vendredi 9 octobre 2026

Post Panamax: dérive tectonique des conteneurs.

 


Frank Micheletti 
Kubilai Khan Investigations

Post Panamax

Comment la pensée logistique du monde qui nous entoure façonne nos manières de bouger, d’être ensemble ? Frank Micheletti a remonté la chaîne des gestes qui se cachent derrière nos habitudes de consommation. De la lourde inertie des méga-ships parcourant les océans, jusqu’à l’instantanéité des commandes que nous passons depuis nos écrans, en passant par les cadences effrénées des ouvriers portuaires qui chargent les containers, l’image d’une danse mécanique s’est imposée. Il s’agit donc de trouver, dans le corps, et notamment par le recours aux danses urbaines et au popping, une manière de dire le flux incessant des personnes et des objets, cette rythmique inexorable.  

C’est un sobre et économe trio que le chorégraphe compose, loin des effets de masse attendus. Il est attentif à moduler le rapport à l’espace, à faire dialoguer des rythmes et des énergies qui se croisent. 

Les gestes des deux danseuses  sont de l'ordre du magnétique, d'une énergie tectonique voisine d'un langage cinématographique de pixilation.Image par image cette chronophotographie impacte la qualité des gestes de vibrations,soubresauts et autre effet de découpage stroboscopiques.La découpe des mouvements  de bras,de buste,est sidérante et hypnotique.Vêtues de tenues relax,tee shirts colorés bleutés pastel et salopette nouée autour des hanches,elles gravitent sur le plateau en évolutions multidirectionnelles,changements vif éclair de diagonales savamment éclairées.Parait un troisième partenaire de jeu, vêtu de couleur jaune orangé qui traverse en longitude les danses tracées de ses deux acolytes féminines.Ses mouvements ondoient dans des volutes et vrilles très contrôlées. Il danse parmi cette atmosphère qui de mécanique devient sereine et douce.On semble échapper à cette première ambiance architectonique pour un ailleurs calme,reposé et bienveillant.Un trio au ralenti,mouvements lents en chorus à l'unisson contraste avec ce qui précédait .Des images de flux marins accompagnent cette énergie aquatique en autant de tourbillons magiques,torsadés absorbant le flot comme une aspiration spiralée. Belle vision tempétueuse,artificielle de l'eau tourmentée.Une ode au corps confronté au modernisme effréné et perturbant.Une écriture et interprétation  chorographique du monde dont les perturbations affectent nos façons de nous mouvoir.Frank Micheletti aux commandes de sa console œuvre divinement pour créer une musique  live qui enrobe et nourrit la danse en osmose et dans les contrastes et variations mème parfois jusqu"au lyrisme de voix simulées. Du bel ouvrage sobre et plein de charme pour un paysage varié et séduisant pour chaque sens ici convoqué.La géopolitique et la danse se trouvent à un endroit portuaire singulier sur les berges des quais fluviaux chargées de contenaires, boites de Pandore insoupçonnées.

Conception et chorégraphie : Frank Micheletti   

Danse : Aline Lopes, Antuf Hassani, Amélie Olivier   

Musique mixée en live : Yaguara   

Création lumière : Ivan Mathis   

Création costumes : Violette Angé   

 mixée en direct par Micheletti lui-même, marquant le temps qui passe.

A Pole Sud les 8 et 9 Octobre 



0 commentaires:

Enregistrer un commentaire