbach, Charles Leckler à leur côté fait figure de jeunot à éduquer dans ce monde familial complexe, soudé par une solidarité de classe. Entachée cependant par le mépris de certain au regard d'une servante inutile mais faisant partie des meubles, Anfissa, la nourrice tout juste tolérée jouée par Bruno Journée.Ainsi que Natacha, Sophie Thomann, hors norme dans ce milieu, pièce rapportée, méprisée et humiliée qui ne cesse de chérir sa progéniture et mal cadrée dans cette famille toxique en dérive, débâcle ou débandade.Geoffrey Goudeau, Soliony,personnage étrange, au jeu de mot prolixe, fait figure de critique, de décalage face à ce microcosme saturé de codes et de filiation. Un écart salvateur incarné avec détachement, recul et distanciation. Alors que Serge Lipszyc joue et gagne dans le rôle du médecin déconfit, incapable de décision, mais maitre de petites mélodies et leitmotivs récurrents du plis bel effet. Un homme ivre et désenchanté qui ne se mouille que pour arroser son visage et dessaouler de son vertige corporel très convaincant. Sans oublier Patrice Verdeil, l'employé du Conseil municipal ou le lieutenant Feraponte, imbu de lui-même à souhait.

Être ou ne pas être dans cette micro-société sans issue, voilà la question qui tarabuste chacun et les fait exister malgré eux dans un cloaque sentimental désopilant autant que dramatique. Car des moments humoristiques quasi vaudevillesques parsèment la pièce et lui donne un panache optimiste, gai et chamarré insoupçonné.Sans grotesque ni caricature, finement esquissé par le jeu des acteurs: engagés, plein de verve et de tonus dans ce bel espace bucolique à conquérir: les perspectives du paysage, comme écrin naturel à la mise en espace de ces "Trois Soeurs" réinventées pour l'occasion.

Une version qui n'occulte pas les embuches d'un récit, d'une narration ou les rebondissements se terminent en coup de feu fatal à une société pétrie de vie autant que d'instinct de mort et d'ennui: futilité de la vie qui engage chacun à redéfinir sa place parmi cette "sagrada familia" russe qui fait éclater les frontières de la bienséance malgré sa rigidité. Perméable aux événements, aux sentiments autant qu'aux  sensations fortes, charnelles, sensuelles. Et la danse de mener le bal de cette épopée sans fars mais aussi sans boussole ni phare directionnel pour se comporter au monde.


On se sépare autour d'un beau brasero convivial, chaleur bienvenue en ces nuits encore fraiches pleines de rosée du soir. Une jolie chenille lumineuse de voitures à travers la forêt magique pleine de lutins magnétiques pour regagner la civilisation: un rêve éveillé qui fera longue date et perdurera dans les esprits des spectateurs enchantés.

 Yann Siptrott est directeur artistique du théâtre forestier et coporteur du projet Et cette aventure est un compagnonnage entre le théâtre Forestier du Guensthal et la compagnie du Matamore

Sylvain Urban: Andreï Sergueïevitch Prozorov
Sophie Thomann: Natalia Ivanovna, (Natacha) sa fiancée puis son épouse
Isabelle Ruiz: Olga
Pauline Leurent: Macha
Valentina Von Horde: Irina
Bruno Journée: Fiodor Ilitch Kouliguine, professeur au lycée, mari de Macha & Anfissa, nourrice
Yann Siptrott: Alexandre Ignatievitch Verchinine, lieutenant-colonel commandant de division
Charles Leckler: Nikolaï Lvovitch Touzenbach, baron, lieutenant
Geoffrey Goudeau: Vassili Vassiliévitch Soliony, capitaine d’Etat Major
Serge Lipszyc: Ivan Romanovitch Tchéboutikine, médecin militaire
Patrice Verdeil: Alexei Pétrovitch Fédotik, sous lieutenant &
Féraponte, gardien dans l’administration rurale Mise en scène: Serge Lipszyc  Adaptation: Valérie Durin et Serge Lipszyc Scénographie / Accessoires: Sandrine Lamblin Lumières: Jean-Louis Martineau Costumes: Maya Thebault


Du 30 mai au 5 juillet 2026 au théâtre forestier du Guensthal.

19 et 20 septembre 2026 au théâtre forestier du Guensthal.

 

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