Marionnettes cabossées, corps disloqués, voix naissantes : avec Retors paniques, Renaud Herbin imagine un théâtre de fils déréglé, traversé par la percussion et le souffle. Sur scène, Marta Pereira réanime une communauté de figures fragiles, tandis qu’Anna Fiveiska rythme leurs sursauts, leurs chutes et leurs élans. Ici, la douceur n’a rien de sage ni de mièvre : elle devient une force de résistance face à la peur. À partir de ces petits êtres qui ne tiennent qu’à un fil, s’invente un spectacle-rituel de sons, de gestes et de corps pour apprendre à se relever.
Retors Paniques (2025)
Les manipulatrices vêtues de noir entrent dans une jolie débandade, joviale, les corps en déséquilibre sous le poids de grosses boites en bois, de grosses caisses: pas de chute, ni de mal lors de cette entrée en scène tonitruante parmi le public assemblé autour d'elles. Charivari de bruitages multiples pour un petit peuple de personnages étranges: longues jambes et torse étroit, tête maquillée, le tout accroché à des fils manipulés à hauteur de femme.
Beaucoup d'accessoires musicaux, inventés de toute pièce pour leur résonance. De la récupération de bassine et autres objets détournés pour bruitages sonores exécutés en direct.De la percussion donc mais aussi des sons de bouche, des cris, quelques bribes de mots esquissés sur les lèvres des manipulatrices qui en dansant deviennent elles-mêmes semblables à ces fragiles pantins désarticulés. En pleine lumière, l'un exécute une danse de claquettes mémorable, lui aussi faisant percuter le sol de bruits percussifs. Tout un univers résonant se façonne dans une ambiance tantôt joyeuse, tantôt inquiétante, au bonheur de ces créatures de rêve ou de cauchemar. De fil en aiguille, la dramaturgie s’effiloche quelque peu et l'on y perd le fil d'Ariane.
Mais on se laisse aller à la magie de ces bonhommes, l'un sans tête se prêtant au jeu de la métamorphose avec le cors grandeur nature de l'artiste manipulatrice. Un bel exercice de style pour Renaud Herbin, l'as de la découverte, de la recherche, ici basée sur le rapport à la musique percussive en direct sans fard et sans chichi de sophistication électronique. C'est bien ce qui peut enchanter petits et grands dans ce joli vacarme intempestif et tempétueux qui intrigue autant qu'il charme les yeux et les oreilles. Tordu plusieurs fois le fil se fait narration semi-humaine, semi-mécanique ou automate versatile.
conception, marionnettes Renaud Herbin
marionnettes Paulo Duarte
création lumière Fanny Perreau
espace Hervé Cherblanc
collaboration artistique Alla Zahaikevych, Bruno Amnar
performance Marta Pereira, Anna Fiveiska
Au TJP dans le cadre du festival MUSICA le 3 OctobreL





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