jeudi 17 septembre 2026

– "Violent Delights" d’Andrea Givanovitch & Luisa Heilbron et "Un spectacle que la loi considérera comme mien" d’Olga Dukhovna en cadeau d'ouverture de la Saison à Pôle Sud

 


En ouverture de la saison de Pole Sud piloté à présent par Yvann Alexandre et son équipe sur vitaminée
 
Andrea Givanovitch & Luisa Heilbron – Violent Delights: un duo en contact et réconciliation

Andrea Givanovitch est un danseur et chorégraphe français basé à Paris. Luisa Heilbron est une danseuse et chorégraphe brésilienne basée en Autriche. Violent Delights est un duo de danse inspiré de l’entrelacement complexe du temps, des relations humaines et de l’intensité des passions fugaces. La pièce explore, en 17 minutes intenses, comment l’amour et le conflit, tout comme le temps, sont à la fois inévitables et inéluctables. Dans ce dialogue corporel subtil, la chorégraphie tisse des moments d’unité et de discorde, de tension et de désir. Le public est invité à observer ardemment ce dialogue immergé dans la complexité des relations humaines porté par de jeunes artistes pour qui la nécessité et la pression d’explorer et de développer le mouvement ressemblent souvent à une course contre la montre.
France / duo / création 2022 / 17’ 

Il n' y a pas qu'en politique que l'on parle de "réconciliation" après la bataille, le combat ou la confrontation: ce serait le maitre mot concernant ce duo emblématique des deux interprètes sur ce plateau nu en extérieur dans le jardin de Pole Sud: le public y est réuni pour fêter une passation de direction artistique, un contact chaleureux avec l'équipe au service des besoins et désirs de l'art chorégraphique et de ses publics. Une entrée en matière apéritive de choix pour cette soirée conviviale. Un duo fait de deux entités, féminine et masculine, résolument genrée et ainsi assumée sur le thème du couple complice ou ennemi.Dotés de costumes aux parties dessinée, esquissés de traces noircies par un tachiste dissimulé, voici une suite très rythmée d'entrelacs, de noeuds de membres entrelacés, de danse contact effleurant les corps partagés entre fougue et discrétion, sobriété et exubérance. On ne les quitte pas du regard alors qu'ils semblent lointains, les yeux fixés sur des lignes de perspectives éloignées. Elle est fine et souple figure de la femme aimante et aimée, dévoreuse d'énergie autant que de tendresse et d'attention à l'autre. Chacun se considère et épouse les volontés de l'autre ou bien les stoppe ou les envoie aux calendes grecques dans le plus simple appareil: la musicalité, l'effleurement ou tous les appuis susceptibles d'insuffler rebonds, ricochets et autres variations de contact. Il est rêveur, le visage transfiguré par la poésie de l'attente ou du discernement. Leurs corps se rejettent ou s’enlacent, sans jamais se lasser,tissent des étoffes denses et fertiles de gestes et de portés miraculeux. On respire avec eux autant dans la lenteur que la rapidité, accessoires indistincts dans la composition chorégraphique en poupée gigogne. Les costumes fonctionnent comme pour un livre en méli-mélo qui forme soit une figure complète, un tout iconographique, ou un désordre de formes qui ne collent pas ensemble. Un régal de contrastes, de surprises, de tendresse et de douceur. Réconciliés au final dans un charme fou de lignes continues, de gestes calmes et reposés après la tornade de soubresauts vif argent, toniques, énergiques à souhait. L'accalmie est de bon ton alors que la musique qui soutient et soutend cette ode au dialogue et à l'écoute, ne cesse de résonner et de se propager dans les corps offerts au regard et à la méditation.

 

On passe à la boite noire pour un film tonique, résumant et récapitulant la saison des spectacles présentés en 2026/2027

Puis place à un duo: celui d'Olga Dukhovna et Pauline Léger– Un spectacle que la loi considérera comme mien

Danseuse et chorégraphe, Olga Dukhovna recycle la danse comme d’autres recyclent les objets : elle récupère, transforme, détourne. Née en Ukraine, formée à Bruxelles et Angers, elle fusionne folklore oublié et danse contemporaine avec un goût assumé pour les collisions improbables. Pour cette pièce, elle invite au plateau la juriste Pauline Léger, spécialiste en droits d’auteurs, pour une réflexion dansée sur le réemploi des gestes en danse.  Où finit l’hommage ? Où commence le plagiat ? Peut-on reproduire une chorégraphie célèbre en la ralentissant ? En l’accélérant ? Quelle est la vitesse limite pour que ce soit autorisé ? Avec brio et humour les deux interprètes produisent un spectacle en direct qui tente de faire le point sur les possibles et les interdits, ce que l’on peut faire et ce que l’on ne doit pas faire. Comment créer – à partir d’une base qui ne m’appartient pas – un spectacle que la loi considérera comme sien ? 
France / duo / création 2025 / 30’

Vide grenier ou octroi à péage du langage chorégraphique?

Que sait-on des droits d'auteur des chorégraphes initiés par Serge Lifar au coeur de la SACD, berceau preofessionnel des auteurs en général? Pas grand chose. Alors au travail et à l'écoute d'une juriste spécialisée sur le sujet et d'une chorégraphe désireuse de partir de chorégraphies pré-existantes pour créer à partir de ce potentiel de mémoire collective. On ne part pas de rien ni ne fait "le vide" de ce que l'on a épousé, digéré, incorporé et fantasmé de la danse. Olga se pose des questions devant nous et relate son expérience de partir d'une chorégraphie culte de Yvonne Rainer "Trio A " de 1965 et cherche comment prolonger ses gestes, les reproduire sans "plagier" ni copier dans le jus la gestuelle, l'énergie, les formes engendrées par la signature unique de . Pari tenu et réussi que cette interrogation illustrée par les gestes originels autant que par toute l'inventivité, la malice et l'intelligence d'Olga Dukhovna. Posture politique autant qu'artistique de la part d'une autrice fidèle à ses héritages, son patrimoine, ses archives corporelles de danse innée, façonnées par son expérience avec Boris Charmatz autant qu'ave Anne Teresa De Kersmaeker...Un cocktail détonnant de gestes de références, du Sacre du Printemps de Nijinsky, à la démarche savante de Yvonne Rainer. Beaucoup d'humour, de distenciation dans cette "conférence" inédite où tout se dit et se regarde.Les gestes accumulés en ordre ou désordre, les danses méconnaissables de leur origine naissent et transparaissent à l'envi. Tout ceci dans la joie, la gravité du sujet mené de main de maitre par ce duo, d'une table de juriste au plateau de démonstration. On les quitte éclairés, nourris de propos vifs et pertinents et d'un porte ouverte pour la compréhension des oeuvres chorégraphiques. Pas de répression des fraudes ni de plagiat, pas de copié-collé ni de collages incongrus poue ces tabkeaux dansés avec la fougue et la précision écrite que l'on connait du caractère entier et débordant d'Olga Dukhovna.On jubile devant ce projet issu de la "série" le sujet à vif SACD pour Avignon et l'on songe à une grande tournée de ce bijou qui mérite un cadre et un écrin urgentiste pour la profession de chorégraphes autant que de spectateur!La ligne de franchissement d'une douane chorégraphique à péage ou de dime, impôt sur les matières premières de la composition seraient à initier...Boutade sur la liberté d'interprétation et de passation des oeuvres: pas de pillage ni de spoliation douteuses dans le marché de la Danse...  

 ouverture de saison pole sud le 15 Septembre 

relire: https://genevieve-charras.blogspot.com/2023/05/swan-lake-solo-du-cote-de-chez.html

 

 

 

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